Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

Le découvreur de la préhistoire est l’extraordinaire Boucher de Perthes. Il n’y a pas cent ans, en effet, que nous avons quelque idée du lointain passé de l’homme et quelque conscience de l’évolution. Notre ami Stéphane Arnaud fait de ce «plaisantin», de ce «bohème», l’exemple même de l’esprit nouveau, de la curiosité ouverte, et salue en Boucher de Perthes un des «pères» de l’équipe de Planète. Mais que notre revue, justement, existe et connaisse un tel succès, prouve que les temps ont changé. Les haines, le mépris, les difficultés que rencontra Boucher de Perthes semblent maintenant incroyables. Nous avons tenu à illustrer cette étude par les gravures composées pour la livraison en fascicules du «Monde avant la Création de l’Homme», de Camille Flammarion, premier livre de haute vulgarisation sur la naissance et le cheminement de la vie jusqu’à la montée du phénomène humain, livre contestable aujourd’hui, mais animé par une immense générosité.
logo-download

Le martyre d’un génie: Boucher de Perthes

Article paru dans Planète N°3 de février / mars 1962

«Je crois peu à la science
des savants bêtes.» (Victor Hugo)

«La vérité ne triomphe jamais,
mais ses adversaires finissent
par mourir.» (Max Planck)

L’AMATEUR QUI DÉCOUVRIT LA PRÉHISTOIRE

 

Boucher de Perthes

BOUCHER DE PERTHES
Il avait des preuves, l’institut avait des dogmes,
et on ne le crut qu’à 71 ans.

Raconter la vie et les luttes de Boucher de Perthes, c’est affronter la nausée. Car il faut se plonger dans le XIXe siècle: non pas dans la lumière de ses nombreux génies, mais dans l’anonymat de sa pensée quotidienne telle qu’elle fut vécue par nos arrière-grands-pères, et que nous avons oubliée.

Il est plus facile à un homme de 1961 de se mettre dans la peau d’un Inca ou d’un Chaldéen que de rétrograder de cent ans sans sortir de son jardin. Car enfin, une conception merveilleuse du monde et de l’homme ne saurait aujourd’hui nous surprendre: on est averti. Mais vers 1850, souvenons-nous-en, «il n’y avait plus de mystères», comme disait Berthelot. Tout était «positif et rationnel». Et voici comment on enseignait, au Muséum d’Histoire Naturelle, l’origine de l’Homme.

IL N’Y AVAIT PAS D’ABÎME POUR LES MESSIEURS EN NOIR

D’abord, l’antiquité de la Terre se mesurait en milliers, ou à la rigueur en quelques dizaines de milliers d’années chez les plus excessifs: pas d’exagération! La théorie de Laplace ajoutait quelques millénaires à cette brève histoire. De quoi remplissait-on l’abîme du temps? Pour les graves messieurs en noir, l’abîme du temps n’était qu’une billevesée. Les quelques allusions à de tels problèmes que j’ai pu trouver, notamment dans «Science et Philosophie» de Berthelot, donnent à entendre que le silence de la Science ne prouve nullement son ignorance, mais uniquement l’inexistence de la question posée: si la Science ignore quelque chose, c’est que ce quelque chose n’existe pas.

Sur cette Terre vieille de tout au plus quelques dizaines de millénaires, il y a l’Homme, et autour de lui, les Animaux et les Plantes. Et surtout, ne mélangeons pas! Au moment où Boucher de Perthes commence à parler de ses premières découvertes, en 1828, personne n’a encore remarqué que tous les êtres vivants sont composés de cellules à peu près identiques (cette découverte, due à Schleiden et Schwann, date de dix ans plus tard). Cuvier est au terme de sa vie, et il laisse à ses continuateurs, Brongniart, Alcide d’Orbigny, Johannes Muller, une doctrine intangible: il n’y a pas d’évolution dans la nature, les espèces sont fixes, les fossiles témoignent que quatre créations se sont succédé dans le temps, anéanties l’une après l’autre (sauf la dernière, bien sûr) par des cataclysmes, ou déluges, le dernier étant celui dont la Bible a gardé le souvenir. Ces créations, d’ailleurs, sont strictement matérialistes: c’est «la Nature» qui se plaît à enfanter ainsi après chacune de ses crises. Comment? Ce détail reste à préciser. Mais ce qui est certain, c’est que les déluges ont régulièrement exterminé toute vie, que rien, donc, ne subsiste des êtres vivants de l’ère précédente. Par voie de conséquence, l’homme d’avant le déluge est une fable absurde, de même, d’ailleurs, que le chien, le cheval, l’escargot, la renoncule, la grenouille d’avant le déluge: tout cela est le produit de la dernière création. On appelle «diluvium» les alluvions laissées par le dernier déluge. Dans ce diluvium, on trouve les vestiges des êtres de l’époque précédente, détruits par la catastrophe. Bien entendu, il n’existe aucune parenté réelle entre les espèces, puisqu’elles n’évoluent pas. Si le chat ressemble au tigre et l’homme au singe, c’est parce qu’il existe des «plans de la Nature» auxquels celle-ci est tenue par ses propres lois de se conformer.

