Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Mystérieux Objets Célestes: les données du problème

Lumières dans la nuit n°84 – septembre-octobre 1966

par Aimé Michel

 

Il ne peut exister que deux réfutations de l’orthoténie: elles consistent à montrer, la première, qu’il n’y a pas eu d’alignements, et la deuxième que, s’il y a eu des alignements, ils ne signifient rien.

Et c’est bien, en effet, dans ces deux directions que s’est exercée la critique depuis 1958, date de la première parution de ce livre.

Le premier travail réalisé par un autre chercheur fut celui de l’ingénieur américain Lex Mebane, publié dans l’édition américaine de Mystérieux Objets Célestes[1] à la suite de la traduction de mon texte. Mebane établit une formule mathématique générale permettant de calculer le nombre d’alignements de points que le seul hasard permet de prévoir dans un groupe de n points d’observation répartis au hasard. Pour obtenir cette formule, le chercheur américain propose une définition de la ligne droite plus maniable que la mienne: au lieu de définir la droite comme un rectangle très allongé (voir la discussion à propos des observations du 24 septembre), autrement dit un corridor, Mebane suppose que trois points peuvent être dits alignés si le plus grand angle du triangle qu’ils forment diffère de cent quatre-vingts degrés de moins d’un degré et demi. Sur cette base, Mebane peut dresser un tableau du nombre probable d’alignements aléatoires d’un nombre de points quelconque que l’on doit automatiquement trouver dans un ensemble de points jetés au hasard sur une surface. Par exemple, son tableau montre que si l’on a trois points en tout et pour tout, on a une chance sur quatre-vingts de les trouver par hasard alignés, et que si l’on a six points, il n’existe qu’une chance sur quarante et un millions de les trouver alignés (alignés selon sa définition). Mais en revanche, dans un réseau de vingt-sept points, on doit prévoir à peu près trente-six alignements de trois points imputables au seul hasard, 2,7 (en moyenne) alignements de quatre points; la probabilité de trouver un alignement de cinq points n’est que de une contre six, et celle de trouver un alignement de six points de une contre cent quarante.

L’étude de Mebane lui permit donc d’obtenir deux conclusions. — D’abord, que la petite vague de 1957 ne présentait en Amérique que des alignements pseudo-orthoténiques, imputables au seul hasard, résultat que j’ai moi-même contrôlé avec les observations françaises de cette époque (pas d’alignements significatifs en 1957). — Ensuite, que la plupart des alignements de trois points et une bonne proportion de ceux de quatre s’expliquaient, dans mes réseaux de 1954, par le hasard. En revanche, les alignements de cinq et surtout de six points prenaient un poids considérable.

Le travail de Mebane, très instructif, nous apprenait en somme que, contrairement aux apparences, ce n’étaient pas les réseaux les plus complexes, par exemple celui du 7 octobre, qui donnaient le plus à réfléchir par leur forme, mais bien les alignements isolés comme celui de Bayonne-Vichy (appelé depuis Bavic par Vallée), le 24 septembre.

Dans un domaine difficile à exploiter mathématiquement, sauf peut-être par des méthodes compliquées de topologie, l’analyse de Mebane montrait en outre que les réseaux orthoténiques se différenciaient de ceux résultant du hasard par une espèce de régularité, de disposition plus centrée frappant au premier coup d’œil mais se laissant difficilement définir avec rigueur

En somme, le travail de Mebane épurait mes conclusions en invitant à tenir pour aléatoires (non significatifs), les alignements de trois et parfois de quatre points. Il n’abordait pas les problèmes posés par les faits indiqués aux divisions d, f, g, h, i, et k du précédent paragraphe.

Dans les années qui suivirent, plusieurs faits nouveaux se produisirent.

