Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Intelligent comme un dindon

Revue La Vie des Bêtes N°134 de septembre 1969

 

Intelligent le «dindon»? À première vue et sans lire davantage, on serait tenté de penser que l’auteur se moque du monde: les gallinacées n’ont pas la réputation de se distinguer par leurs facultés intellectuelles. Et pourtant le dindon du Pacifique est le premier oiseau à avoir inventé la couveuse artificielle!… Instinct? Intelligence?…

Intelligent comme un dindon

J’assistais récemment à un congrès scientifique où quelques-uns des plus grands savants actuellement vivants apportaient leurs lumières. Il y avait là une douzaine de Prix Nobel, dont une femme, Madame Hodgkin, la célèbre spécialiste anglaise de la cristallographie chimique.

Un soir, alors qu’après une journée de discussions ardues tout le monde se rafraîchissait dans le parc du palace où se tenait le congrès, j’oubliai un instant qui étaient tous ces hommes et ces femmes attablés devant un whisky. Et soudain, tandis que je regardais leurs visages illustres, je me pris à me demander si je rêvais: vraiment, était-ce là l’élite de la pensée terrestre? Ils avaient l’air de n’importe qui. Dans la littérature, quand il est question d’un grand savant, il a généralement un «vaste front de penseur», ou bien un regard «profond», et généralement les deux. On voyait bien là quelques vastes fronts, certes, mais pas plus que dans n’importe quel congrès de pêcheurs à la ligne, de philatélistes ou de coureurs cyclistes, ou encore qu’à la terrasse du premier bistrot venu. Madame Hodgkin avait l’air d’une lavandière, le grand mathématicien russe Sobalev d’un receveur de postes.

Ma perplexité fut à son comble quand, m’étant penché vers mon voisin pour lui demander en anglais (qui est la langue du congrès) ce qu’il pensait de la séance de l’après-midi, je m’entendis répondre exactement ceci, avec l’accent de Belleville: — «Excuse-moi, mon pote, moi, je suis chauffeur du car!»

Et du coup me revint en mémoire une remarque du Professeur Chauvin qui m’avait beaucoup frappé. Dans son dernier livre[1], il écrit ceci à propos de l’intelligence des oiseaux: «Comme le cortex des oiseaux n’est guère développé par rapport à celui des mammifères, on tendait à admettre jusqu’à une époque très récente que chez eux les fonctions inférieures de l’instinct étaient seules importantes. Mais ce n’était là qu’un préjugé structuraliste, qui lie bien trop étroitement l’anatomie et le peu que l’on sait du comportement. Toujours est-il que la tendance s’est tout à fait renversée, et qu’on admet maintenant que les oiseaux ne le cèdent que de peu aux mammifères supérieurs quant à la complexité du comportement.»

C’est donc par préjugé structuraliste que l’on prête aux savants et en général aux hommes de pensée un cerveau plus vaste. Non seulement, ils ont le cerveau de tout le monde, mais même chez les animaux les comportements les plus «intelligents» sont possibles et observables au sein d’espèces dotées d’un petit cerveau, et plus particulièrement d’un modeste cortex (le cortex est la partie du cerveau où sont localisées les plus hautes activités intellectuelles, et chez l’homme il se situe derrière le front). Contrairement à ce qui se passe avec les ordinateurs, la pensée la plus complexe n’est pas forcément liée au dispositif le plus compliqué. Ou, en des termes encore plus lapidaires, nous dirons que l’explication purement matérialiste de la pensée animale semble en contradiction avec les faits. Et puisque Chauvin cite les oiseaux, voici quelques cas particulièrement frappants choisis dans une famille qui n’a pourtant pas la réputation de se distinguer par son intelligence, celle des gallinacées.

