Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Une histoire abracadabrante

Deux Américains prétendent avoir été enlevés par une soucoupe volante

Article paru dans Planète N°32 de janvier / février 1967

 

«On nous pêche», affirmait déjà Charles Fort

C’est une histoire abracadabrante. Depuis le 4 octobre, toute l’Amérique en parle. Et chacun de donner son avis. Selon les uns, il s’agit d’un canular, selon les autres, d’une histoire de fantômes. Ou d’un extraordinaire cas de délire à deux doublé de télépathie. Ou enfin d’un développement nouveau et menaçant dans l’activité des extra-terrestres, autrement dit des soucoupes volantes. Et, à première vue, c’est bien de cela qu’il s’agit. Voici les faits tels que les rapporta le journaliste John G. Fuller, dans les deux numéros de Look du 4 et du 18 octobre 1966.

Une nuit de septembre 1961, alors qu’ils revenaient en auto d’un bref séjour au Canada, Barney et Betty Hills roulaient à travers les White Mountains en direction de Portsmouth, New Hampshire, lorsque Betty fut intriguée par la présence dans le ciel à gauche et un peu plus bas que la lune d’un point brillant comme une grosse étoile. Comme ils venaient de traverser Lancaster, la jeune femme eut la surprise de voir apparaître, soudain, une autre lumière juste au-dessus de la première, mais plus puissante. Elle ne dit d’abord rien à son mari. Mais comme cette lumière semblait grossir rapidement, elle finit par l’avertir. Barney pensa qu’il s’agissait d’un satellite. Le point lumineux semblait avancer dans le ciel, mais ils pensèrent qu’une illusion d’optique due au mouvement de la voiture pouvait donner cette impression. L’objet disparut derrière des arbres, puis réapparut.

À ce moment, la chienne qui les accompagnait commença à s’agiter, et Barney stoppa au bord de la route pour promener un peu l’animal. Ils purent alors constater que le mouvement de l’objet était bien réel. Puis, ils reprirent leur route, s’arrêtant de temps à autre pour jeter un coup d’œil sur le point lumineux. Les mouvements de celui-ci étaient imprévisibles, erratiques. C’est un appareil commercial, dit Barney, ou un Piper Club qui a perdu sa route.

Mais la chose semblait être toute proche, et on n’entendait aucun bruit.

 Ils avaient parcouru 50 km sans s’en rendre compte

Barney sortit ses jumelles. L’objet apparut alors sous une forme allongée, comme un fuselage, mais sans ailes. Le long du fuselage, des lumières alignées clignotaient alternativement, passant du rouge à l’ambre, puis au vert et au bleu. La chienne se mit à gémir. Ils pénétrèrent ainsi dans les Cannon Mountains, et bientôt ils durent se rendre à l’évidence: l’objet était tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt derrière ou devant, mais il les suivait. Barney accéléra, poussant son moteur à fond. L’objet en fit autant. Il était maintenant très proche, apparemment. À lndian Head, Barney stoppa une fois de plus, laissa le moteur tourner et sortit. L’objet était immobile dans l’air, juste au-dessus des arbres, à quelques dizaines de mètres de distance. Ses lumières multicolores éteintes, le corps inconnu était maintenant tout entier lumineux et blanc, affectant la forme d’un énorme gâteau rond. Soudain, il décrivit un arc de cercle et descendit dans un champ, à environ soixante mètres de l’auto.

Barney se rendit compte alors qu’il se dirigeait lui-même vers l’objet, comme mû par une impulsion irrésistible. Bientôt Betty le vit disparaître dans l’obscurité en direction de l’objet.

— Barney! appela-t-elle, Barney!

Pas de réponse. Plus tard, Barney déclara qu’il n’avait rien entendu. Betty hurlait, mais en vain. Enfin Barney réapparut, courut jusqu’à la voiture, y poussa Betty, monta à son tour et démarra à fond de train. Mais bientôt une espèce de bizarre vibration se fit entendre dans la voiture, en même temps qu’une impression de brouillard comateux s’appesantissait sur eux.

