Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Les structures du phénomène M.O.C.

Article paru dans Lumières dans la nuit N°101 d’août 1969

par Aimé Michel

 

Voici un chapitre bien édifiant du nouvel ouvrage qui vient de paraître: «LES SOUCOUPES VOLANTES» (Pour et Contre) qui a comme co-auteurs Aimé MICHEL et le Général LEHR, et que nous avons signalé dans notre dernier numéro. La partie «Pour» de cet ouvrage est le condensé le plus sérieux, le plus extraordinaire, et le plus percutant paru depuis que l’on parle des M.O.C. C’est l’ouvrage idéal pour ouvrir les yeux de ceux qui cherchent en toute bonne foi, sans idées préconçues. En le lisant, nous avons été stupéfait de constater qu’Aimé MICHEL pulvérise littéralement les arguments de son contradicteur, et cela, bien entendu, sans avoir eu connaissance de ceux-ci lors de la rédaction de son texte.

 

Voire, dira-t-on, mais la preuve? Ces traces et ces témoins existent, c’est entendu, mais comment savoir si les traces n’ont pas été fabriquées ou mal vues et si les témoins n’ont pas menti ou ne se sont pas trompés?

Partons de ce qui est admis par tout le monde, y compris par mon honorable contradicteur: l’existence des traces et des témoignages (quelle qu’en soit l’interprétation), et examinons les explications qu’on peut leur donner. II y a actuellement entre 20.000 et 25.000 dossiers accessibles au chercheur décidé à chercher (nombre atteint par le fichier de Jacques et Janine Vallée). C’est sur ces dossiers qu’il faut travailler. Examinons successivement les diverses explications envisageables.

Les témoins interprètent mal. — Pour le savoir, Hynek, l’astronome consultant de l’Air Force, a imaginé l’expérience suivante:
a) on fait une sélection des cas les mieux attestés et authentifiés;
b) on les présente à un jury composé de spécialistes des diverses interprétations possibles en les conviant à attribuer à chacun des cas une «note d’étrangeté»;
c) on classe les cas dans l’ordre d’étrangeté croissante;
d) on fait un autre classement des mêmes cas en fonction de la distance à laquelle chaque phénomène a été observé (distance obtenue avec certitude par une simple mesure dans les cas les plus «étranges», qui sont les atterrissage). Il est évident que si les témoins ont observé des phénomènes qu’ils n’ont pas su reconnaître, les experts, eux, les reconnaîtront d’autant mieux que ces phénomènes auront été décrits avec le plus de détails, donc observés de plus près.

L’expérience, dans le cas d’une fausse interprétation, devra donc donner le résultat suivant: la «note d’étrangeté» croîtra avec la distance; plus une observation est rapprochée (donc décrite avec plus de détails), plus aisée sera l’identification par les experts. J’ai quelque peu amélioré cette expérience en remplaçant la «note d’étrangeté», de détermination assez subjective, par un «nombre d’étrangeté» obtenu par le simple comptage impersonnel des détails impossibles à rapporter à une interprétation connue. Quoi qu’il en soit, avec les deux méthodes, le résultat est le même: le phénomène est d’autant plus «étrange» qu’il est mieux vu; le «nombre d’étrangeté» est en raison inverse de la distance. Il augmente même plus vite que la simple raison inverse, exactement comme cela se passe pour les objets réels où le nombre de détails aperçus est proportionnel à la surface angulaire, c’est-à-dire à l’inverse du carré de la distance. Dans le cas de Valensole, où la distance alléguée de l’observation est de quelques mètres à peine, le nombre d’étrangeté atteint 23 pour la seule description du visage des deux êtres. Un fait très curieux est que les cas de type Adamski font exception à cette loi: leur nombre d’étrangeté n’est jamais élevé.

