Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

Rencontre à Carthage

Préface au livre L’astrologie devant la science de Michel Gauquelin, Encyclopédie Planète
Il est plus aisé d’édifier un système philosophique ou d’adhérer à une religion que d’y conformer sa vie, et de donner à la quête du dimanche que d’atteindre à travers mille épreuves lentement surmontées les derniers degrés des états d’oraison. Une sorte de crédulité floue et jamais étudiée de face fait la fortune des tireurs d’horoscope. Tel qui se pique de rationalisme ne manque jamais, en parcourant son journal, de jeter un coup d’œil mi-ironique mi-anxieux sur la promesse quotidienne de son signe, rejetant dans la pénombre commode de son inconscient la question de savoir si vraiment les astres déterminent son destin. Lire l’article

Lidoreau est mort

Avec Paul Lidoreau, qui vient de mourir, disparaît l’une de ces énigmes vivantes comme l’humanité en enfante quelques-unes par siècle. Comme Euler, comme Gauss, comme Inaudi, comme Dagbert, comme Shakuntala Devi (ces deux derniers encore vivants), Paul Lidoreau était un calculateur prodige. Lire l’article

Le crépuscule du matin

Préface au livre Les certitudes irrationnelles du Docteur A. Cuénot, Éditions Planète 1967.
Un chef-d’œuvre achevé, cela impose le respect. Même M. Kossyguine le comprend, qui consacre six minutes de sa vie à contempler la Joconde. Il est vrai que Vinci consacra quatre ans de la sienne à la peindre. Quatre années de méditation, pinceau en main, devant un visage de femme: qu’est-ce donc qu’un visage? Mais qu’est-ce plutôt qu’un homme?

Léonard, qui était Léonard, a pu scruter le mystère d’un sourire pendant quatre révolutions solaires. Qui donc est dans le vrai, de lui ou de nous qui regardons sans les voir tous ces sourires vénaux acharnés à nous vendre leur dentifrice? Lire l’article

Ma douloureuse et prophétique enfance

Il me suffit de fermer les yeux et de faire silence pour retrouver le petit garçon que j’étais cette brûlante après-midi de juillet, il y a quarante années. Qu’est-ce que le temps? Et les minutes qui passent, où vont-elles? C’étaient mes premiers jours d’école. Une joie sans bornes m’habitait. Je revois mes petits camarades, je veux dire mes grands camarades, car c’est tels encore qu’ils m’apparaissent, solides dans leurs gros souliers à clous, le crâne ras, leur visage couleur de brique empreint d’une mystérieuse sagesse, leurs grosses mains calleuses qui, s’il le fallait, me prêtaient leur force pour franchir un ruisseau ou escalader un rocher. Lire l’article

Le mystérieux chef-d’œuvre de Giulio Camillo

J’ai toujours rêvé de voir et, surtout, de voir de près et de toucher et retourner dans mes mains un objet magique. Par exemple l’un de ces miroirs dont parle Jamblique dans ses Mystères d’Égypte et qui, à l’en croire, auraient été de son temps chose tout ordinaire, montrant le futur, le passé, les trésors cachés, et si vous êtes cocu.
Ou bien la «tête parlante» de saint Vincent de Paul, que le saint avait, de ses mains, fabriquée à Rome, chez le pape, et qui produisait les mêmes prodiges que les miroirs de Jamblique. Le pape et les cardinaux en auraient été émerveillés. Moi aussi, si j’avais pu la voir et la tripoter un peu, chez moi, dans un coin bien abrité des tours de ventriloquie ou autres. Lire l’article