Ici, le souvenir des deux Américains laisse apparaître un trou. À un moment, ils se retrouvèrent sur la route, roulant en silence, abrutis, comme somnambuliques. Leurs deux montres étaient arrêtées — elles ne fonctionnèrent plus jamais. Un panneau indiquait: Concord, 17 miles, ce qui signifiait qu’ils avaient parcouru une cinquantaine de kilomètres sans s’en rendre compte. Ils atteignirent leur maison à l’aube; leur pendule marquait cinq heures, alors qu’ils auraient dû arriver à trois. Tous deux éprouvaient une sensation désagréable, «visqueuse». Sans savoir pourquoi, Barney était obsédé par son bas-ventre et passa un moment à l’examiner, sans y remarquer rien de particulier. Puis, ils se mirent au lit.

Il était trois heures de l’après-midi quand ils se réveillèrent. En regardant ses vêtements, Betty fut prise d’une insurmontable répulsion. Elle les jeta au fond d’un placard et ne voulut plus jamais y toucher. Quant à Barney, il eut la surprise de constater que la pointe de ses souliers était toute déchirée par-dessus, comme s’il avait été traîné par deux hommes le tenant à bras-le-corps.

Betty téléphona à sa sœur et lui raconta l’incident. Celle-ci lui rappela qu’un de leurs voisins était un physicien professionnel, et qu’ils pourraient lui demander conseil. Ce qu’ils firent. L’homme de science leur suggéra de chercher à l’aide d’une boussole si la voiture portait une trace anormale d’aimantation — idée qui lui fut sans doute suggérée par l’arrêt des montres. Effectivement, Betty trouva, sur la tôle du coffre, une douzaine de taches brillantes et rondes, comme si la poussière à cet endroit avait été enlevée au «pochoir». L’emplacement de ces taches affolait la boussole, preuve d’une très intense magnétisation.

L’année suivante, la santé de Barney se dégrada lentement

Les Hills avertirent l’U.S. Air Force, dont un organisme, on le sait, est chargé d’enquêter sur les incidents de ce genre. Les enquêteurs leur dirent qu’ils avaient connaissance de nombreux autres cas semblables. Barney, qui redoutait d’avoir été, avec sa femme, victime d’un cas de «folie à deux» fut rassuré par ce propos, et d’un commun accord ils décidèrent de ne plus jamais parler de leur mésaventure.

Je passe sur les détails; la mésaventure des Hills fait l’objet d’un copieux ouvrage de John G. Fuller intitulé The Interrupted Journey, c’est-à-dire le Voyage interrompu. Les faits s’étaient déroulés dans la nuit du 19 au 20 septembre 1961. Au cours des mois suivants, la santé de Barney se détériora: ulcère à l’estomac, hypertension et divers signes d’un état général dégradé par la tension psychique se déclarèrent. Enfin, en janvier 1962, donc après trois mois et demi, dernier et plus inquiétant phénomène: des sortes de verrues apparurent sur la peau de son bas-ventre en une formation géométrique presque rigoureusement circulaire. L’été suivant, Barney était dans un tel état d’épuisement qu’il se résolut à se faire soigner. Son médecin s’occupa d’abord de l’ulcère et de l’hypertension, puis recommanda un traitement psychothérapique et le dirigea sur un spécialiste, le Dr Duncan Stephen, d’Exeter, dans le New Hampshire. Celui-ci soigna Barney un an durant sans obtenir des résultats satisfaisants, et finalement lui conseilla de consulter un des psychiatres et neurologues les plus renommés des États-Unis, le Dr Benjamin Simon, de Boston.

Le Dr Simon n’est pas seulement un éminent praticien, connu dans le monde entier pour ses travaux sur l’hypnose en psychothérapie, c’est aussi un personnage officiel. Pendant la dernière guerre, il dirigea le plus grand centre psychiatrique de l’Armée américaine, le Mason General Hospital. Il prit donc Barney en main, puis, également, Betty. Pour en finir avec la névrose que développait le mari, il utilisa sa méthode favorite, l’hypnose.

Et c’est ici que commence la partie la plus fantastique de l’histoire des Hills. Précisons que toutes les déclarations faites sous hypnose par Barney, puis par sa femme, furent enregistrées au magnétophone, et que ce sont ces enregistrements, authentifiés par l’autorité du Dr Simon, qui ont été publiés par Fuller. Voici donc ce que Barney raconta sous hypnose, sur l’injonction expresse et ferme du Dr Simon de passer outre aux barrières inconscientes qui oblitéraient complètement ses souvenirs.

Reportons-nous à la nuit de l’incident, et rappelons-nous d’abord le premier arrêt de la voiture, quand Betty vit son mari disparaître dans l’obscurité, puis revenir, épouvanté. Rappelons-nous aussi qu’il ne put jamais dire ce qui l’avait ainsi effrayé.