Certains sont véritablement fort astucieux…

Dans l’immense région que baigne la moitié sud de l’océan Pacifique, depuis les Phillipines jusqu’à l’Australie méridionale, ce qui correspond chez nous aux coqs et aux faisans est occupé dans la systématique par trois groupes d’espèces, les tallégales, les mégapodes et les leipoas, dont les mœurs ont de quoi forcer à la méditation les esprits les plus rebelles au mystère animal. Leur allure générale les fait reconnaître au premier coup d’oeil comme gallinacées même par les Européens: ils ressemblent en général à des dindons et on les appelle souvent «dindons du Pacifique». Certaines espèces ont un plumage gris, d’autres, comme les alectures d’Australie, les épypodes de Nouvelle-Guinée et les macrocéphales des Célèbes, arborent des couleurs vives. Leur queue est souvent ocellée et leur crâne nu orné de caroncules. Jusque-là, donc, rien que de banal. C’est quand on regarde vivre l’animal que l’on devient perplexe: entre tous les oiseaux, les dindons du Pacifique sont en effet les seuls à avoir inventé la couveuse artificielle, et l’observation montre qu’ils ont appris à utiliser tous les moyens possibles pour obtenir la chaleur nécessaire à l’incubation, à la seule exception du feu.


Suivons par exemple le manège du mégapode d’Australie. Quand le couple s’est formé (et il est très fidèle), il s’envole en direction d’une haute et sombre futaie située au bord de l’eau, en terrain humide, soit sur la côte, soit près d’un marécage fluvial. Parfois plusieurs couples entreprennent ensemble l’aventure matrimoniale. Ce qu’ils cherchent, c’est un sous-bois couvert de débris végétaux, non loin d’une clairière. Quand ils ont trouvé l’emplacement convenable, leur premier travail consiste à racler le sous-bois avec leurs vastes pattes (c’est le sens du nom de mégapode qu’on leur a donné), à la façon de leurs cousines les poules. Seulement, au lieu de se borner à fouiller dans la pourriture végétale, ils la repoussent laborieusement derrière eux en direction de la clairière, où ils amoncellent feuilles mortes, branchettes et autres détritus. Le tas grossit rapidement jusqu’à former un tertre d’un mètre quatre-vingts à deux mètres cinquante de haut et de six mètres de diamètre, et, à mesure que sa taille augmente, la chaleur dégagée par la fermentation et sa décomposition fait aussi monter sa température. Un premier résultat de ce dégagement de chaleur humide est d’attirer toutes sortes de bêtes: limaces, insectes, vers, reptiles variés, qui y élisent domicile, y pondent leurs œufs et s’y multiplient. Donc, le tumulus du mégapode va devenir une sorte de garde-manger doublé d’un élevage. Mais, ce n’est là qu’un aspect secondaire de l’entreprise. Non content de fabriquer lui-même le tas de fumier que nos volailles à nous attendent de notre seule munificence, le mégapode va utiliser cette source de chaleur pour l’incubation de sa propre progéniture.