Une autre expérience a été imaginée par Vallée sur la base d’une illusion d’optique bien connue: plus un objet réel est vu près de l’horizon, plus semble augmenter son diamètre apparent (la lune et le soleil sont «ressentis» plus gros près de l’horizon qu’au zénith). Si l’on porte sur un diagramme la hauteur au-dessus de l’horizon et le diamètre attribué, on voit que celui-ci, dans le cas d’objets réels, augmente quand la hauteur diminue. Et c’est bien ce que Vallée a constaté en dépouillant ses fiches: la soucoupe volante, quelle que soit sa nature, donne lieu aux mêmes illusions d’optique que n’importe quel objet réel.

2° Soit, dira-t-on, mais les «témoins» disent tout simplement n’importe quoi d’invraisemblable, et il est naturel et prévisible qu’ils en diront d’autant plus qu’ils affirmeront avoir mieux vu, et de plus près.

Notons que ceci n’explique ni les résultats de l’expérience de Vallée rapportée ci-dessus, ni la faible productivité en «étrange» des cas de type Adamski, notoirement inventés: Adamski et ses compères racontent de merveilleux voyages avec leurs «amis de l’espace», lui-même consacre un livre entier à ce qu’il a vu dans les soucoupes volantes, et tout cela est d’une navrante pauvreté quand on le chiffre, en opposition avec les témoignages bien attestés. Mais voici d’autres expériences.

Alors qu’il était mathématicien-analyste à l’université de Chicago où il disposait de puissants ordinateurs, Jacques Vallée commença la mise sur fiches de ses dossiers (comprenant alors, outre quelque neuf mille cas du Projet Bluebook, une dizaine de milliers de cas venus du monde entier). Il constata que les cas les plus riches en «étrange» se classaient d’eux-mêmes en quatre ou cinq types, dont deux (I et II) très complexes et très structurés. Ces types d’observation sont rapportés de façon identique dans toutes les parties du monde, par des Papous, par des paysans auvergnats, par des professeurs d’université américains, par des Indiens de l’Orénoque, par des Ukrainiens, etc… (21, ch. VI). Et voici ce que l’on constate si l’on établit les «nombres d’étrangeté» des cas les plus «impossibles», ceux du type I, c’est-à-dire les atterrissages:

a) plus le «nombre d’étrangeté» est grand plus le nombre des concordances entre observations différentes augmente. Autrement dit, plus les témoignages et les traces comportent de détails improbables et plus les descriptions diverses sont cohérentes. Sur les 23 détails décrits par le témoin de Valensole sur le seul visage des personnages, 22 avaient déjà été décrits ailleurs dans le monde, et le 23e l’a été depuis (en Amérique du Sud par des paysans illettrés; dans les trois jours qui suivirent l’observation de Socorro, et alors qu’aucun détail n’avait encore été publié par la presse, un pilote de B 57 en mission de bombardement simulé décrivit le même objet aperçu de près en vol, y compris l’insigne compliqué dessiné en rouge sur l’engin que Zamora avait lui-même vu et dessiné (25, p. 150); le lendemain et le surlendemain de Socorro, alors que ce cas était encore inconnu du public, deux atterrissages décrits comme celui de Socorro furent enregistrés à la Madera (Nouveau-Mexique) et à Canyon Ferry (Montana); les traces relevées au sol — et l’on a vu leur complexité — étaient identiques (25, p. 151). Je cite ces exemples parmi des milliers d’autres, et simplement parce que j’ai exposé Socorro un peu en détail. Veut-on voir jusqu’où cela va? Tandis que j’écrivais ces lignes, le facteur m’a apporté le courrier quotidien. Parmi les lettres, une d’un lecteur inconnu qui m’envoie une coupure du Journal de l’Île de la Réunion, numéro du mardi 20 août. Sur deux pages, un journaliste de l’île rapporte un atterrissage observé par un créole le 31 juillet 1968 à 9 heures du matin. Le journaliste local, qui fait de son mieux, cite ses références pour un exposé général de la question. Il n’en a qu’une: le livre de Frank Edwards. Une rapide évaluation du «nombre d’étrangeté» de l’observation réunionnaise montre qu’il est très élevé, malgré les lacunes du rapport rédigé par un amateur: or, tous les éléments «étranges» sauf un sont cohérents avec les observations précédentes (par exemple, pour citer des observations rapportées dans ce livre, avec Socorro et Valensole). L’élément qui fait exception semble dû aux conditions particulières de l’observation. Un minimum seulement de ces éléments est rapporté par Edwards. Seuls une vingtaine de chercheurs dans le monde les ont dans leur ensemble en leurs dossiers. Et ces chercheurs reçoivent tous les jours des observations semblables.