Je résume le récit de Barney, obtenu «à l’arraché», grâce à un interrogatoire serré du Dr Simon poursuivi tout au long d’un grand nombre de séances.

— Alors, je sentis que quelque chose me menaçait. J’eus envie d’avoir une arme. Je stoppai, j’ouvris le coffre de la voiture et me saisis du manche du cric. En revenant pour prendre mes jumelles, je vis que la chose était là, dans le champ. Il y avait un homme, un être là devant! Il me regardait! L’engin était circulaire, avec des hublots et un très puissant projecteur. Rien de commun avec un avion. C’était tout rond, comme une crêpe. Il y avait là des êtres, dont un semblait amical. Sa tête était ronde et large, ses yeux très obliques, pas comme chez les Asiatiques, non, plutôt comme chez les lapins, c’est-à-dire pouvant regarder sur le côté. Je ne savais plus où était Betty. Je ne l’entendais pas. Et cet être me disait quelque chose. Pourtant, ses lèvres ne bougeaient pas. Il me disait: «N’ayez pas peur! N’ayez pas peur!» À vrai dire, il ne me disait pas cela, je l’éprouvais — l felt. «N’ayez pas peur, ne bougez pas.» Ses yeux m’effrayaient. Ils étaient dans mon cerveau! Et tous ces êtres étaient là, vêtus d’une tenue sombre. L’un d’entre eux semblait être le chef. Alors je m’enfuis et revins vers la voiture, retrouvai Betty qui m’attendait, et je démarrai en trombe.

Voilà donc un premier coin du voile levé — en apparence du moins, car, bien entendu, il n’est pas question de prendre pour argent comptant les propos tenus sous hypnose par un homme angoissé. Reste la part la plus mystérieuse de l’histoire. Restent les deux heures effacées de la mémoire du couple. Le Dr Simon remet Barney sous hypnose. Écoutons la suite.

— Nous entendions ce bruit étrange dans la voiture, comme un bruit électronique[1]. Il y avait des «hommes» au milieu de la route. On y voyait comme en plein jour. Ils se dirigèrent vers moi, et j’oubliai complètement le manche de mon cric.

Sous hypnose, Mme Hills fit le même récit que son mari

Ils viennent vers moi. Ils me tirent de la voiture. Je me sens tout faible. Je n’ai pas peur. Tout cela est comme un rêve. Mes pieds traînent par terre. Maintenant, on m’a monté quelque part, mes pieds ne traînent plus par terre. Je ne veux pas ouvrir les yeux. Il me semble qu’on va m’opérer. Je n’ai pas peur. Je sens à peine les choses. J’ai une impression de froid sur la peau de mon bas-ventre. Je repose sur quelque chose. Je pense que si je ne bouge pas, si je me laisse faire, on ne me fera pas mal. Personne ne me dit rien. Il me semble que quelqu’un pose une coupe froide sur mon bas-ventre. Puis, je m’en vais. Et enfin j’ouvre les yeux, je suis sur la route, je vois la voiture. Je vois aussi Betty qui vient vers la voiture. Elle entre dans la voiture sans rien dire. Je fais de même. Nous nous sourions d’un air hébété. Alors nous voyons dehors une grande lumière qui monte dans le ciel. C’est l’objet qui part. Nous sommes soulagés. Nous entendons encore ce bruit dans la voiture. Je conduis, et soudain je vois sur un panneau: Concord, 17 miles.