Tout d’abord, un grand nombre de chercheurs (Antonio Ribera en Espagne, Olavo Fontes et Christian Vogt en Amérique du Sud, Lorenzen et le Civilian Saucer Intelligence de New York aux États-Unis, Jacques Vallée en Afrique du Nord) découvrirent eux aussi des alignements. Un mathématicien anglais, le docteur Michael Davis, analysant les résultats de Vallée, concluait à la très grande improbabilité qu’ils fussent explicables par le hasard. La découverte la plus remarquable fut faite par Ribera, qui trouva en Espagne un alignement parfaitement net donné par des observations datant d’avant la dernière guerre: or, cet alignement n’était autre que le prolongement en terre espagnole du Bavic français! Autrement dit, cet alignement était déjà un phénomène observable vingt ans avant que je le découvre. Il aurait pu être tracé dès cette époque si quelqu’un s’était alors intéressé aux objets célestes inexplicables. Cependant, tandis que ces progrès étaient enregistrés, je constatais pour ma part mon échec à peu près complet à pousser plus loin mes premières remarques. Toutes les généralisations tentées ne donnaient que des résultats douteux. Il était difficile en particulier de retrouver des alignements intéressants couvrant tout un grand cercle terrestre. La seule tentative satisfaisante dans ce sens (voir Flying Saucer Review, mai 1963, vol. III, p. 3) fut une généralisation de Bavic qui, curieusement en effet embroche en Amérique du Sud, Nouvelle-Zélande et Nouvelle Guinée, plusieurs vagues d’observations postérieures à 1954, et même une observation en Union Soviétique, comme si les vagues s’étaient déplacées sur cette ligne au cours des années. À mesure que les années passaient, j’en vins à me demander si l’orthoténie quotidienne, avec le grand cigare observé sur une étoile et tous les phénomènes secondaires, n’était pas un fait limité au centre géographique des vagues, et par conséquent observable seulement par chance. C’est l’opinion vers laquelle je penche actuellement (Flying Saucer Review, 1966. vol. I).

Telle était précisément la vague de 1954, que j’avais eu la chance de pouvoir analyser de son centre géographique. Une analyse mathématique approfondie des faits que j’avais notés à cette occasion manquait encore. J’eus au début de 1964 l’espoir qu’elle allait être enfin tentée quand mon ami Waveney Girvan, directeur de la Flying Saucer Review, m’annonça qu’il avait reçu deux articles de Menzel sur ce sujet. Menzel, directeur de l’observatoire de Harvard, se montrait depuis toujours un adversaire passionné de tous ceux qui voient ou étudient les Soucoupes Volantes. Bien que n’étant pas vraiment un mathématicien professionnel, sa compétence en mathématique atteignait certainement le niveau nécessaire à une étude sérieuse du problème (il a publié un fort utile recueil des formules mathématiques des sciences et des techniques).

Quand les articles parurent (Flying Saucer Review, mars, avril 1964, etc.), ceux qui attendaient une élucidation du problème furent déçus. Menzel reprenait le travail de Mebane et mon idée de corridor, et arrivait à expliquer, comme Mebane, les alignements de peu de points. Quant aux autres, il supposait tout simplement, pour les expliquer, que j’avais triché Parlant de Bavic, il écrivait: «Supposons, par exemple, qu’on (Aimé Michel) ait trouvé une ligne de quatre points sur une carte quelconque. On voudrait obtenir plus d’observations pour confirmer la réalité de l’alignement. Il est facile d’écrire à un ami, au journal local, ou au bureau de poste de plusieurs de ces villes, en demandant si des observations ont été faites à une certaine date. Et voilà, deux réponses arrivent, la ligne de quatre points devient une ligne de six points. Et le statisticien amateur (Aimé Michel, que l’article oppose tout au long au statisticien compétent Menzel) est impressionné par ses pouvoirs de prédiction et la réalité de l’alignement.»

Menzel ne tenait aucun compte des notes de référence, toujours données dans mon livre pour les alignements. Pour Bavic (l’alignement en question), il suffisait de consulter le Parisien libéré du 27 septembre 1954 et Paris-Presse du 28 pour avoir toutes les observations. Des lettres à un ami, ou au journal local, ou aux bureaux de postes, à quoi bon? Les six points parfaitement alignés sur neuf observations du jour étaient tous dans la presse parisienne, et les références se trouvaient en toutes lettres dans mon livre. J’avoue avoir perdu, en lisant cet article, tout respect pour l’honnêteté intellectuelle de l’astronome de Harvard et toute envie de discuter avec lui.

Une façon plus objective de réfuter cet alignement consistait à rechercher si j’avais bien mentionné toutes les observations du jour. Les formules de Mebane (ou celles, équivalentes, de Menzel) laissaient en effet prévoir la possibilité d’un alignement aléatoire de six points à partir d’un nombre suffisant d’observations — d’un nombre d’ailleurs variable suivant les tolérances de précisions supposées. Avec quatre-vingts ou cent observations, on pouvait espérer obtenir un alignement de six points ayant à peu près la même précision que Bavic. J’avais, au terme de mon enquête en 1957, trouvé neuf points en tout. En fouillant pendant des années, Jacques Vallée en trouva cinq autres.

