Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

Lidoreau est mort

Avec Paul Lidoreau, qui vient de mourir, disparaît l’une de ces énigmes vivantes comme l’humanité en enfante quelques-unes par siècle. Comme Euler, comme Gauss, comme Inaudi, comme Dagbert, comme Shakuntala Devi (ces deux derniers encore vivants), Paul Lidoreau était un calculateur prodige. Lire l’article

Le crépuscule du matin

Préface au livre Les certitudes irrationnelles du Docteur A. Cuénot, Éditions Planète 1967.
Un chef-d’œuvre achevé, cela impose le respect. Même M. Kossyguine le comprend, qui consacre six minutes de sa vie à contempler la Joconde. Il est vrai que Vinci consacra quatre ans de la sienne à la peindre. Quatre années de méditation, pinceau en main, devant un visage de femme: qu’est-ce donc qu’un visage? Mais qu’est-ce plutôt qu’un homme?

Léonard, qui était Léonard, a pu scruter le mystère d’un sourire pendant quatre révolutions solaires. Qui donc est dans le vrai, de lui ou de nous qui regardons sans les voir tous ces sourires vénaux acharnés à nous vendre leur dentifrice? Lire l’article

Ma douloureuse et prophétique enfance

Il me suffit de fermer les yeux et de faire silence pour retrouver le petit garçon que j’étais cette brûlante après-midi de juillet, il y a quarante années. Qu’est-ce que le temps? Et les minutes qui passent, où vont-elles? C’étaient mes premiers jours d’école. Une joie sans bornes m’habitait. Je revois mes petits camarades, je veux dire mes grands camarades, car c’est tels encore qu’ils m’apparaissent, solides dans leurs gros souliers à clous, le crâne ras, leur visage couleur de brique empreint d’une mystérieuse sagesse, leurs grosses mains calleuses qui, s’il le fallait, me prêtaient leur force pour franchir un ruisseau ou escalader un rocher. Lire l’article

Le fusil de Maeterlinck

Quand Maeterlinck écrivit les pages admirables que l’on va lire, vers les années 1920, il trouva, certes, des lecteurs, toujours les mêmes, ceux qui le suivaient depuis les premiers pas de son immense voyage, depuis la Vie des Abeilles et le Temple enseveli. Mais ces lecteurs étaient des solitaires, conduits par un solitaire.
— De quoi se mêle ce poète? demandaient les savants. Le poète à ses vers, le curé à sa sacristie, la femme à sa cuisine, et les bœufs seront bien gardés.
— Où diable l’auteur de Pelléas va-t-il chercher cette assommante érudition? opinaient les esprits distingués nourris de Paul Bourget. Qu’il nous fasse des Oiseau Bleu et des Monna Vanna, à la bonne heure! Mais l’intelligence des fleurs! Quelle sottise! Lire l’article

L’idée d’une intelligence extra-terrestre

Planète N°23 de juillet / août 1965
Voilà une dizaine d’années, on pouvait persister à croire que l’intelligence humaine était quelque chose d’unique d’un bout à l’autre de l’univers sidéral. Cette foi en valant une autre, elle s’imposa au consentement quasi universel des savants. Pour admettre qu’il pût exister d’autres intelligences dans l’espace, il fallait que deux faits physiques bien précis fussent observés par les astronomes: d’abord que les autres étoiles, ou au moins certaines d’entre elles, eussent des planètes comme le Soleil et, ensuite, que l’on eût au moins un témoignage irrécusable de vie extra-terrestre. Or, toutes les théories cosmogoniques aboutissaient à présenter le système planétaire du Soleil comme exceptionnel. D’autre part, rien ne prouvait que la vie existât ailleurs que sur la Terre. Lire l’article