Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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 En Amérique 1 million de dollars pour l’étude des M.O.C.

 Article paru dans Planète N°31 (Le Journal de Planète) de novembre / décembre 1966

 

En mars dernier, une série d’observations inexplicables (et notamment des atterrissages d’objets sur le sol américain) a enfin fait sauter aux États-Unis le couvercle qui depuis dix-neuf ans pesait sur l’étude des Mystérieux Objets Célestes; depuis cette date, les événements se sont précipités:

1) Tout d’abord, la commission sénatoriale de l’U.S. Air Force a demandé à entendre à huis clos un certain nombre de personnalités qui étudient ce problème depuis des années ou qui apportent leur collaboration à l’étude menée, avec les crédits de l’U.S. Air Force, par l’Aerospace Technical Intelligence Center (A.T.I.C.), à Dayton, Ohio. Parmi ces personnalités, citons les astrophysiciens Joseph A. Hynek (astrophysicien à la Northwestern University et directeur de l’observatoire Daerborn) et Carl Sagan (de l’observatoire Harvard), plusieurs chercheurs de la Rand Corporation, et le major Hector Quintanilla, chef actuel de l’A.T.I.C.

Les dépositions de ces hommes de science, quoique secrètes, sont maintenant connues des spécialistes. Leur teneur est unanime: si 10’000 cas signalés à l’A.T.I.C. ont été étudiés depuis 1947, si 9’350 d’entre eux ont pu être, soit expliqués, soit renvoyés à une possibilité d’explication, il faut bien admettre, après dix-neuf ans d’efforts, que 650 résistent à toute tentative d’explication. Cela fait en moyenne plus de 2,8 cas par mois, pour le seul territoire des États-Unis, et compte tenu du fait que le nombre des observations n’a jamais cessé de croître depuis 1947, environ quatre cas inexplicables par mois actuellement, presque un par semaine! Parmi ces cas inexplicables, il y a de nombreux atterrissages, c’est-à-dire des engins observés au sol, de près, et parfois exhibant leurs pilotes. Un dossier a été déposé devant la commission de l’U.S. Air Force concernant de tels cas.

 Noyer le poisson

2) Ces dépositions ont provoqué une vive agitation au sein de la commission de l’U.S. Air Force. Les sénateurs ont été stupéfaits d’apprendre que des faits d’une telle gravité aient pu être jusqu’ici, sinon cachés, du moins travestis par des artifices statistiques. La méthode était simple: pour noyer les quatre cas mensuels inexplicables, on leur adjoignait systématiquement tous les bolides, ballons-sondes et autres phénomènes classiques rapportés par les journaux. On expliquait facilement ces cas, puis on publiait les pourcentages — évidemment écrasants — de cas expliqués. Les cas inexpliqués prenaient alors l’allure d’exceptions sans importance. Le major Quintanilla, responsable de l’A.T.I.C., a dû rendre compte de ces façons de procéder, et l’on nous dit que depuis la grande explication de mars dernier, il ne porte pas les savants dans son cœur. Ces derniers ont tous, en effet, demandé avec insistance que l’on entreprenne enfin l’étude spécifique des cas non expliqués, au lieu de se contenter de les classer. «Quelle que soit la nature réelle des objets volants non identifiés, ont-ils souligné, il s’agit d’un phénomène nouveau, inconnu de la science et d’une importance capitale.»

3) Le secrétaire d’État à l’Air, Harold Brown, soutenu par l’opinion publique et surtout par l’insistance d’un nombre croissant d’hommes de science, s’est alors décidé à faire le grand saut. Après trois mois de réflexion et de consultations, il a annoncé que l’étude des cas non expliqués allait être confiée aux universités américaines. Dans ce but, il annonçait fin juin l’attribution d’une première tranche de crédits d’un million de dollars (soit environ 500 millions d’anciens francs). La répartition et l’usage de ces crédits (qui, précise-t-on, ne sont qu’un début) font actuellement l’objet de discussions entre l’U.S. Air Force et diverses universités américaines.

Des mesures décisives

La portée de ces mesures n’apparaîtra peut-être qu’aux initiés. Elle est décisive. Elle signifie en fait que la Soucoupe Volante devient une matière de recherche académique et que son existence en tant que problème non résolu par la science est officiellement reconnue.

Pour comprendre concrètement les conséquences d’un tel retournement de situation, il suffit de prendre un exemple. Au printemps 1964, un policier américain du nom de Lonnie Zamora, put approcher et observer, à Socorro, un engin métallique brillant posé au sol. Deux petits êtres, d’environ 80 centimètres de haut, vêtus d’une sorte de scaphandre, grimpèrent à son approche dans l’engin, qui s’envola à une vitesse vertigineuse. Ce cas fut étudié à fond par l’U.S. Air Force et par le F.B.I., reconnu authentique, et naturellement, inexplicable. Mais par quelle voie le public le connaît-il? Par la presse, c’est-à-dire par une voie éminemment suspecte, sans sécurité scientifique[1]

Quand le public lut cette histoire dans les journaux, il n’en crut pas un mot, ou bien pensa que ce Zamora était un menteur, ou encore qu’il avait mal vu ce qu’il prétendait décrire. Seuls les quelques dizaines de spécialistes qui ont vu les documents officiels sur le cas de Socorro savent que les traces laissées dans le sable par l’engin et relevées par les enquêteurs de l’U.S. Air Force et du F.B.I. témoignent d’un système d’atterrissage d’une haute technicité, sans commune mesure avec les connaissances d’un Lonnie Zamora, qui d’ailleurs les avait à peine remarquées. Mais quelle raison a-t-on de croire ces spécialistes, quand ils donnent de telles précisions? N’importe qui peut impunément les accuser d’affabulation. C’est d’ailleurs ce que font les savants non informés qui maintenant encore continuent de gloser sur «le mythe des soucoupes volantes»[2].

 Le problème français

Eh bien! la différence, désormais, c’est que les cas tels que celui de Socorro qui sont nuée, seront rapportés, munis de tous les résultats d’expertises, constats, mesures, plans, graphiques, références, etc., dans des publications officielles, dans les bulletins scientifiques publiés par les départements universitaires, et sous la signature de personnes responsables, astronomes, physiciens, chimistes, etc.

Certes, nous n’avons guère d’illusions en ce qui concerne l’évolution de l’attitude officielle, en France. Les mêmes augures continueront de gloser doctoralement sur la question sans en connaître le premier mot, parlant de bolides et de ballons-sondes. Quelle importance? La clandestinité persistera en France, voilà tout.

Aimé Michel

 Notes:

[1] Planète 29, mon article sur ce «réseau» (page 41).

[2] Je parle ici du public (y compris les savants non informés) et non des chercheurs appartenant au «Réseau», qui, eux, sont organisés pour avoir accès à toutes les sources. Voir mon ouvrage A propos des soucoupes volantes (édition Présence Planète), et notamment la seconde préface.