Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

Le vaisseau fantôme

Sur l’océan des idées, rien n’est plus confortable qu’un bateau qui coule. À mesure qu’il passe dans le néant, les récifs, les côtes, les phares, les autres navires, tout, peu à peu, lui devient merveilleusement invisible. Longtemps après que l’eau l’a englouti, l’équipage continue de jouer aux cartes. Le voilà vaisseau fantôme: il est entré dans l’éternité et ne connaît plus rien que lui-même.

Cette aventure semble être l’une des formes de l’éternel retour. Quand les Germains s’installent dans l’empire avec l’intention d’y rester et d’y mettre les choses à leur goût (ce qu’ils font), Sidoine Apollinaire parle avec mépris de cette racaille qui sent le beurre rance. Il ne voit dans leur voisinage forcé qu’une péripétie sans importance. Pour lui, des gens qui ignorent la cuisine à l’huile et la langue de Cicéron ne peuvent que se mettre au courant de ces connaissances essentielles ou disparaître bientôt comme des ombres. Ce sont d’ailleurs des ombres et c’est à peine si, en se forçant, il les distingue. Lire l’article

Ma douloureuse et prophétique enfance

Il me suffit de fermer les yeux et de faire silence pour retrouver le petit garçon que j’étais cette brûlante après-midi de juillet, il y a quarante années. Qu’est-ce que le temps? Et les minutes qui passent, où vont-elles? C’étaient mes premiers jours d’école. Une joie sans bornes m’habitait. Je revois mes petits camarades, je veux dire mes grands camarades, car c’est tels encore qu’ils m’apparaissent, solides dans leurs gros souliers à clous, le crâne ras, leur visage couleur de brique empreint d’une mystérieuse sagesse, leurs grosses mains calleuses qui, s’il le fallait, me prêtaient leur force pour franchir un ruisseau ou escalader un rocher. Lire l’article

La grande diaspora

Il y a vingt, vingt-cinq ans, quand Pauwels, Bergier et moi errions comme des étrangers dans le cul-de-basse-fosse d’un monde qui nous semblait préhistorique, quand les grandes préoccupations des intellectuels français étaient de savoir si l’existence précède l’essence et si Ramadier devait être considéré comme un ennemi de classe ou comme une superstructure, nous allions répétant, pour garder le moral, la maxime d’Efremov que Bergier nous avait apprise: «La terre est le berceau de l’humanité mais on ne passe pas sa vie au berceau». Lire l’article

L’espace silencieux

Question DE. No 33. novembre-décembre 1979.
Les astronomes utilisent beaucoup un petit graphique très simple appelé le diagramme de Hertzsprung-Russel (DHR) qui est certainement le dessin le plus chargé de sens jusqu’ici tracé par la main de l’homme.
Le DHR permet de voir d’un coup d’œil comment les étoiles se classent les unes par rapport aux autres quand on considère leurs deux caractéristiques principales. Lire l’article

L’idée d’une intelligence extra-terrestre

Planète N°23 de juillet / août 1965
Voilà une dizaine d’années, on pouvait persister à croire que l’intelligence humaine était quelque chose d’unique d’un bout à l’autre de l’univers sidéral. Cette foi en valant une autre, elle s’imposa au consentement quasi universel des savants. Pour admettre qu’il pût exister d’autres intelligences dans l’espace, il fallait que deux faits physiques bien précis fussent observés par les astronomes: d’abord que les autres étoiles, ou au moins certaines d’entre elles, eussent des planètes comme le Soleil et, ensuite, que l’on eût au moins un témoignage irrécusable de vie extra-terrestre. Or, toutes les théories cosmogoniques aboutissaient à présenter le système planétaire du Soleil comme exceptionnel. D’autre part, rien ne prouvait que la vie existât ailleurs que sur la Terre. Lire l’article