Il se trouve que sur cinq observations supplémentaires une (Sierra de Gardunha, Portugal) se situe sur Bavic qui devient ainsi un alignement de sept points d’une énorme improbabilité, et que les quatre autres (Vierzon, Clermont-Ferrand, Besançon et Grenoble) forment deux alignements nouveaux.

Une dernière façon de réduire à rien la signification des alignements a été proposée par un de mes correspondants et réfutateurs les plus patients, M. André Castou.

Pour M. Castou[2], il n’existe aucune raison convaincante de restreindre la recherche des alignements à des tranches de vingt-quatre heures. Ce découpage en tranches quotidiennes, dit-il, est arbitraire. Il faut jeter sur la carte toutes les observations de la vague: on voit alors, ajoute-t-il, que ce qui paraissait ordonné cesse complètement de l’être; les formules de Mebane et Menzel s’appliquent, et tout redevient aléatoire.

Il me semble, pour ma part, que si le découpage en tranches de vingt-quatre heures fait apparaître des séries non aléatoires cela signifie que ce découpage correspond à un fait réel.

Mais l’idée de M. Castou de porter toutes les observations de la vague sur une seule carte n’en est pas moins intéressante. Elle donne pour Bavic un résultat inattendu: cet alignement passe de sept points (en comptant la Sierra de Gardunha) à treize points parfaitement alignés (deux observations au sud de Dôle, une sur la route départementale 60 entre Saint-Romain-sous-Gourdon et les Brosses-Thillot, une à Paray-le-Monial, une seconde observation à Gelles, une enfin à Orchamps). Il y en a peut-être même quatorze, si l’observation retrouvée le 14 octobre par Vallée dans l’Astronomie est bien située là où le montre la carte publiée dans son livre Anatomy of a Phenomenon (p. 132).

Combien faut-il d’observations pour en trouver treize alignées par hasard? Les formules de Mebane-Menzel donnent, suivant les hypothèses admises, des nombres variant de plusieurs milliers à plusieurs dizaines de millions. Et combien y en a-t-il en réalité? Quelques centaines. Il semble donc bien que M. Castou ait mis la main sur un phénomène réel et que certains alignements comme Bavic doivent être étudiés de façon permanente. J’ai entrepris cette étude, mais les résultats obtenus nous entraîneraient trop loin. J’aurai peut-être l’occasion de les exposer dans un autre ouvrage.

La contribution de Jacques Vallée.

Le principal défaut des raisonnements sur lesquels Mebane et Menzel avaient assis leurs formules était de nécessiter un certain nombre d’hypothèses sur lesquelles des disputes théoriques indéfinies pouvaient se greffer sans progrès effectif. Exemple: pourquoi Mebane fixe-t-il à un degré et demi le battement angulaire admissible? Dans les meilleurs cas, comme Bavic, le battement est indécelable. Ou encore, pourquoi Menzel exige-t-il un corridor de 4 kilomètres de largeur? Dans les meilleurs des cas, ce corridor semble en réalité inexistant (voir A. Michel, Reflections of an honest liar, Flying Saucer Review, vol XI, 3, pp. 11-14).

Disposant à l’université de Chicago de moyens de calcul automatique à peu près illimités, Vallée a voulu reprendre toute la question par la méthode de la simulation, sur une ordinatrice IBM 1620. Mais avant de livrer le matériel aux machines, il a pris soin de le contrôler en étudiant l’ensemble de mes dossiers que j’avais mis depuis longtemps à sa disposition, et en les confrontant avec les dossiers d’autres chercheurs. Quoiqu’il n’ait pas pu prendre une connaissance exhaustive de la partie la plus récente de mes dossiers (Phénomènes insolites de l’espace, p. 197), toute la période intéressante de la vague de 1954 a été étudiée par lui en profondeur. Les résultats sont indiqués dans son livre cité ci-dessus: «Ils montrent, écrit-il, que les alignements et les réseaux décrits par Aimé Michel sont un fait réel.» À quoi il ajoute: «Il reste à savoir si la possibilité de leur apparition par hasard n’a pas été considérablement sous-estimée», ce qui est en effet le problème en question.

Pour le résoudre, Vallée effectue successivement deux opérations: — Il donne à calculer à la machine les divers alignements relevables sur une surface où 30 points ont été jetés au hasard, en supposant que ces points sont, dans un cas, des cercles de deux kilomètres de diamètre. — Dans un deuxième temps, il remplace ces trente points aléatoires pour les coordonnées réelles des observations du réseau Montlevicq (7 octobre).