Tel est le récit de Barney, obtenu sous hypnose en l’absence de Betty, et jamais communiqué par le Dr Simon ni à Betty ni à Barney éveillé. Le praticien veut d’abord savoir si, sous hypnose, la femme a aussi quelque chose à dire. Voici son récit, recueilli dans les mêmes conditions. Comme pour Barney, je résume, ne donnant que l’essentiel. Le début est à peu près identique au récit de Barney: des êtres au milieu de la route, une vive lumière. Ils viennent vers la voiture. En deux groupes. — À ce moment, je sombre dans une espèce de torpeur. On me sort de la voiture. Je vois Barney qui marche. Un homme me dit: «N’ayez pas peur, on ne vous fera aucun mal.» Il a un drôle d’accent. Nous marchons toujours. Jusqu’à une clairière. L’engin est au milieu. On me prend par les bras. Me voici dedans. Je vois Barney disparaître dans une pièce. Je crie: «Laissez Barney avec moi!» Mais l’un d’eux m’explique qu’ils n’ont qu’un seul équipement, et qu’ils doivent donc s’occuper de nous deux séparément. Ils remontent une manche de ma robe, regardent mon bras, frottent avec un appareil, une espèce de microscope. Ils grattent mon bras avec une sorte de coupe-papier, prélèvent une écaille de peau et la mettent dans une enveloppe en plastique, ou quelque chose de ce genre. On me couche. On me regarde dans les yeux avec une lumière, et aussi dans la bouche, la gorge, les dents, les oreilles, la peau… Ils m’ôtent une chaussure et regardent mon pied. L’un d’eux prend un trousseau de fines aiguilles toutes reliées à un fil, et me promène ces aiguilles sur le corps, le genou, la cheville, la jambe, le pied. Puis, ils me mettent sur le ventre et continuent dans mon dos. On me retourne encore.

Celui qui m’examine a une longue aiguille dans la main et me dit qu’il va me la mettre dans le nombril. Je crie. Cela me fait mal. Puis, il retire l’aiguille et j’ai encore mal. L’aiguille avait peut-être douze centimètres de long. Je ne l’ai sentie qu’une seconde peut-être. Puis on me dit que c’était fini. Je demande si je peux m’en aller. On me dit que ce n’est pas fini avec Barney. Je parle avec celui qui semble être le chef. Je lui dis que tout cela est incroyable, que je voudrais garder une preuve de ce qui m’est arrivé, emporter quelque chose, par exemple ce gros livre. Il me dit que de toute façon nous ne garderons aucun souvenir de tout cela, mais que je peux regarder le livre. Il y avait des pages comme dans nos livres, et une écriture, mais je n’en ai jamais vu de semblable. L’écriture semblait être verticale. Il m’a dit que je pouvais l’emporter. Je lui demandai d’où ils venaient. Il me montra alors une carte sur laquelle il y avait des points, certains gros, d’autres petits. Il y avait aussi des lignes joignant certains points entre eux, et aboutissant à un petit cercle. II me demanda si je savais où j’étais sur cette carte. Je lui répondis que je n’en savais rien. Il me dit qu’alors il ne pouvait m’expliquer d’où il venait et ôta la carte. Un peu plus tard, ils découvrirent qu’on pouvait enlever les dents de Barney et pas les miennes. Je leur dis que Barney avait un dentier. Qu’est-ce qu’un dentier?   – C’est un appareil pour remplacer les dents qui tombent quand on vieillit. – Vieillir, qu’est-ce que cela veut dire? – Prendre de l’âge. – Qu’est-ce que âge? – Cela peut aller jusqu’à soixante-quinze, cent ans. – Cent quoi? – Cent ans. –  Qu’est-ce que an?

Abrégeons: ces êtres ne savaient rien, apparemment, du vieillissement physique. Bientôt, on laissa partir les Hills, mais Betty ne fut pas autorisée à emporter le livre. Ils furent sur la route, puis dans la voiture, comme dans le récit de Barney. Autres détails intéressants: Barney déclara sous hypnose que pendant son séjour dans la «soucoupe», il lui fut dit que tout cela serait oublié par eux, enfoui à jamais au fond de leur mémoire. De plus, quand après avoir tiré sous hypnose le maximum de ses patients, le Dr Simon leur fit entendre leurs récits, Betty reconnut dans le sien les cauchemars qui l’avaient bouleversée quelques jours après leur aventure. Enfin, ils purent dessiner le portrait – assez grossier – des personnages. Très petite taille, crâne énorme, tête pointue vers le bas, yeux vastes et fendus sur le côté, bouche réduite à un trait, nez à peine apparent. Quand Barney et Betty étaient couchés sur la «table d’opération», celle-ci ne leur arrivait qu’aux genoux. Betty put également dessiner approximativement la carte «céleste» qu’elle avait examinée.

Répondons d’abord à quelques questions concernant l’authenticité du récit – abstraction faite des faits eux-mêmes. Barney et Betty Hills n’ont-ils pas berné le psychiatre? Si l’on admet la bonne foi du Dr Simon, ne peut-on suspecter une erreur d’appréciation de sa part?

Les patients ont dit leur vérité; mais est-elle la vérité absolue?