VINGT-SEPT DÉLUGES, TOUT JUSTE

Après la mort de Cuvier, en 1832, ses continuateurs confirmèrent par mille mémoires et observations une théorie tenue pour définitive. On ne modifia qu’un détail: le nombre des déluges qui, à la suite des travaux de Brongniart et de d’Orbigny, fut enfin fixé à vingt-sept. Ces vingt-sept déluges expliquaient tout. Et comment le moindre doute eût-il pu subsister? Brongniart était président de l’Académie des Sciences et d’Orbigny président de la Société géologique de France: les deux plus hautes autorités scientifiques du monde en la matière. C’est ce monde clos, absurdement rationnel, limité dans l’espace à des dimensions dérisoirement sous-estimées et dans le temps à quelques centaines de siècles, que Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes prétend soudain jeter à bas en affirmant, du vivant même de Cuvier, que l’homme est un être antédiluvien, que ses racines biologiques se perdent dans la nuit des temps, qu’il a prospéré dans des civilisations si anciennes qu’aucune tradition n’en témoigne, mais dont les traces dorment sous la terre, et que finalement nous sommes un problème bien plus compliqué qu’on ne croit.

HÉLAS! UN AMATEUR!

Qui est Boucher de Perthes? Hélas, hélas, hélas! Un homme de lettres, un plaisantin qui ne s’est fait connaître jusqu’ici — si peu — que par une demi-douzaine de comédies, d’opéras-comiques, de recueils de chansonnettes, d’essais philosophiques. Un esprit léger, impertinent, qui croit avoir le droit de s’intéresser à tout, de tenir sa partie de violon au côté de Paganini, de faire de l’archéologie, et, vice singulier à l’époque, de savoir nager: tous les matins, il plonge dans la Somme, été comme hiver, par des températures de moins quinze, et ce jusqu’à l’âge de soixante-quatorze ans.

— Je ne suis pas un savant, aime-t-il à dire. Je suis un bohème de la science: je dis la bonne aventure. La formation scientifique de ce bohème n’en est pas moins sérieuse. Il a grandi, peut-on dire, dans la Botanique et les Sciences Naturelles. Son père, Jules-Armand-Guillaume Boucher de Crèvecœur, était correspondant de l’Institut comme botaniste, et un autre botaniste éminent, le docteur Casimir Picard, était un ami et un familier de la maison. Mais en dépit de cette formation, la grande aventure intellectuelle de Boucher de Perthes commença par un éclair poétique. Un soir d’été de 1826, se promenant dans un faubourg d’Abbeville (où il était inspecteur des Douanes), il tomba sur une carrière qu’il avait vue maintes fois depuis son enfance, et, pour la première fois, fut frappé par l’aspect des morceaux de silex dont elle était semée. Il s’agissait d’un banc de sable «antédiluvien», selon l’expression de l’époque, c’est-à-dire tertiaire. Les silex étaient des silex naturels, et reconnus pour tels par Boucher de Perthes.