Les résultats obtenus sont les suivants:

1° Alignements de trois points dans:

a) le premier réseau aléatoire: 24;
b) le deuxième réseau aléatoire: 20;
c) le réseau réel du 7 octobre: 21;

(On constate donc, pour les  alignements de 3 points, une confirmation des résultats de Mebane: il n’y a pas de différence entre le réseau réel et n’importe quel réseau obtenu par hasard)

2° Alignements de quatre points dans:

a) le premier réseau aléatoire: 4;
b) le deuxième réseau aléatoire: 5;
c) le réseau réel du 7 octobre: 0;

3° Alignements de cinq points dans:

a) le premier réseau aléatoire: 0;
b) le deuxième réseau aléatoire: 1;
c) le réseau réel du 7 octobre: 0;

4° Alignements de six points dans:

a) le premier réseau aléatoire: 0;
b) le deuxième réseau aléatoire: 0;
c) le réseau réel du 7 octobre: 1.

De ces comparaisons, Vallée tire les conclusions suivantes: «Aucune raison n’existe donc de faire une différence entre les structures d’alignements obtenues à partir des observations… et celles apparaissant par le fait du simple hasard, le phénomène du recoupement en étoile perdant son caractère exceptionnel. Un point intéressant reste à discuter: l’alignement de six points qui apparaît dans la distribution mériterait à lui seul une étude spéciale. Malheureusement (…), le peu de considération donné officiellement aux observations fait que les seules données dont nous disposons sont les descriptions souvent brèves, données par la presse. Il est donc impossible de contrôler la précision apparente du grand cercle trouvé qui peut résulter d’une simple chance dans le choix des coordonnées». Ayant consulté un mathématicien sur ces tableaux et sur les conclusions qu’en tire Vallée, voici les réflexions dont il m’a fait part: «Il est assez singulier que le réseau de Montlevicq (c’est-à-dire du 7 octobre) ne compte aucun alignement de quatre ni de cinq points. Pour les alignements de quatre points surtout, c’est tout à fait inattendu. Mais cet alignement de six points est plus singulier encore. La probabilité d’un alignement décroît comme une fonction exponentielle du nombre de points qu’il compte. Entre zéro alignement et un alignement, quand il s’agit de six points, il y a une différence énorme. La conclusion de Vallée est donc manifestement incorrecte. De plus je ne comprends pas ce qu’il entend par «chance dans le choix des coordonnées». Les lieux des observations ont-ils été, oui ou non, donnés par la presse? Et si oui, de quel choix parle-t-il?»

Il semble donc que la méthode de Vallée, comme celles de Mebane et de Menzel (comme aussi, bien entendu, la mienne) prête à des contestations, sinon dans son principe, qui paraît irréprochable, du moins dans les applications que l’on en trouve dans Phénomènes insolites de l’espace. Mais il faut progresser. Il faut que le travail énorme accompli par Vallée porte ses fruits. C’est pourquoi je propose que l’on accepte ses conclusions extrêmes à cause même de leur caractère négatif et du souci délibéré de réfutation qui les a inspirées.

Ces conclusions, les voici, telles qu’il les énonce dans son livre (p. 121):

«Les analyses conduites établissent… que, parmi les alignements proposés, la grande majorité, sinon la totalité, doivent être attribués au pur hasard, sans qu’il soit possible de dire précisément lesquels et que, dans les deux réseaux «en étoile» dont l’existence se confirme à la suite d’une série de calculs systématiques, il n’y a rien dont ne puisse rendre compte la superposition d’un effet de hasard et d’une observation de type II (c’est-à-dire d’un grand cigare de nuées, note d’Aimé Michel), dont le caractère de source de dispersion a été, selon nous, bien établi par Aimé Michel.»

Donc, considérons tous ces réseaux comme expliqués par le hasard dans leur forme (qui est le seul aspect étudié par Mebane, Menzel et Vallée). Reste à rendre compte de leur structure. Cette structure est succinctement exposée dans les alinéas e, f, g, h et i du paragraphe ci-dessus intitulé sixième fait contrôlable.