b) On sait que le phénomène affecte la forme de «vagues»: de temps à autre, pendant quelques semaines, le nombre des observations monte en flèche. Le summum de la vague est localisé (exemple: Europe Occidentale pendant l’automne 1954). D’où l’expérience consistant à sélectionner les observations à plus haut nombre d’étrangeté de deux ou plusieurs vagues. On constate alors que toutes les vagues mettent en évidence les mêmes types d’observation, en gros ceux de la classification Vallée. «II est toujours possible, dit Hynek, de donner un tableau complet du phénomène avec seulement les observations des deux dernières années écoulées.»

c) En 1962, l’Américain Ted Bloecher eut l’idée de chercher si les quelques dizaines d’observations enregistrées en juin-juillet 1947 (époque de Kenneth Arnold) ne cachaient pas une vague passée inaperçue. Pendant cinq ans, il fit le tour des États-Unis pour photocopier les innombrables petits journaux locaux où sont soigneusement enregistrés tous les chiens écrasés. II découvrit un millier de cas n’ayant pas atteint les agences de presse. Tous ces cas étaient bien en juin-juillet, un grand nombre antérieurs à Kenneth Arnold. Avant et après, il n’y avait rien. Et ces cas décrits par les irrécusables et inconnues petites feuilles de chou villageoises américaines font très exactement le tour des diverses structures décrites dix ans plus tard pour la première fois dans mon livre à partir d’observations françaises (28). Tous les types d’observations sont décrits dès cette date et avant même que le mot de soucoupe volante ait été inventé (18). Il n’y manque que la description des petits êtres humanoïdes: mais au même moment ces petits êtres étaient observés et décrits dans le Frioul par un italien qui ignorait jusqu’au nom de Kenneth Arnold (45, p. 199), et exactement comme ils le seront ultérieurement.

d) Ces mêmes structures (mêmes phénomènes, même déroulement temporel, mêmes «petits êtres», etc…) ont été retrouvées de la même façon (à travers les petits journaux locaux des États-Unis) en 1897, date de la plus ancienne vague étudiée jusqu’ici (46), mêlées comme maintenant à des élucubrations en rapport avec l’époque.

3° Peut-on, après cela, admettre que les témoins se sont concertés en vue de décrire toujours la même chose? C’est la troisième explication avancée. Mais a) la vague de 1947 n’a été découverte qu’en 1967, alors qu’elle dormait depuis vingt ans, inconnue de tout le monde, dans 1.000 petits journaux de province dispersés sur le territoire américain. Et la vague de 1897 fut découverte en 1966. Comment les Papous, les Auvergnats, les Jivaros, les Italiens du Frioul pouvaient-ils savoir en 1947, 1950, 1952, 1954, 1957, etc… (dates de vagues bien étudiées) qu’ils devaient, dans leurs prolixes descriptions, se conformer à ce qui était consigné dans tel petit journal enseveli sous la poussière du Far West depuis 1897? b) Un autre test intéressant est celui de la simultanéité. Le phénomène de vague est parfois décelable sur le champ (par exemple la vague sud-américaine de l’hiver austral 1968). Mais parfois aussi, il n’apparaît que plusieurs années après, quand tous les documents commencent à être rassemblés. On découvre alors que la vague, inconnue de tous jusque-là, devient dans les fichiers perceptible simultanément dans le monde entier. En établissant les fréquences mois par mois, Vallée a ainsi trouvé a posteriori que les courbes de ces fréquences résultant séparément du catalogue de Guy Quincy (Afrique du Nord), du mien (Europe Occidentale) et du sien (Amérique du Nord) suivent dans le temps une évolution parallèle, bien que les témoins, les sources et les cas soient différents.