En effet, dès que la température atteint le degré voulu, la femelle «creuse à bonne hauteur, sur le flanc du tertre, un trou qui peut dépasser un mètre de profondeur et dont le tunnel remonte brusquement vers l’intérieur. Elle y pond de grands œufs blancs ovales à coquille mince, et creuse un trou par œuf» (E. Th. Gilliard)[2]. Toutes sortes de détails sont extraordinaires dans la façon dont procède l’oiseau. D’abord, il semble que la femelle dispose dans le bec d’un thermomètre extrêmement sensible, car l’œuf est toujours déposé en un point où la température est de 30 à 31 degrés, ni plus, ni moins, ainsi qu’en témoignent les appareils déposés à l’intérieur du tas par les naturalistes ayant étudié son comportement, comme Frith en 1959 et 1962. Si l’expérimentateur fait varier la température (par exemple en provoquant de l’ombre ou en changeant l’épaisseur de la couverture végétale), l’oiseau, qui ne cesse de la contrôler en introduisant son bec dans la cheminée au fond de laquelle repose l’œuf, fait ce qu’il faut pour la ramener à 30 degrés. Il semble même que les variations requises par la maturation progressive de l’œuf soient soigneusement vérifiées et assurées. Au début, en effet, nous avons vu que la coquille est fine et fragile. Mais à mesure que le temps passe elle s’épaissit de plus en plus. Or, l’incubation est la plus longue que l’on connaisse dans le monde des oiseaux: soixante-trois jours, exactement trois fois plus que chez notre poule domestique. La couvée, chez le mégapode, est de cinq à huit œufs, mais nous verrons que d’autres espèces sont plus prolifiques. Quoi qu’il en soit, il est remarquable que cet oiseau, si différent de nos gallinacées européennes par sa forme et surtout par ses mœurs, ait été comme elles adopté par l’homme. En Nouvelle-Guinée, les chasseurs de têtes Sépiks vivent parfois en véritable symbiose avec des mégapodes. Chaque tertre à incubation a son propriétaire, qui l’exploite et à qui nul ne tente de le contester. Une famille Sépik en exploite deux ou trois, exactement comme nous exploitons un poulailler. Quand on veut gober un œuf, on s’en va fouiller le tumulus, habilement, sans l’abîmer. L’oiseau ne se plaint pas plus de cette exploitation que ne le font nos poules. Il semble d’ailleurs y trouver son compte, car le Sépik le protège et se garde bien de le mettre à la broche, quoique tous ces oiseaux soient, aux dires de Gilliard, un gibier royal. Toujours d’après ce savant, un monticule produit un nombre respectable de douzaines d’œufs par an, et il y en aurait, dans les bons endroits, jusqu’à une cinquantaine dans un rayon de quelques kilomètres. Certains d’entre eux, comme du reste nos poulaillers, donnent asile à plusieurs couvées. Les couples collaborent alors à leur entretien, et cela dure plusieurs mois par an. Le même monticule une fois érigé peut, s’il donne satisfaction, être utilisé pendant de longues années. Chaque saison le voit se grossir de nouveaux détritus. Les savants et les explorateurs tombent alors parfois sur de véritables monuments, comme ce tertre de mégapode australien qui mesurait seize mètres de diamètre et de cinq à six mètres de hauteur. De telles dimensions supposent un labeur collectif de plusieurs générations d’oiseaux.

Les naturalistes ont été particulièrement intrigués par les soins apportés à l’édifice, aux œufs et aux nouveau-nés. Chez le leipoa d’Australie méridionale, la construction de l’incubateur obéit à une stricte architecture. L’oiseau commence par creuser une large cavité conique évasée en forme de bassin dans un terrain peu perméable. Il remplit ensuite cette cavité d’un tas de détritus organiques auquel il donne une forme arrondie par-dessus. Le sommet de ce tas est lui-même creusé d’un trou, et le tout (y compris le trou) est recouvert d’une épaisse couche de sable.

L’étude de cet édifice montre que chacun de ses détails répond à un but soigneusement étudié. L’excavation dans le sol imperméable est destinée à retenir l’eau de pluie, qui est rare dans ces régions. Cette eau entretient l’humidité, donc la fermentation des détritus. Le point où la température est la plus élevée est la cavité sommitale, ce qui démontre un strict souci du rendement de l’incubateur. Quant au sable, il sert à la fois de volant thermique, dispositif absorbant de la chaleur solaire: le jour, où il emmagasine les thermies tombées du ciel, et la nuit il empêche les thermies d’origine chimique de se dissiper vers l’extérieur. L’épaisseur du sable est constamment vérifiée et modifiée en fonction de la température observée dans la cavité d’incubation. Tout cela fonctionne comme une machine merveilleusement simple et efficace.

Une méthode perfectionnée, mais aussi quels résultats!

L’utilisation de cette machine n’est pas moins rationalisée que son édification. Chez le leipoa par exemple, la femelle commence par disposer ses quatre premiers œufs, pourtant pondus à plusieurs jours d’intervalle, aux quatre coins d’un carré parfait.

Les oeufs du leipoa

Les oeufs du leipoa font le régal des indigènes qui se gardent bien de tuer ces oiseaux.

