Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

Mort de la langue écrite?

Mon éminent et regretté compère G. B. Shaw, qui passa sa longue vie à embêter les gens (car, disait-il, il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas), eut à la fin de sa vie une angoisse.

Sa gloire littéraire, qui durait depuis trois quarts de siècle, l’avait fabuleusement enrichi. Ayant franchi le cap des quatre-vingt-dix ans et voyant son espérance de vie s’étrécir regrettablement, il se prit à réfléchir à son testament. L’idée l’agaçait de faire à quelqu’un, par sa mort, la fleur sans épine d’un colossal héritage. Tout le monde le savait. Aussi attendait-on son testament avec curiosité. Lire l’article

Pour en finir avec l’école

- Oui, monsieur, il est bien vrai qu’il faut démocratiser l’enseignement. J’approuve chaleureusement votre plaidoyer en faveur de cette démocratisation. D’abord parce que je suis toujours de l’avis de mes contradicteurs: c’est chez moi un principe. Ensuite parce que ma philosophie sur le point de savoir qui a raison et qui a tort est celle de Fontenelle, qui, saturé de disputes, s’en allait déclarant que, ma foi, tout est possible, et que tout le monde a raison. Moyennant quoi, l’âme sereine et l’estomac en paix, il vécut centenaire et enterra tout le monde, amis et ennemis, avec la même bienveillance. Lire l’article

Une ténébreuse affaire de pancartes

De mon temps, à Athènes, la place publique était le rendez-vous des bavards et des voleurs.

J’aime bien les bavards et les voleurs. Parce qu’ils garantissent, les premiers la diffusion de la sottise, et les seconds la circulation des biens. Lire l’article

Le train de Tokyo

«Que pensez-vous, me dit ce visiteur, de D. James Orang?»

Il faut toujours être prudent quand on vous pose de telles questions. Je fermai les yeux, feuilletai hâtivement le fichier de mes deux lobes frontaux et n’y trouvai pas trace de ce James. Même échec dans mes lobes pariétaux. Je n’essayai même pas de déranger mes temporaux, et répondis que mon opinion, sur lui, «c’était selon». Lire l’article

Du bon usage des ennemis

France Catholique − N° 1330 − 9 juin 1972
Le sultan écouta en silence les rapports de ses vizirs, n’interrompant que par de brèves questions où l’on voyait qu’il ne perdait pas un détail. De temps à autre, il taillait distraitement un crayon avec son sabre, ou bien faisait un clin d’œil à Zadig, son neveu, l’air de dire: «Sont-ils raseurs, ces ministres!».
Ce fut le vizir de l’Extérieur qui conclut. Il parla Chine, Russie, Amérique, Vietnam. tiers-monde. Puis il se tut et l’on attendit le bon plaisir de Sa Majesté. Lire l’article