À cela, on peut, sans hésiter, répondre par la négative. Il existe toute une batterie de tests objectifs indiscutables permettant de reconnaître l’authenticité de la transe hypnotique. Il ne s’agit nullement ici d’«appréciation», mais de résultats observables sur des appareils[2]. II est aussi difficile de feindre une pseudo-hypnose sous l’examen d’un expert comme le Dr Simon que de vendre une bicyclette pour une Cadillac à un mécanicien. On est certes libre de faire ou non foi au Dr Simon. Mais si l’on admet que cet expert ne ment pas, on peut être assuré que les récits sont authentiques. Or, que dit le Dr Simon?

– Ni l’un ni l’autre ne sont des névrosés. Tous deux ont dit consciemment et sous hypnose ce qu’ils croient être la vérité absolue.

La vérité dont il s’agit ici est celle que le patient croit être la vérité, et celle-ci peut ne pas concorder avec l’ultime et objective vérité. Il en est fréquemment ainsi.

Donc, les témoins ont dit ce qu’ils croient être la vérité. Celle-ci est-elle l’ultime et objective vérité? Là est évidemment le problème.

Donnons d’abord les arguments favorables. Ils ne manquent pas de poids.

1◦ Il y a les faits objectifs: aimantation intense de certaines parties du châssis de la voiture, aimantation intense des deux montres – cause de leur arrêt définitif –, apparition des verrues sur le corps de Barney. Ces faits ont été constatés par des tiers. Mais, il faut remarquer, en contrepartie, que l’on peut aisément fabriquer la pièce à conviction que constitue l’aimantation d’une pièce d’acier et de deux montres. Quant aux verrues, certains spécialistes les interprètent comme une pathogène psychosomatique. Autrement dit, les verrues ont pu pousser sur le bas-ventre de Barney parce que son bas-ventre le tracassait. Il est vrai que ces deux hypothèses semblent se contredire, car quelle raison Barney aurait-il eue de se tracasser s’il avait fabriqué l’histoire lui-même? À cela on peut répondre que les Hills furent peut-être victimes d’une énorme farce montée par des tiers. On ne voit pas très bien comment s’y prendre pour monter une farce pareille, comportant des manipulations de la physiologie et de la psycho-physiologie qu’aucun savant au monde n’est capable de reproduire. À moins, encore une fois, d’admettre que le Dr Simon a mis frauduleusement sur pied toute l’affaire avec ses deux clients.

2◦ Il y a ensuite la critique interne des faits rapportés. Et ici, par chance, les experts en objets non identifiés en savent beaucoup plus que les acteurs de l’histoire. Certains faits concernant les objets en question ne sont connus que d’une dizaine de personnes au monde, notamment certains détails de l’apparence physique des êtres supposés vus par les Hills. Ces détails, dans l’histoire des Hills, sont conformes à ce que l’on sait par ailleurs. D’autres détails, qui ont été publiés, ne sont connus que d’un public restreint. Par exemple, le fait que très souvent on observe une aimantation des objets en acier ou en fer situés à proximité de l’«atterrissage» et que, par conséquent, les montres peuvent être stoppées. J’ai été le premier à signaler ces faits dans mon ouvrage publié aux États-Unis en 1958[3]. En 1964 — donc après l’affaire des Hills —, Richard Hall, assistant directeur du National Investigation Committee en Aerial Phenomena, de Washington, reprenait mon étude en la développant[4]. Si un canular a été monté, il le fut par quelqu’un qui avait une connaissance approfondie de mon livre.

Une affaire identique eut lieu au Brésil en 1961

Mais il y a plus. L’auteur du canular supposé avait aussi une connaissance approfondie de faits qui, en 1961, n’étaient connus que de quelques personnes au Brésil, car une affaire à peu près identique à celle des Hills s’était déroulée dans ce pays, à 1’500 km à l’intérieur des terres, dans un coin perdu proche de la frontière du Paraguay, le 14 octobre 1957. En 1961, seul un chercheur brésilien, le Dr Olavo Fontès, avait enregistré les déclarations du témoin. Il ne les avait pas publiées: leur publication entreprise en août dernier, par la Flying Saucer Review de Londres[5] n’est pas encore achevée au moment où j’écris ces lignes. Mieux encore, en 1961, l’auteur du canular était au courant d’une foule de détails encore inconnus des spécialistes à l’époque et qui furent découverts à la faveur de la vague d’observations de 1964-1965 — alors que les bandes magnétiques du Dr Simon, encore protégées par le secret professionnel, n’avaient pas été publiées.

