Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

Jean Bourgoint, le héros des Enfants terribles de Cocteau, était devenu moine au service des lépreux

«Nous ne sommes pas pour n’importe quelle spiritualité», nous disait naguère un ami dominicain.

Eh bien! franchement, nous non plus. Lorsqu’un monsieur Alexandre Sanders, se disant roi des sorciers de Grande-Bretagne, organise dans son appartement de Manchester des cérémonies où l’on voit des adolescents nus danser en rond puis se prosterner devant la «déesse Lune», et que cette douteuse majesté déclare doctement: «En développant votre spiritualité, vous métamorphosez les formes et les symboles et commencez à travailler sur un plan supérieur»[1], franchement nous pensons qu’il y a des mots qui s’égarent.
La vraie spiritualité, c’est plus difficile. C’est d’abord un effort héroïque de l’homme sur lui-même. Et c’est une forme culminante de l’amour. C’est, par exemple, l’histoire de Jean Bourgoint, le Paul des Enfants terribles de Cocteau. Jean Bourgoint, en religion frère Pascal, mort le printemps dernier parmi les lépreux à l’hôpital de Garoua, au nord du Cameroun. Lire l’article

La sainte Russie n’est pas morte

Le procès des jeunes intellectuels de Leningrad poursuivis pour diffusion clandestine de littérature religieuse n’aura surpris que ceux qui avaient cru pouvoir passer par profits et pertes l’éternelle sainte Russie. Si le pouvoir tsariste fut si constant à s’appuyer sur la religion, c’est qu’il savait l’appui solide: le peuple russe est probablement le peuple le plus religieux de la terre. Lire l’article

Je suis d’accord avec Pauwels sur l’essentiel, je m’explique sur le reste

Les livres et les caractères exceptionnels se reconnaissent à ce qu’ils suscitent des malentendus. Quand j’ai lu le dernier livre de Pauwels, l’envie m’a pris de lui envoyer une liste d’objections. Puis j’ai lu ce que les uns et les autres en disaient (remarquant aussi les silences…). Aucun ne disait ce que j’avais envie de dire, même pas notre commun ami, Chauvin. Quand on en est là, il faut relire et s’interroger.

Voyons. Pauwels, que je connais, et que je vois vivre depuis des lustres, avec qui j’ai discuté de tout, dont j’ai partagé le travail, les questions, les éclats de rire, les éclats de voix, Pauwels me raconte une histoire que je crois savoir, la sienne, une histoire qui aboutit à ce qu’il est, c’est-à-dire un de mes quatre ou cinq copains, et voilà que j’ai envie de réfuter. Diable! Réfuter quoi? Une vie? Un devenir? Un aboutissement? Attention! Nous voilà sur le malentendu, quand l’obscurité frise une lumière c’est-à-dire certainement ce qu’il veut dire! Lire l’article

Depuis huit siècles, il y a une France viscéralement contre

Il y a toujours eu une France qui dit non. Tout conformisme engendre sa révolte, et nul pays civilisé n’est naturellement plus conformiste que celui où le ridicule tue.

C’est contre des conformismes organiques, viscéraux, lourds de conséquences vitales, que naissent et se développent les vraies révoltes. C’est de ces révoltes-là qu’il sera question ici. Nous croyons que leur étude est importante à qui se mêle de comprendre son temps. Depuis toujours, les hommes disent que leur époque ne vaut rien, et que jadis, en revanche… Pourquoi? Parce que nous ne voyons jamais le présent qu’en surface, au lieu que le passé finit toujours par montrer ses coulisses. Et ce qu’il y a de plus authentique dans l’Histoire, ce sont justement ses coulisses. Lire l’article

De quoi vous mêlez-vous, M. Samivel?

J’étais seul l’autre soir à la salle Pleyel, seul parmi les 2’700 inconnus venus, comme moi, vous entendre et voir votre film, l’Or de l’Islande. Je dus me colleter avec l’ouvreuse pour obtenir la place retenue. On refusait du monde à l’entrée. Et c’était, paraît-il, le quatrième ou cinquième soir que vous vous livriez à cette provocation.
Je dis que c’était une provocation, car vous êtes, Monsieur Samivel, un homme scandaleux. Votre film n’est ni un film, ni une conférence, ni rien dont on puisse confier l’analyse à un mandarin hautement spécialisé, chargé de le disséquer selon les règles et de le classer dans un fichier ad hoc. Vous n’intéressez pas les mandarins, et ce n’est que justice. Voici en effet la scène incroyable que j’ai pu observer de mes yeux au milieu de votre «chose» qui n’est ni un film ni une conférence. Lire l’article