Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

La Chine entre en lice

Préface au livre de Shi Bo, La Chine et les extra-terrestres, Mercure de France, 1983.
Supposez, n’importe où dans l’Est, qu’un simple citoyen, désireux de collecter des informations sur un sujet mal vu de l’orthodoxie, entreprenne de constituer un réseau de renseignements ayant des correspondants à travers tout le pays. Supposez qu’il recrute ces correspondants dans tous les milieux de la société: simples gens du peuple, mais aussi membres du Parti, hommes de sciences, militaires, professeurs, et que pour couronner le tout il intègre dans son réseau des correspondants étrangers, que dis-je! américains, autant dire des suppôts du Grand Satan: que pensez-vous qu’il arrivera? Lire l’article

Le crépuscule du matin

Préface au livre Les certitudes irrationnelles du Docteur A. Cuénot, Éditions Planète 1967.
Un chef-d’œuvre achevé, cela impose le respect. Même M. Kossyguine le comprend, qui consacre six minutes de sa vie à contempler la Joconde. Il est vrai que Vinci consacra quatre ans de la sienne à la peindre. Quatre années de méditation, pinceau en main, devant un visage de femme: qu’est-ce donc qu’un visage? Mais qu’est-ce plutôt qu’un homme?

Léonard, qui était Léonard, a pu scruter le mystère d’un sourire pendant quatre révolutions solaires. Qui donc est dans le vrai, de lui ou de nous qui regardons sans les voir tous ces sourires vénaux acharnés à nous vendre leur dentifrice? Lire l’article

Le vaisseau fantôme

Sur l’océan des idées, rien n’est plus confortable qu’un bateau qui coule. À mesure qu’il passe dans le néant, les récifs, les côtes, les phares, les autres navires, tout, peu à peu, lui devient merveilleusement invisible. Longtemps après que l’eau l’a englouti, l’équipage continue de jouer aux cartes. Le voilà vaisseau fantôme: il est entré dans l’éternité et ne connaît plus rien que lui-même.

Cette aventure semble être l’une des formes de l’éternel retour. Quand les Germains s’installent dans l’empire avec l’intention d’y rester et d’y mettre les choses à leur goût (ce qu’ils font), Sidoine Apollinaire parle avec mépris de cette racaille qui sent le beurre rance. Il ne voit dans leur voisinage forcé qu’une péripétie sans importance. Pour lui, des gens qui ignorent la cuisine à l’huile et la langue de Cicéron ne peuvent que se mettre au courant de ces connaissances essentielles ou disparaître bientôt comme des ombres. Ce sont d’ailleurs des ombres et c’est à peine si, en se forçant, il les distingue. Lire l’article

Les tribulations d’un chercheur parallèle

Je vais dire comment on se damne et quel sentiment pousse certains hommes vers les ténèbres extérieures. Ce sentiment, c’est la curiosité. Je sais un généticien français qui, comme la plupart des généticiens curieux des mécanismes de l’évolution biologique, fait de la génétique des populations en étudiant (là encore comme la plupart de ses collègues) la mouche du vinaigre, la fameuse drosophile. La génétique des populations consiste essentiellement à étudier par la statistique l’évolution d’un groupe d’êtres vivants sujets à des mutations. Dans la théorie néodarwinienne, qui est le dogme actuel de l’évolution biologique, tout se fait par mutation, sélection et hasard. Si l’on ne croit pas cela, on est damné. Lire l’article

Le problème de la réincarnation

Il ne faut pas parler de la mort. Il ne faut pas penser à la mort. M. Prudhomme n’a-t-il pas prouvé que «les plus malheureux sont ceux qui restent»? Et le poète latin Lucrèce que la mort ne nous concerne pas, puisque jusqu’au dernier moment nous sommes, et qu’après nous ne sommes plus? Lire l’article