Bref, quoiqu’une analyse approfondie des critères internes du récit soit impossible dans cet article, cette analyse aboutit, de façon écrasante, à la conclusion que la vérité des Hills est bien l’ultime et objective vérité. Et cependant…

Et cependant, je pense personnellement qu’elle n’est pas cette ultime et objective vérité. Il est temps, en effet, d’examiner les arguments contre. J’ai dit plus haut que, par chance, les experts en savent plus sur la question que les acteurs de cette histoire. Et parmi les connaissances les plus assurées auxquelles soient arrivés ces experts, il y a celles-ci:

1◦ Le mystère des soucoupes volantes est très ancien. J’ai dans mes dossiers une observation de type Il — classification de Vallée — datant de 1610 et comportant des milliers de témoins. Les observations II sont, avec l’atterrissage — type II —, les plus spectaculaires. Elles ne prêtent à aucune confusion possible, puisque ce type d’observation est celle du grand cigare de nuées immobile dans le ciel, émettant et réintégrant les petits objets que les journaux ont appelés soucoupes volantes — j’en ai donné une description détaillée dans mon livre[3].

2◦ «Il est absurde, m’écrivait récemment un astronome qui étudie ces phénomènes depuis quinze ans, de lire dans le récit de Betty Hills que ces êtres ne comprennent pas les mots vieillir, âge, année, etc., alors que tout ce que nous savons de leur activité montre qu’ils nous connaissent parfaitement, et ce depuis un temps indéfini. Il est absurde de lire qu’ils disent à Barney qu’il ne se souviendra de rien, et de voir qu’une vulgaire psychothérapie à base d’hypnose suffit à le faire se souvenir de tout. Et cette carte du ciel avec des points et des lignes entre les points est le comble de l’infantilisme. Il y a une contradiction absolue entre cet infantilisme-là, cette prétendue ignorance des idées humaines les plus courantes, et la connaissance de nous que ces êtres ne cessent de montrer depuis toujours. Mon opinion — et celle de tous mes collègues qui ont étudié le problème — est qu’il s’agit bien d’un canular. D’un canular dont l’auteur, si l’on peut parler ainsi, n’est pas de cette planète. Quand on peut effacer des souvenirs, on peut aussi bien en imprimer. C’est ce qui s’est passé ici. Rien de tout cela n’a eu lieu, comme le croient les Hills, sauf peut-être le début et la fin. Ce qui s’est réellement passé, nous n’en savons rien et nous ne sommes sans doute pas près de le savoir. Pour moi, ajoutait cet astronome, je suis infiniment soulagé que l’U.S. Air Force ait enfin consenti à se dessaisir de ce problème des objets volants non identifiés en faveur des hommes de science professionnels. C’est la fin d’une tragique méprise. Voilà vingt ans que les militaires répètent que ce problème ne constitue pas une menace pour le territoire américain et que tout est «probablement» explicable. Nous qui savons qu’il n’en est rien, nous allons enfin pouvoir rechercher s’il ne s’agit pas plutôt d’une menace pour l’espèce humaine tout entière.» Sans doute un tel langage étonnera-t-il le lecteur français. Mais le lecteur français n’est pas au bout de ses étonnements. Le professeur Condon[6] vient, après dix-neuf ans d’erreurs et d’absurdités, de prendre officiellement en main l’affaire des soucoupes volantes. C’est maintenant que l’affaire des soucoupes volantes va commencer.

Aimé Michel

 

Notes:

[1] Celui d’un haut-parleur qui siffle?

[2] Voir, dans l’Encyclopédie Planète, les Pouvoirs de l’Hypnose.

[3] Aimé Michel: Flying Saucers and the Straightline Mystery (Criterion Books, New York). Cet ouvrage, revu et mis à jour, vient de faire l’objet d’une nouvelle édition française sous le titre « À propos de soucoupes volantes » (Éditions Planète).

[4] Richard Hall: Ufo Evidence (Section VIII) (édité par le Nicap, 1536 Connecticut Avenue, N. W. Washington, D.C.).

[5] Flying Saucer Review, vol. 12, n° 4, p. 23 (adresse de la F.S.R.: 21 Cecil Court, Charing Cross Road, London, W.C. 2).

[6] Voir la notice sur le professeur Condon dans le Journal de Planète.