Puis les œufs suivants viennent trouver leur place par rapport aux premiers, de façon telle que la couvée terminée forme un cercle. On comprend d’autant moins comment s’y prend l’oiseau que chaque œuf une fois déposé cesse d’être visible. Tout cela fut d’abord tenu pour purement légendaire, jusqu’à ce que de nombreux savants aient dû se rendre à l’évidence après avoir soupçonné les pionniers d’affabulation. Pendant tout le temps d’incubation, les parents exploitent les alentours en jacassant comme de bonnes volailles, l’un répondant à l’autre. Gilliard décrit un appel assez bref du mâle, auquel la femelle fait fidèlement écho. De temps à autre, tous deux viennent contrôler les températures, et aussi écouter les pépiements des poussins, car il faut les aider à se dégager quand ils sont éclos. Selon certains observateurs, les poussins seraient parfois réenterrés dans le sable de l’incubateur pendant la nuit. Il est certain en tout cas que les petits sont capables de subsister sous le sable sans s’étouffer, et ce (si l’on en juge à l’aspect de certains que l’on y découvrit) apparemment pendant plusieurs jours. Ces poussins sont remarquablement adaptés à leur étrange enfance sans nid. D’abord, ils sont très précoces et savent se nourrir eux-mêmes en gobant les bestioles qui grouillent dans l’incubateur. Quoi qu’ils aient alors la grosseur d’une petite caille, ils peuvent déjà sauter avec beaucoup d’agilité.

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Ce jeune Leipoa a 6 heures à peine. Tout seul il s’est dégagé du centre de la couveuse.

L’espèce dite macrocéphale, qui vit dans les Célèbes septentrionales et les îles Sangihe, est même capable de voler aussitôt éclose. Il est vrai que l’œuf est énorme: dix centimètres de long sur six de diamètre (la femelle ne met pas moins de treize jours à le pondre). Dans tout ce que je viens de décrire, on est tenté de ne voir qu’une merveilleuse programmation de l’instinct combinée avec une adaptation très poussée de l’animal à son étrange vie. Mais cela va beaucoup plus loin, si loin que l’on se demande ce qui peut se passer dans la cervelle des dindons du Pacifique.

Dans les Célèbes, certains naturalistes furent longtemps étonnés de voir certains macrocéphales enterrer leurs œufs sans se donner la peine de construire le moindre incubateur. Le plus fort était que ces œufs, non seulement survivaient, mais arrivaient parfaitement à éclosion. Le mystère fut élucidé quand ces savants eurent l’idée d’enterrer des thermomètres au même endroit: le macrocéphale était tout simplement capable d’utiliser la proximité de sources d’eau chaude, ou même la chaleur volcanique! Loin d’être prisonnier de son instinct constructeur, il ne demandait pas mieux, le cas échéant, que de se décharger sur la nature du travail que celui-ci lui donnait.

Sur son tas de sable et de feuilles, un alecture.(Photo: Services d’information australiens)

Chauvin rapporte qu’à Savo, dans les îles Salomon, on trouve deux zones sableuses à travers lesquelles passent des fumerolles chaudes. Le Leipoa ocellata, dont nous avons admiré tout à l’heure la sûreté architecturale, a complètement renoncé à l’exercer à Savo, trouvant plus simple de déposer son œuf à même le sol, dans une petite cupule sommairement creusée. À l’île Nianfou, il va même jusqu’à utiliser les cendres chaudes du cratère du volcan! Mais dans tous les cas, les températures sont toujours aussi soigneusement contrôlées. Les expériences de Frith, ingénieux spécialiste de ces ingénieux oiseaux, montrent bien que l’instinct aveugle ici n’explique pas l’essentiel. La question que se posait ce savant était celle de savoir si les mégapodes construisent leurs incubateurs pour le construire, ou bien s’ils ne sont intéressés que par le but à atteindre. D’où l’idée de montrer au malheureux architecte à plumes toute une série de canulars calculés pour le déconcerter.

