Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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À propos de l’internationale clandestine de savants qui étudient les «M.O.C.»

Lumières dans la nuit n°87 – mars-avril 1967

par Aimé Michel

 

Nous reproduisons ci-dessous une partie de la Préface à la 2ème édition de l’ouvrage d’Aimé Michel «Mystérieux Objets Célestes», paru il y a quelques mois aux Éditions «Planète» 114, Champs Élysées. Paris 8e. L’auteur explique clairement dans ces lignes comment est né ce réseau clandestin mondial.

 

«Cependant, même non résolu, le problème des alignements n’en aura pas moins entraîné des progrès décisifs en orientant  nos recherches dans certaines directions où je peux témoigner que le courage nous aurait manqué de regarder, n’eut été la stimulation de la ligne droite. On comprendra mieux ce que je veux dire à l’aide d’un exemple. L’un des premiers alignements que j’aie découverts est celui qui embroche les observations du 14 octobre entre Poligny et le bois de Chazey. Sa rigueur, et je dirai sa beauté sur la carte sont irrécusables. Seulement, sur les cinq observations ainsi alignées, deux étaient des atterrissages, et rapportés par un seul témoin; le type même de la «mauvaise» observation, celle que l’on n’examine qu’à peine, et avec des pincettes! Leur disposition sur une droite très rigoureuse changeait tout cela. De mal attestées, ces observations devenaient excellentes, étayées qu’elles étaient par toutes celles de l’alignement. Et du coup, les détails donnés par les témoins méritaient considération. On les examinait avec d’autant plus d’intérêt qu’ils sortaient plus de l’ordinaire. Ainsi nous furent imposés les cas les plus riches en détails, les plus intéressants de la vague, ceux qui pour la première fois donnaient une image rapprochée, presque familière, du phénomène du siècle. De ce point de vue, il suffit de feuilleter Mystérieux Objets Célestes pour saisir ce qui le différencie de tous les livres parus précédemment sur le même sujet: en délivrant leurs lettres de créance aux observations rapprochées et aux atterrissages, l’alignement les faisait entrer dans le champ de la recherche. Jusque-là, ce type d’observation allait au panier. Dans son livre, écrit, je le rappelle, aux États-Unis[1], Jacques Vallée souligne à juste titre leur absence des dossiers de U.S. Air Force antérieurs à cette époque. Ils semblent, écrit-il, avoir été écartés comme «évidemment incroyables».

Les conséquences de la découverte d’un accès scientifique à l’étude des atterrissages allaient changer complètement l’aspect psychologique du problème, non certes dans le public (la Soucoupe Volante excite toujours l’hilarité des concierges), mais chez les hommes de science. Jusque-là, la presque totalité de ceux-ci, exercés par leur formation à toujours suspecter — légitimement — l’observation incorrecte, ne s’étaient guère souciés de savoir si, derrière tous les ballons-sondes, avions, bolides et phénomènes atmosphériques mal interprétés, il y avait malgré tout quelque chose d’inexplicable: de vagues objets aperçus dans le ciel, cela ne suffit pas à exciter une curiosité mal vue par les collègues, surtout si l’on pressent que cette curiosité risque de vous entraîner dans des recherches longues et difficiles, et où la méthode est encore à inventer.

Mais l’atterrissage, l’engin posé au sol exhibant ses pilotes, cela tout de même était trop difficile à expliquer à l’aide de l’attirail des interprétations classiques: une inversion de température qui laisse sur le sol des traces correspondant à une pression de trente tonnes, c’est rare. Donc, ou bien tout cela était faux, inventé de toutes pièces, ou alors, malgré l’hilarité des concierges et la suspicion des chers collègues, il fallait prendre sur soi d’aller y voir d’un peu près. Et c’est exactement ce qui se produisit. La curiosité impénitente est encore, Dieu merci, le péché favori d’une bonne proportion de nos savants. La première édition de Mystérieux Objets Célestes (celle-ci étant la seconde en France) fut peu lue du public, à qui M. Danjon avait une fois pour toutes expliqué que les Soucoupes Volantes n’étaient que billevesées, et qui l’avait cru. Mais elle fut secrètement épluchée par un grand nombre de chercheurs professionnels, dont certains (les plus téméraires) prirent directement contact avec moi, et dont d’autres (la plupart) se contentèrent d’abord de dresser en secret leur dossier personnel de la question. Les uns et les autres se trouvaient dès lors sur une pente fatale, car l’expérience montre que l’étude directe[2] de ce problème mal famé conduit très vite et immanquablement à une conclusion, toujours la même.

