Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Bas le masque, professeur Hynek!

Fiction n°68 – juillet 1959

 

Avant tout, répétons une fois de plus que les soucoupes volantes n’existent pas: l’idée qu’il puisse exister dans l’espace des êtres intelligents autres que l’homme et que ces êtres soient assez malins pour venir faire chez nous ce que nous nous apprêtons à faire chez eux est un rêve de la fausse science. C’est là, comme nous le rappellent inlassablement MM. Auger, Schwartzman et Henyer, une certitude qui ne souffre pas de discussion. Nous ne parlerons donc pas ici de soucoupes volantes. Nous parlerons seulement du dernier communiqué de l’US Air Force sur les résultats des recherches que mènent aux États-Unis l’Air Defense Command et l’Air Technical Intelligence Center, sous la direction du Dr Joseph Allen Hynek, professeur d’Astrophysique à l’Université de l’État d’Ohio.

Ce communiqué, daté du 6 octobre 1958, concerne les phénomènes non identifiés enregistrés et étudiés par l’US Air Force entre le 1er juillet 1957 et le 31 juillet 1958, soit pendant treize mois. Le nombre des rapports a atteint 1’270. Sur ces 1’270 cas, 187, soit 14%, ont été éliminés pour leur manque de précision: «insufficient data», dit le rapport; 1’067, soit 84%, ont été expliqués: 194 étaient des ballons, 290 des avions, 354 des phénomènes astronomiques non reconnus par les témoins – phénomènes que le rapport énumère ainsi: étoiles brillantes, planètes, météores, comètes, tous pris pour autre chose à cause du brouillard ou d’autres conditions – et 224 des lumières, des oiseaux, ou des facéties. Enfin 21 de ces cas, soit 1,8%, ont été classés «unknown», inconnus.

Ainsi, 98,2% des prétendues soucoupes ont été expliquées. Le reliquat de 1,8% peut être tenu pour négligeable. Comme le dit l’agence Associated Press, «l’US Air Force a jeté une nouvelle ration d’eau froide» sur le fanatisme imaginatif de certains.

Continuons à ne pas parler soucoupes. Comment la Commission dirigée par le professeur Hynek définit-elle les phénomènes classés «unknown» – inconnus? Les rapports précédents et notamment le fameux rapport n°14, que j’ai sous les yeux, nous donnent là-dessus toutes les précisions désirables. Un phénomène inconnu est un phénomène ayant fait l’objet d’un rapport absolument adéquat («a complelely adequate report»); qui a été reconnu véridique («not a hoax»); comportant tous les détails nécessaires à l’investigation («With all necessary data for investigation»); et qui néanmoins échappe à toute possibilité d’interprétation («which the investigators can find no possible way of accounting for»).

Voici une autre définition donnée par la même commission: «Une observation est classée «inconnue» quand le rapport comporte assez d’information pour permettre, à partir de faits authentiques, au moins une conclusion valide, mais que la description de l’objet en question ou de ses évolutions ne peut être rattachée à des faits connus.»

Ces définitions comportent plusieurs corollaires, exposés en toute clarté par la Commission.

1° Chaque fois qu’un rapport comporte un détail inexplicable, si ce détail peut être récusé sans contradiction (c’est-à-dire s’il n’est pas absolument prouvé et certain), le phénomène visé est classé «inadequately reported», et considéré comme expliqué.

2° Chaque fois qu’un rapport comporte une possibilité d’explication, il est considéré comme expliqué, même si l’explication n’est pas prouvée. Exemple: la description contenue dans le rapport X peut s’expliquer par la présence d’un ballon; après enquête, on ne trouve aucun ballon dans la région au moment où le phénomène a été observé; on conclut cependant à l’explication par le ballon, car il y avait peut-être quand même un ballon.

La combinaison de ces deux méthodes aboutit à d’excellents résultats dont les communiqués de l’US Air Force donnent de nombreux exemples. Supposons un rapport décrivant un objet brillant, sphérique, se déplaçant rapidement; si le déplacement rapide n’a été observé qu’à vue – sans la confirmation du radar, par exemple – on ne peut le nier sans contradiction. Reste un objet sphérique et brillant, suggérant l’explication par le ballon. On enquête. On trouve qu’il n’y avait pas de ballon connu à ce moment-là à l’endroit voulu. Le phénomène est néanmoins classé expliqué, pour la raison indiquée plus haut.

Mais supposons que le radar ait confirmé le déplacement rapide. Dans ce cas, on cherche si la forme sphérique est prouvée. Si elle ne l’est pas, on a peut-être vu un avion, et le phénomène est classé expliqué, même s’il n’y avait pas d’avion.

On a pu ainsi expliquer par la lune des objets brillants, ronds et immobiles, bien que la lune ait été au premier quartier à la date indiquée, parce que la date ne pouvait être prouvée; ou encore, bien que l’objet ait été observé peu au-dessus de l’horizon nord, parce que la direction ne pouvait être prouvée. Et ainsi de suite.

Les soucoupistes américains se sont indignés de ces méthodes. Ils ont voulu y voir la volonté délibérée de refuser l’existence d’un phénomène, de façon à éluder son étude. Il est étonnant qu’aucun d’eux, à ma connaissance, n’ait encore compris que le professeur Hynek est en réalité le plus dangereux soucoupiste enfanté jusqu’à présent dans les antres de la fausse science.

Car enfin, à qui cet astronome fera-t-il croire qu’avec le genre de méthodes qu’il emploie, il puisse arriver à la conclusion qu’en treize mois, 21 authentiques soucoupes ont été observées par la seule US Air Force sur le seul territoire des États-Unis, soit une tous les dix-huit jours environ? J’ai moi-même fait l’application de ces méthodes à tous les cas venus à ma connaissance depuis 1955, soit environ 270. Je les ai tous expliqués, sauf un, celui d’Orly (17 février 1956). Dans mes dossiers, le pourcentage des «unknown» à la manière Hynek s’établit à 0,33%, soit 1/6 du taux de l’astronome américain.

Il est temps de démasquer le professeur Hynek. Sous couvert de science, cet imposteur est parvenu à prouver que la soucoupe volante – puisqu’il nous oblige à en parler – est un phénomène infiniment mieux observé, infiniment plus fréquent qu’une foule de phénomènes admis et enseignés par la science officielle, tels que les supernovae, les orages magnétiques, les éclipses solaires, les jumeaux quintuplés, les moutons à cinq pattes. C’est un phénomène qu’on observe «adequately» deux fois par mois environ dans la seule aviation militaire américaine, et tous les jours dans le monde entier. On n’ose penser d’ailleurs qu’il puisse être aussi, comme tous les autres phénomènes, observé «inadequately», car alors, quelles monstrueuses piles de soucoupes le professeur Hynek nous inviterait-il à contempler?

Tout esprit scientifique orthodoxe reculera devant cette vision, et invitera comme nous le professeur Hynek et son équipe de savants et de techniciens à retourner à l’école. Cela n’est pas possible. Donc cela n’est pas.■

Aimé Michel