— S’il y a eu des hommes avant le déluge, devait-il écrire un peu plus tard, ce silex naturel a dû leur servir à façonner des outils et c’est là, dans ces terrains d’alluvions, que l’on doit retrouver les vestiges de l’homme primitif. Je fonde mon opinion sur cette remarque toute simple: c’est dans les dépôts laissés par les torrents à la suite des orages qu’on rencontre les objets qui couvraient le sol. Si ma remarque est vraie, c’est dans les amas formés par le courant diluvien qu’on doit trouver des traces de ce qui existait à la surface de la terre. Si l’homme y vivait, il doit y avoir laissé des traces de sa présence et de ses oeuvres, car tout être humain est ouvrier. En outre, il doit pourvoir à sa défense; ses moyens naturels sont faibles, il lui en faut de factices. Ces silex étaient assurément propres à en créer. Leur matière étant indestructible, c’est parmi ces silex qu’il faut chercher les restes de l’industrie primitive.

L’admirable est ici que la vérité ait été pleinement discernée sans l’appui suggestif du moindre document, et dans un coup d’oeil. Dès 1826, Boucher de Perthes se met à chercher avec fureur des haches préhistoriques en silex, et là précisément où il fallait les chercher, alors que la science lui enseignait que tout, dans son dessein, était absurde. Sa certitude fut dès le premier instant si puissante qu’il la proclama partout avec son entrain habituel. En quelques mois, dans la région d’Abbeville et jusqu’à Paris, sa réputation est faite: il est «le fou qui croit aux haches et au vieil homme». Les journalistes se moquent de lui, et les messieurs en noir, au seul bruit de son nom, le tournent en dérision et ricanent avec dégoût. Les mois passent. Boucher de Perthes hante tous les chantiers, toutes les carrières dans la région d’Abbeville. Creuse-t-on un canal, un égout, les fondations d’un mur, il est là. Enfin, en 1828, au terme de deux ans pendant lesquels sa foi est seule à le porter, il tombe sur un superbe silex taillé de douze centimètres de long. Fou de joie, il essaie de montrer sa trouvaille à des savants qui, sans vouloir la regarder, lui disent, les uns que c’est un caillou roulé, les autres que c’est un caillou ébréché, et que de toute façon l’industrie humaine n’est pour rien dans sa fabrication, puisque l’homme antédiluvien n’existe pas.

— Bon, dit Boucher de Perthes, on ne me croit pas parce qu’il n’y en a qu’un. Nous verrons bien quand il y en aura cent.

Et il poursuit ses recherches. Les silex taillés s’entassent dans sa vaste demeure, classés, étiquetés, munis de toutes les indications devenues depuis classiques de terrain, de couche, de profondeur, de contexte paléontologique, etc.

Mais plus il y en a, et plus son nom sombre dans le ridicule et le mépris. Tant qu’il les cherchait, ce n’était qu’un fou. Quand il les eut trouvés, ce fut un imposteur, un charlatan, un malhonnête homme. En 1837, neuf ans après ses premières découvertes, la mise à jour d’un riche gisement sous les remparts d’Abbeville lui permet d’envoyer à l’Académie des Sciences tout un ensemble d’objets classés et numérotés. Le secrétaire perpétuel de la toute-puissante Académie, seule habilitée à juger de l’honneur d’un chercheur, c’est Élie de Beaumont. Qui est Élie de Beaumont? Un géologue, donc un spécialiste. Sa grande gloire, et l’origine de son siège à l’Académie, c’est une admirable théorie sur la forme pentagonale du globe terrestre, expliquant la disposition des chaînes montagneuses avec la même lumineuse clarté que les vingt-sept déluges expliquaient le passé de la Terre. Élie de Beaumont n’accuse même pas réception de l’envoi. Le seul nom de Boucher de Perthes le fait entrer en transes.
«Agacé, Boucher de Perthes passe à l’offensive[1]. Il exige qu’une commission académique vienne sur place constater les faits qu’il avance.»
Pour montrer sa bonne foi, l’Académie forme la commission. Mais pour ne laisser aucun doute sur l’estime où elle tient Boucher de Perthes, la commission ne bouge pas. Elle ne quitte pas Paris. Elle refuse de regarder quoi que ce soit.

— Qu’à cela ne tienne, dit Boucher de Perthes.

Et puisque l’Académie ne vient pas à lui, il lui offre l’ensemble de ses collections. Elle les refuse: les silex (dit-elle sans vouloir les examiner) ne sont pas «oeuvres», les haches ne sont que des «cailloux roulés» et des «sécrétions d’animaux marins durcies et pétrifiées».