J’ai expliqué dans Planète [3] comment ce mouvement de curiosité aboutit en quelques années à la constitution d’un véritable réseau clandestin mondial de la recherche «soucoupique». Mystérieux Objets Célestes ne fut certes pas l’unique moteur de ce mouvement, et l’on ne saura jamais si l’impulsion fut surtout donnée par les échos journalistiques de la vague de 1954, ou par le fait que l’alignement offrait pour la première fois matière à discussion rigoureuse. Quoi qu’il en soit, peu après la parution de mon livre aux États-Unis, où il fut d’abord publié, je commençai à recevoir des lettres et des visites d’hommes de science d’outre-Atlantique. Pendant l’été, les savants américains aiment bien venir en Europe, où se tiennent souvent des congrès. Beaucoup prirent l’habitude de me faire une visite. Quand ils m’y autorisaient, je les mettais en rapport entre eux. J’arrangeais aussi des rencontres avec des savants français. La circulation des informations se trouva bientôt spontanément organisée, exactement comme au moment de la naissance de la physique, au XVIIe siècle: par correspondance privée. Les milliers de lettres qui s’échangent actuellement entre chercheurs du monde entier et qui marquent la naissance d’une ère nouvelle de la pensée feront plus tard l’objet de publications savantes, comme les lettres du père Mersenne, de Descartes, de Torricelli, de Gassendi, de Pascal. Ceux d’entre nous qui sont dans la filière savent que la comparaison n’est pas écrasante. Participent à cet enfantement quelques-uns parmi les plus grands esprits de ce temps.

La différence avec le XVIIe siècle, c’est la clandestinité plus stricte. Non seulement le public, y compris les hommes de science non informés, ne connaît pas le nom des chercheurs, mais les résultats de leurs réflexions ne sont pas publiés. Pourquoi cette clandestinité? Comment une science peut-elle être clandestine? La publication des résultats livrés à la libre critique n’est-elle pas la démarche obligatoire de toute science vraie? Assurément. À la condition toutefois que la critique soit critique, et non excommunication. Un homme de science qui actuellement publierait un travail signé sur les Soucoupes Volantes n’obtiendrait même pas d’être lu par ses collègues non avertis. On en est dans ce domaine au point où en était Boucher de Perthes quand les caisses de documents préhistoriques soigneusement classés qu’il envoyait à l’Académie des sciences étaient jetées, sans même qu’on les ouvre, à la poubelle, et leur expéditeur publiquement traité de charlatan et d’escroc. Le responsable de cet état d’esprit en France l’ancien directeur de l’Observatoire, André Danjon, autocrate à qui l’on est redevable d’erreurs parfois irrémédiables dans la gestion de l’astronomie française jusqu’à son remplacement par M. Denisse. Encore Danjon n’a-t-il peut-être fait qu’exprimer, avec sa suffisance habituelle, un état d’esprit qui existait sans lui. Il est juste de reconnaître qu’il s’est trouvé des Danjon dans d’autres pays du monde, ce qui ne s’expliquerait pas sans l’assentiment d’une forte proportion d’hommes de science.

Mais, dira-t-on, cet assentiment de la majorité, n’est-ce pas, en science, la définition même de la vérité? Ne doit-on pas, en tout autre domaine, considérer comme vrai un résultat tenu pour acquis par la majorité des chercheurs?