Rappelons-en l’essentiel:

e) le phénomène signalé par les témoins sur les grandes étoiles est uniformément le grand cigare vertical; inversement, la présence en un point du réseau du grand cigare stoppé permet de prévoir la localisation de la grande étoile en ce point;

f) la manœuvre en feuille morte avec changement de direction est toujours signalée sur une intersection de deux lignes, ou petite étoile; mais l’inverse n’est pas toujours vrai: il y a des intersections où aucun changement de direction n’est signalé;

g) les directions de mouvement signalées correspondent presque toujours à une ligne orthoténique passant par le lieu;

h) dans les cas d’observation en l’air, si les témoins au sol ne sont pas sur la ligne orthoténique, ils localisent toujours le passage de l’objet dans la direction de cette ligne;

i) les observations les mieux alignées sont les observations au sol. II suffit de feuilleter ce livre pour contrôler les faits ainsi résumés. Le 2 octobre, la grande étoile est sur Poncey, où le grand cigare de nuées est précisément observé; mieux encore, le même grand cigare est vu plusieurs heures avant aux Rousses se dirigeant vers Poncey (conformité des mouvements aux lignes). Le 7 octobre, où est observé le grand cigare? À Montlevicq, Chalette, Dordives, Corbigny, où sont précisément de grandes étoiles.

De même pour la manœuvre en feuille morte: voir par exemple les nombreux cas si bien observés en fin de vague (Beaune-Chevigny, Niffer-Kembs, Frasne, etc.).

Pour les localisations faites par des témoins au sol en direction des lignes, les exemples bien attestés sont nombreux également: voir par exemple à Lemps, le 27 septembre, ou la série entre Poligny et le bois de Chazey le 14 octobre.

Qu’enfin les observations au sol soient les mieux alignées, l’étude fine de Bavic (entre vingt autres alignements) le montre de façon saisissante. Je voudrais à ce propos rappeler ici un incident concernant la première édition de ce livre.

Édité en 1958 par Arthaud, Mystérieux Objets Célestes fut imprimé à Vichy, où l’on se rappelle qu’eut lieu une observation essentielle de l’alignement (puisque Bavic signifie Bayonne-Vichy). Le directeur technique des éditions Arthaud, M. Jacques Roblin, avait personnellement vérifié sur des cartes, contrôlant chaque alignement dans le détail. En se fondant sur deux des points les mieux précisés de l’alignement, à savoir l’atterrissage de Lencouacq et le zénith de Bayonne, il avait obtenu une ligne qui passait exactement au sud de Vichy. Or, mon texte primitif précisait que l’équipe de rugby de la ville avait vu un engin survoler son terrain d’entraînement, et M. Roblin savait, connaissant bien la ville, que ledit terrain était situé au nord de Vichy. Troublé par cette contradiction, M. Roblin demanda à consulter le livre de bord de l’équipe de rugby. Il découvrit ainsi que le 24 septembre 1954, exceptionnellement, les rugbymen s’étaient entraînés sur le terrain de l’ancien tir aux pigeons, terrain que, cette fois, la ligne coupait en son milieu.

Il semble donc bien que l’étude fine de la structure des réseaux, sur le terrain, en rétablit la signification, même considérée comme réduite à rien dans sa forme Pour résumer cette longue discussion par une image, les alignements résultant de la vague de 1954 forment une espèce de machine dont les chercheurs se demandent si elle est une machine (comme Aimé Michel l’avait d’abord supposé) ou seulement un magma sans signification ayant une trompeuse apparence de machine (comme le disent Menzel et Vallée). Eh bien! je ne sais pas si c’est une machine. Ce que je sais et qu’il est facile de contrôler c’est qu’elle marche. La grande étoile est illusoire. Mais cette illusion attire invinciblement le grand cigare de nuées (types II A et II B de la classification de Jacques Vallée). Les alignements ne sont qu’une trompeuse apparence Mais quand une Soucoupe Volante vient à traverser cette apparence, elle la salue par le comportement particulier de la descente en zigzag.

Que conclure de tout cela? Peut-être qu’il est actuellement prématuré de trop attendre du calcul pour une juste évaluation des alignements. Et certainement que dans ce domaine, tant qu’on n’a pas tout expliqué, on n’a rien expliqué.

Le sens de l’orthoténie

En attendant, tout se passe comme si une fantasmagorie géométrique s’était emparée des cerveaux d’Europe occidentale pendant les mois de septembre et d’octobre 1954, déroulant le long des semaines, sous les apparences d’une vague de folie, des lois d’une mystérieuse rigueur.