Par exemple, Frith enterre dans l’incubateur des résistances électriques qu’il peut faire chauffer à volonté. Au printemps, alors que la température est froide et que l’on peut croire le mégapode poussé par son instinct à construire un incubateur très chaud, Frith laisse faire l’oiseau à son idée, puis enclenche ses résistances. Le mégapode, surpris mais non abusé, décharge aussitôt sa couvée, puis creuse çà et là des trous pour évacuer cette étrange chaleur venue on ne sait d’où.

Si la même expérience est recommencée en été, c’est-à-dire au moment où la chaleur principale provient, non des détritus en fermentation, mais du soleil, le manège de l’oiseau montre qu’il fait exactement l’erreur que ferait quelqu’un qui raisonne: quand la chaleur augmente, il ajoute du sable par-dessus. Si seul son instinct le guidait, comment attribuerait-il à la chaleur excessive des causes différentes selon les circonstances? Frith, qui a passé des années à observer ses leipoas en Australie du Sud (et qui continue), rapporte de nombreux cas où l’on voit l’oiseau montrer des signes de perplexité, ce qui est également incompatible avec une explication purement instinctive.

Quand les résistances électriques provoquent des températures «incompréhensibles» l’oiseau, dit-il, enfonce son bec un grand nombre de fois dans le monticule et donne des signes de «divergence d’opinion» sur ce qu’il convient de faire. Si le monticule est entretenu par plusieurs couples, les avis peuvent être si partagés que l’on verra un oiseau défaire ce qu’un autre aura fait. Rien n’est plus «humain» qu’un tel désordre.  L’incubateur lui-même est d’ailleurs d’aspect tellement humain que les premiers observateurs australiens se sont longtemps obstinés à y voir des sépultures indigènes, malgré les dénégations de ceux-ci, nous dit Chauvin! Il est assez piquant qu’après avoir soutenu que seuls des hommes pouvaient faire quelque chose de si ingénieux, on s’efforce maintenant de prouver qu’il n’y a là au fond rien que de mécanique et d’instinctif. L’idée qu’un embryon de réflexion puisse exister chez un animal semble insupportable aux esprits médiocres, qui sont d’autant plus acharnés à s’attribuer le monopole de la pensée qu’ils l’exercent avec moins de bonheur.

L’apprentissage des dindons dure des années

Un autre aspect typiquement humain du comportement des mégapodes est le fait qu’avant de bien réussir leur travail, ils doivent s’y exercer pendant plusieurs années. Les jeunes n’arrivent que lentement et à force d’essais à obtenir une bonne régulation thermique. Que serait donc cette prétendue connaissance instinctive qui ne s’acquiert que par l’étude? Car les dindons du Pacifique «étudient»! C’est partie en observant les autres faire, partie en essayant eux-mêmes, qu’ils arrivent à cette habileté qui nous stupéfie. Frith nous raconte à ce sujet une merveilleuse histoire. Un jour, dans une aire habitée par de nombreux leipoas, il entreprit, pour voir comment marchait un bon incubateur, d’en fabriquer un lui-même. Il se mit au travail, et remarqua non loin de là un oiseau apparemment intéressé par sa tentative et qui l’observait discrètement. Chaque jour, l’animal venait voir où en était l’œuvre de l’homme. Et bientôt, n’y tenant plus devant l’incompétence du novice, le leipoa se mit lui-même à l’ouvrage! De temps en temps, abandonnant son observation, il venait faire quelques retouches «à son idée». Quel dommage que le leipoa soit le seul animal intéressé par l’éducation des hommes! Si la fourmi nous enseignait son labeur, le loup sa noblesse, l’oie cendrée sa fidélité, le chien son désintéressement, eh bien, je crois que cela irait mieux. Peut-être alors mériterions-nous d’être appelés les rois de la nature, et non plus ses bourreaux.

Aimé Michel

Notes:

(1) Pr Rémy Chauvin: Psychophysiologie, le comportement animal (Masson, Paris 1969) page 298.

(2) E. Th. Gilliard: Les oiseaux vivants du monde (Hachette). Gilliard est conservateur adjoint du Museum américain d’Histoire Naturelle et a particulièrement étudié les megapodes.