CELUI QUI CROYAIT AU VIEIL HOMME

Boucher de Perthes essaie alors d’en appeler au public, tout en poursuivant ses recherches, bien entendu. En 1846, il commence la publication de ses «Antiquités celtiques et antédiluviennes», monument où tous ses travaux sont exposés dans le détail, accompagnés de milliers de figures.

«Peu de livres furent reçus avec un dédain plus général, raconte-t-il lui-même: personne ne voulait le lire, même ceux à qui je le donnais. Quant à l’acheter, il n’en était pas question: Il fait peur aux chalands, me disait un libraire; dès qu’ils entendent parler du déluge, ils se sauvent.»

Trente ans après ses premières découvertes, Boucher de Perthes en est toujours au même point. Son oeuvre est immense, mais connue de lui seul et de quelques curieux. Son nom, par contre, est universellement connu et méprisé. En 1858, un congrès d’antiquaires réuni à Laon qualifiera encore sa collection d’objets préhistoriques de «ramassis sans valeur de pièces recueillies au hasard». Boucher de Perthes est alors âgé de soixante-dix ans.

— Si je n’ai pas beaucoup de science, écrit-il, j’ai du moins une grande expérience pratique. Personne en Europe n’a visité plus de bancs diluviens que moi; j’en ai vu dans les trois parties du monde. Quant aux silex travaillés ou non, c’est par millions que j’en ai touché, analysé, et j’en ai réuni des milliers.»

En 1860 (il a soixante-douze ans), un congrès de savants réuni à Dunkerque l’invite à exposer ses idées. Il le fait, et constate d’abord un certain intérêt. Mais en conclusion, il a la malencontreuse idée de faire circuler dans la salle quelques pierres taillées.

— Un grognement sourd, mêlé de rires étouffés et de quelques haussements d’épaules, m’annonça la fin de mon triomphe. Un quart de siècle de combats et de désappointements m’avait accoutumé à ces revers de fortune: aussi je m’en consolai vite. Mêlé dans la foule à la sortie, je pouvais saisir les propos de ceux qui ne me savaient pas si près: — Croyez-vous aux haches et au vieil homme? demandait M. le Sous-Préfet à un monsieur qui lui répondait par un signe accueilli d’un sourire facile à comprendre.

— J’aurai longtemps ces pierres-là sur l’estomac, disait un autre. Quelques groupes, rapporte encore Boucher de Perthes, prenaient l’affaire au tragique:

— Toutes ces questions font un grand mal, s’écriait un orateur: elles détournent de l’étude des choses sérieuses.»

Le congrès revint donc aux choses sérieuses, et discuta deux jours sur la question de savoir si Godefroy de Bouillon était né Belge ou Français.

LA REVANCHE DU PLAISANTIN

Et pourtant, depuis l’année précédente, la revanche du vieux chercheur était inévitable. En 1859, trois éminents spécialistes anglais voulurent enfin en avoir le coeur net: pour la première fois depuis trente et un ans qu’il le demandait, des savants consentaient à examiner ses découvertes. C’étaient le géologue Lyell, l’archéologue Evans et le stratigraphe Prestwich. Ils «n’y croyaient pas», bien entendu, et se hâtèrent de le bien préciser en arrivant à Abbeville. Mais enfin, ils regardèrent ce qu’on leur montrait, puis se rendirent sur le terrain où, à leur immense stupeur, ils découvrirent eux-mêmes soixante-dix pointes de sagaies, couteaux, massues, et autres outils indubitablement taillés. Quelques mois plus tard, la Société Royale de Londres reconnaissait l’authenticité des découvertes de Boucher de Perthes.

