Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

Le vaisseau fantôme

Sur l’océan des idées, rien n’est plus confortable qu’un bateau qui coule. À mesure qu’il passe dans le néant, les récifs, les côtes, les phares, les autres navires, tout, peu à peu, lui devient merveilleusement invisible. Longtemps après que l’eau l’a englouti, l’équipage continue de jouer aux cartes. Le voilà vaisseau fantôme: il est entré dans l’éternité et ne connaît plus rien que lui-même.

Cette aventure semble être l’une des formes de l’éternel retour. Quand les Germains s’installent dans l’empire avec l’intention d’y rester et d’y mettre les choses à leur goût (ce qu’ils font), Sidoine Apollinaire parle avec mépris de cette racaille qui sent le beurre rance. Il ne voit dans leur voisinage forcé qu’une péripétie sans importance. Pour lui, des gens qui ignorent la cuisine à l’huile et la langue de Cicéron ne peuvent que se mettre au courant de ces connaissances essentielles ou disparaître bientôt comme des ombres. Ce sont d’ailleurs des ombres et c’est à peine si, en se forçant, il les distingue. Lire l’article

Ma douloureuse et prophétique enfance

Il me suffit de fermer les yeux et de faire silence pour retrouver le petit garçon que j’étais cette brûlante après-midi de juillet, il y a quarante années. Qu’est-ce que le temps? Et les minutes qui passent, où vont-elles? C’étaient mes premiers jours d’école. Une joie sans bornes m’habitait. Je revois mes petits camarades, je veux dire mes grands camarades, car c’est tels encore qu’ils m’apparaissent, solides dans leurs gros souliers à clous, le crâne ras, leur visage couleur de brique empreint d’une mystérieuse sagesse, leurs grosses mains calleuses qui, s’il le fallait, me prêtaient leur force pour franchir un ruisseau ou escalader un rocher. Lire l’article

Les tribulations d’un chercheur parallèle

Je vais dire comment on se damne et quel sentiment pousse certains hommes vers les ténèbres extérieures. Ce sentiment, c’est la curiosité. Je sais un généticien français qui, comme la plupart des généticiens curieux des mécanismes de l’évolution biologique, fait de la génétique des populations en étudiant (là encore comme la plupart de ses collègues) la mouche du vinaigre, la fameuse drosophile. La génétique des populations consiste essentiellement à étudier par la statistique l’évolution d’un groupe d’êtres vivants sujets à des mutations. Dans la théorie néodarwinienne, qui est le dogme actuel de l’évolution biologique, tout se fait par mutation, sélection et hasard. Si l’on ne croit pas cela, on est damné. Lire l’article

Le problème de la réincarnation

Il ne faut pas parler de la mort. Il ne faut pas penser à la mort. M. Prudhomme n’a-t-il pas prouvé que «les plus malheureux sont ceux qui restent»? Et le poète latin Lucrèce que la mort ne nous concerne pas, puisque jusqu’au dernier moment nous sommes, et qu’après nous ne sommes plus? Lire l’article

Le secret des francs-maçons

Notre ami Jean Palou, professeur à la Sorbonne, vient de publier «La franc-maçonnerie» (Payot). Un livre de plus sur la franc-maçonnerie, certes, mais celui-là n’est pas comme les autres. Pour la première fois, la nature véritable du secret maçonnique s’y laisse entrevoir. Et, du même coup, la naïveté ou la mauvaise foi de ceux qui, dans le passé, ont pu prétendre dévoiler ou révéler ce secret. Lire l’article