Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

Lettre à un homme périmé

Permettez-moi, monsieur, de vous le dire: vous avez parfaitement raison.
Il est bien vrai que cet ancêtre vieux de deux cent mille ans découvert récemment par un préhistorien dans le midi de la France, pétrifié au fond d’une grotte, n’était, comparé à vous, qu’un pauvre homme.
Il se déplaçait à pied. Il n’avait ni le téléphone ni la télévision. Il n’avait lu ni Chomsky ni Lacan. Et même, hélas! il se passait ignominieusement de papier hygiénique.

Bref, cet ancêtre nous fait honte, et l’on se demande pourquoi les préhistoriens sont si heureux de l’avoir trouvé. Lire l’article

Mort de la langue écrite?

Mon éminent et regretté compère G. B. Shaw, qui passa sa longue vie à embêter les gens (car, disait-il, il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas), eut à la fin de sa vie une angoisse.

Sa gloire littéraire, qui durait depuis trois quarts de siècle, l’avait fabuleusement enrichi. Ayant franchi le cap des quatre-vingt-dix ans et voyant son espérance de vie s’étrécir regrettablement, il se prit à réfléchir à son testament. L’idée l’agaçait de faire à quelqu’un, par sa mort, la fleur sans épine d’un colossal héritage. Tout le monde le savait. Aussi attendait-on son testament avec curiosité. Lire l’article

Pour en finir avec l’école

- Oui, monsieur, il est bien vrai qu’il faut démocratiser l’enseignement. J’approuve chaleureusement votre plaidoyer en faveur de cette démocratisation. D’abord parce que je suis toujours de l’avis de mes contradicteurs: c’est chez moi un principe. Ensuite parce que ma philosophie sur le point de savoir qui a raison et qui a tort est celle de Fontenelle, qui, saturé de disputes, s’en allait déclarant que, ma foi, tout est possible, et que tout le monde a raison. Moyennant quoi, l’âme sereine et l’estomac en paix, il vécut centenaire et enterra tout le monde, amis et ennemis, avec la même bienveillance. Lire l’article

Une ténébreuse affaire de pancartes

De mon temps, à Athènes, la place publique était le rendez-vous des bavards et des voleurs.

J’aime bien les bavards et les voleurs. Parce qu’ils garantissent, les premiers la diffusion de la sottise, et les seconds la circulation des biens. Lire l’article

Le train de Tokyo

«Que pensez-vous, me dit ce visiteur, de D. James Orang?»

Il faut toujours être prudent quand on vous pose de telles questions. Je fermai les yeux, feuilletai hâtivement le fichier de mes deux lobes frontaux et n’y trouvai pas trace de ce James. Même échec dans mes lobes pariétaux. Je n’essayai même pas de déranger mes temporaux, et répondis que mon opinion, sur lui, «c’était selon». Lire l’article