À Paris, les académiciens faisaient peine à voir. Deux d’entre eux eurent cependant le courage d’admettre publiquement les faits: Gaudry et de Quatrefages. Réduite au silence, l’opposition, ou pour mieux dire la haine de la science officielle française n’attendait cependant, pour se manifester, que la mort de Boucher de Perthes. Celle-ci survint le 2 août 1868. En quelques mois, sur les instances occultes de l’Académie des Sciences, tous les ouvrages de Boucher de Perthes restant en librairie furent retirés et envoyés au pilon. Un de ses admirateurs, Victor Meunier, ayant écrit un livre pour tenter de l’arracher à l’éteignoir, apprit avec stupeur, le lendemain de la sortie de l’ouvrage, que les trois mille exemplaires du tirage avaient été eux aussi envoyés au pilon. Boucher de Perthes, cependant, avait gardé jusqu’au bout sa gentillesse et sa gaîté. Dans son «Voyage en Angleterre», publié l’année de sa mort, il raille en petits vers de mirliton ses déboires scientifiques et littéraires:

L’édition tout entière
De mon livre, en beau papier,
Maintes fois de l’étagère
A passé chez la crémière
Ou son voisin l’épicier.

IL ÉTAIT RICHE…

L’histoire de Boucher de Perthes est plus qu’aucune autre sans doute exemplaire. Plus qu’aucune autre en effet elle éclaire un mécanisme essentiel du progrès scientifique, et du progrès spirituel tout court: celui de l’accession à un niveau supérieur de conscience. Quand ce miracle se produit, son impulsion première ne doit presque rien à la technique, à l’érudition, à la bibliographie, bref, à tout ce qui fait l’appareil sacré de la science. Bien au contraire, cet appareil va se dresser contre lui. Il va sécréter des anticorps, et se comporter à l’égard de la nouveauté comme un organisme sain à l’égard de la maladie: tout progrès scientifique est toujours une maladie de la science. Et plus le progrès est grand, plus énergiques sont les anticorps. Au siècle du rationalisme délirant, Boucher de Perthes, qui croyait au caractère fantastique de toute réalité, partait perdant. Et il eût été écrasé, effacé, réduit au néant, sans un petit détail qui ressemble à l’artifice des happy ends: il était riche. On n’achetait pas ses livres, on jetait ses communications au panier. Mais il les publiait quand même, à compte d’auteur, et à force d’en jeter des milliers dans le gouffre, il finit, au bout d’un tiers de siècle, par toucher trois personnes. L’enfer de la science doit être plein de découvreurs géniaux mais pauvres, qui moururent dans la misère ou par le suicide.

CHOISIR LA LIBERTÉ

En tant que société humaine, la Science obéit aux mêmes lois que la Religion. Le capital moral d’une religion lui est acquis par ses saints et ses martyrs. Mais il est administré par son clergé organisé en Église. Et quelle est l’attitude de l’Église à l’égard des saints? Elle les canonise, à condition qu’ils soient morts. Il est question de canoniser Savonarole, brûlé par Alexandre VI. À l’égard des vivants, toute Église se soucie bien plus des hérétiques que des saints. Et comme les hommes sont des hommes (qu’ils siègent en Concile ou en Académie) leurs ressorts sont les mêmes et s’animent de même façon dans des circonstances identiques. Face aux novateurs, la circonstance fatale, c’est le Dépôt Sacré, le Dogme. C’est le Dépôt Sacré qui voue Jeanne d’Arc au feu, Galilée à la prison, Boucher de Perthes au mépris.

Mais en définitive, ce n’est pas la révolte que nous enseigne Boucher de Perthes. C’est la liberté. S’il dut attendre l’âge de soixante et onze ans pour voir triompher une vérité qu’il proclamait depuis si longtemps, ce ne fut pas parce qu’il y avait des académiciens obtus, mais parce qu’on les crut sans examen. Il est plus facile de croire que de chercher, de faire confiance à des maîtres que d’affronter l’inconnu.

Pour nous, nous avons choisi.

Stéphane Arnaud

(pseudonyme parfois
utilisé par Aimé Michel)

[1] Colin-Simard : Découverte archéologique de la France (Amiot-Dumont), p. 24. »>[1] Colin-Simard : Découverte archéologique de la France (Amiot-Dumont), p. 24.

 

 Les grands reptiles

Les grands reptiles dont parlait Julian Huxley dans notre précédent numéro, et tels que les montrait Flammarion dans son « Monde avant la Création de l’Homme ».

boucher-3

 Tous ces êtres qui ont précédé l’homme et qui sortent aujourd’hui de leurs tombeaux ne semblent-ils pas des monstres? Pourtant ils sont rattachés à nous par des liens originels (Camille Flammarion).