Bien sur que si! Et non seulement en tout autre domaine, mais dans celui-là plus qu’en tout autre, si possible. Il n’existe peut-être pas dans la science actuelle un seul domaine ou les chercheurs soient plus d’accord entre eux que celui-là. Tous ceux qui ont étudié les Soucoupes Volantes partagent à leur sujet le même avis et sont arrivés aux mêmes conclusions. Il sera certes toujours possible de faire bavarder un astronome ou un physicien et de lui faire déclarer n’importe quoi avec une grande autorité (celle qu’il croit avoir); c’est ce que font périodiquement les journaux et la télévision, en prétendant présenter «le dossier des Soucoupes Volantes «Mais a-t-on jamais entendu un seul de ces savants déclarer en préambule: «J’étudie les Soucoupes Volantes depuis dix-huit ans, j’ai compulsé les 18’000 dossiers actuellement existants au fichier central, j’ai eu accès aux dossiers de l’U.S. Air Force»? Ils ne savent même pas qu’il existe un fichier central, ni comment on a accès aux dossiers de l’U.S. Air Force. Parfois, il est vrai, ils se réfèrent aux communiqués de cette même U.S. Air Force publiés par les journaux pour dire que, 98,2% des observations ayant été expliquées par des phénomènes connus, le petit reliquat n’est pas significatif et que «par conséquent les Soucoupes Volantes n’existent pas».

Mais savent-ils que le 1,8% demeurant inexpliqué correspond, en nombre absolu, à une moyenne de 3,8 observations par mois pour le seul territoire des États-Unis et pour les seuls cas soumis à la commission de l’armée de l’Air (Aerospace Technical Intelligence Center) de Dayton, Ohio, à l’exclusion des cas relevés par la marine et par le F.B.I.[4]? Savent-ils qu’un cas est classé non expliqué, non en raison de son incertitude (car alors il est classé «expliqué»), mais comme le précise le rapport 14 déjà cité, en raison de sa description parfaitement adéquate (completely adequate) de détails inexplicables? Non, ils ne savent rien de tout cela. Ne se doutant pas que la question est étudiée depuis maintenant de longues années par un nombre croissant de leurs collègues, ils croient de bonne foi avoir des déclarations intéressantes à faire sur un sujet qui ne leur permet que d’étaler leur ignorance.»■

Notes:

(1) Jacques Vallée: Les Phénomènes insolites de l’espace, la Table Ronde. Ce livre donne une idée des méthodes de recherche et de l’ampleur des moyens utilisés.

(2) Je parle bien entendu d’étude directe, faite par enquête auprès des témoins de cas bien attestés d’atterrissage ou d’effets physiques ou de manœuvres complexes comme on en trouvera une foule dans ce livre. Les quelques astronomes français que l’on voit encore parfois prendre la parole à la télévision ou écrire des articles de réfutation ne se rendent pas compte de l’impression pénible qu’ils font sur leurs collègues au courant de la question qui ne peuvent, on comprendra pourquoi, leur conseiller plus de prudence. Ces astronomes sont excusables: ils n’ont lu que les livres de leur collègue américain Menzel, qui sont, comme le remarquait un autre astronome américain, la plus belle supercherie, avec les livres d’Adamski, de l’histoire des Soucoupes Volantes. La méthode de Menzel (voir Anatomy…, p. 90) consiste en effet à choisir un assortiment de cas explicables et à les expliquer. Quant aux autres, il n’en parle pas, ou bien il laisse entendre que les témoins non américains sont des menteurs et se garde d’entrer dans le détail.

(3) Aimé Michel: Les Tribulations d’un chercheur parallèle (Planète n°20, p. 31).

(4) En août 1965, un Américain du nom de Rex Heflin prétendit avoir photographié des objets non identifiés. Il fut interrogé successivement par des enquêteurs de l’Air Force, de l’Armée de Terre et de la Marine (APRO Bulletin septembre-octobre 1965). À Socorro, on vit aussi des enquêteurs du contre-espionnage américain. En fait, les communiqués de l’Air Force ne couvrent qu’une part minime du phénomène sur le territoire des États-Unis.