4° Mais qui prouve que tous ces cas existent bien, que ce ne sont pas les soucoupologues qui les ont inventés en se concertant pour obtenir leur cohérence? La réponse est fort simple: consultez les sources. Elles sont indiquées dans ce petit livre. Cela sans doute représente du travail. Mais si vous y rechignez, alors, s’il vous plaît, dites bien clairement: «Je refuse d’examiner les faits que me soumettent ces messieurs et je les appelle néanmoins des menteurs, car tel est mon bon plaisir.»

Pour encourager les bonnes volontés, voici un fait très simple à contrôler que j’ai découvert en 1957 et dont on attend toujours l’explication.

Parfois, en cours de vague, on constate que les lieux d’observation d’un jour donné, pointés sur une carte, s’alignent sur des grands cercles terrestres. C’est ainsi que le 24 septembre 1954 il y a en France (et il n’y a que) neuf observations: à Lantefontaine, Vichy, Gelles, Ussel, Tulle, Lencouaq, Bayonne, Langeac, Le Puy. Pour s’en assurer, il suffit de consulter France-Soir du 26, Paris-Presse du 28, La Croix du 28, Le Parisien Libéré du 27, où sont consignées ces observations. Consulter quatre journaux parisiens, est-ce si laborieux? Cela fait, cherchons ces lieux sur une carte. On constate que Vichy, Gelles, Ussel, Tulle, Lencouaq et Bayonne sont sur une droite unique et absolument rigoureuse, et que Le Puy et Langeac s’alignent sur Tulle. Seul Lantefontaine n’est pas aligné. Dès lors:

a) est-ce vrai?;
b) est-ce explicable? C’est Vallée qui est allé le plus loin dans l’explication. Il a cependant laissé cet alignement et de nombreux autres inexpliqués;
c) ai-je inventé les quatre journaux? ;
d) est-il vraisemblable que des correspondants locaux qui ne se connaissent pas aient inventé tout cela de façon que, trois ans plus tard, on le découvre aligné sur un grand cercle?

5° Autre explication: la cohérence est celle de la psychologie des profondeurs, qui ne dispose que d’un nombre limité d’archétypes. Cette explication connaîtra sûrement un vif succès dès qu’on aura mis la main sur des archétypes impressionnant les radars, pesant quelques tonnes (Socorro, La Madera, Canyon Ferry, et des milliers d’autres), coupant le lait aux vaches, se laissant filmer, faisant caler les moteurs, éteignant les phares, apparaissant électivement sur des grands cercles terrestres, etc…

C’est la cohérence des hallucinations collectives, et la preuve, c’est que Marius Dewilde, le témoin de l’atterrissage de Quarouble, avait subi quelques années avant une trépanation.

On ne voit pas pourquoi les trépanés, et même les fous, seraient les seuls à ne jamais voir ce que dès 1952 avaient vu 11% des astronomes américains, dont quelques-uns illustres (Tombaugh, qui découvrit la planète Pluton). On ne voit pas non plus en quoi l’hallucination est une explication plus avantageuse que l’archétype. Néanmoins, voyons. L’hallucination collective obéit à certaines lois exposées (justement à propos de soucoupes) par le professeur Heuyer. Et d’abord, pour être «collective», il faut du monde. Heuyer a très bien expliqué cela: la naissance de la psychose par le bavardage, l’apparition de l’hallucination «de palier», «d’immeuble», «de quartier», sa diffusion ensuite, proportionnelle à la densité démographique, qui mesure la densité des candidats à la vision hallucinatoire.

Cela étant, voici deux expériences de Vallée:

a) il porte sur une carte de France les lieux allégués d’atterrissage de la vague de 1954, celle-là même dont Heuyer avait parlé à l’Académie de médecine: la densité de ces hallucinations «collectives» est en raison inverse de la densité démographique; elles se produisent de préférence dans les étendues dépeuplées, en complète dérision des lois de l’hallucination;
b) Vallée porte sur une carte des États-Unis les 8.260 cas enregistrés par l’Air Force, de 1942 à 1965. La loi obtenue est la même (47).■