Il est certain qu’il y eut plusieurs centaines de milliers de témoins. Cela découle assez grossièrement d’une observation que tout le monde put faire en France aussitôt la crise achevée, à savoir que chacun connaissait un ou plusieurs témoins, ou bien avait vu lui-même quelque chose. Si l’on évalue entre 100 et 1’000 le nombre de personnes connues en moyenne par un individu, cela donne pour la France seule au moins 40’000 et au plus 400’000 témoins. Et en plus de la France, il y eut l’Italie du Nord, la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne du Sud, la Belgique, parfois l’Angleterre et l’Espagne. Que cachait cette fantasmagorie? À moins de lui trouver une explication de pure épistémologie (elle n’existait pas ou elle ne signifiait rien), on n’a guère le choix qu’entre deux interprétations:

1° C’était un phénomène psychologique. C’est là une idée fascinante, et digne d’inspirer la science-fiction: il arriverait parfois que des centaines de milliers d’individus se mettent à délirer ensemble et que des centaines de milliers de délires, totalement insensés pris séparément, s’organisent collectivement selon des lois géométriques (les alignements et les réseaux), chronologiques (le cycle quotidien) et logiques (réduction de tous les délires à un nombre restreint de phénomènes ou spectacles parfaitement agencés entre eux). Les analogies ne manquent pas dans la nature pour préparer l’esprit à envisager une hypothèse en apparence aussi burlesque. Par exemple, le désordre de l’agitation moléculaire s’organise statistiquement dans les lois de la thermodynamique. C’est même une loi générale de l’univers qu’il n’existe de loi que statistique.

La vraie faiblesse de cette hypothèse n’est pas son invraisemblance (la vérité n’est jamais vraisemblable): c’est qu’elle n’explique que des phénomènes psychiques. Elle laisse intact le mystère des moteurs qui calent, des rémanences magnétiques, des photos astronomiques.

2° Cette fantasmagorie était un phénomène réel. Alors, les Soucoupes Volantes existent. Une technologie d’une efficacité et d’une virtuosité prodigieuses a manœuvré en 1954 dans le ciel et sur le sol de l’Europe occidentale, y réalisant un plan dont ni le but, ni l’origine, ni les motifs ne se laissent encore soupçonner. Selon le mot de l’écrivain Michel C…, lui-même témoin du passage d’un objet dans le ciel de Paris, «chacun de ces petits points fugitifs dans le ciel contenait peut-être plus de connaissance, de puissance et d’esprit qu’il n’y en aura jamais dans l’histoire de notre planète», mais cette bouleversante présence sur nos têtes, et parfois au sol, tout près de nous, passa si discrètement que nous n’en sûmes rien et que nous nous interrogeons encore sur sa réalité.

Imagine-t-on la rencontre d’Ératosthène ou d’Archimède avec Einstein, et l’émerveillement de ces grands esprits de l’Antiquité parcourant d’un vol plus de vingt siècles d’effort spirituel? Si la machine de Wells avait déposé Einstein à leur époque, et qu’ils l’aient su, n’auraient-ils pas fait le tour du monde sur les genoux pour le rencontrer?

Or quelque chose de bien plus extraordinaire s’est peut-être passé parmi nous il y a quelques années (ou se passe encore quotidiennement) et cet événement n’a laissé que des traces imperceptibles.

Il y a là quelque chose d’inimaginable et de scandaleux, tellement inimaginable et scandaleux qu’aucune preuve ne semble y résister.

«Mais enfin, s’exclamait un astronome français[3] à qui je montrais les réseaux d’octobre 1954, s’ «ils» existent, et s’ils viennent jusqu’ici, que viennent-ils y faire? À quoi bon parcourir d’immenses distances, si c’est pour le cacher à nos yeux, observer furtivement Dieu sait quoi, et repartir sans le moindre signe? Un jour nous poserons le pied sur Vénus et sur Mars, s’il existe! Sinon, à quoi bon y aller?

— Peut-être, dis-je, sera-t-il plus différent de nous qu’un chien? Quel contact intellectuel avons-nous avec les chiens?

— Eh bien, nous ferons japper le Martien! Même réduite à cela, ce sera une passionnante expérience. Mais le comportement de ces êtres, si vraiment ils viennent jusqu’ici, doit être tenu pour la plus inquiétante énigme que cet univers nous ait jamais offerte. Il y a probablement là l’indice d’un abîme intellectuel ou biologique que rien dans notre expérience terrestre ne nous a jusqu’à présent permis d’entrevoir.»

En effet. Et je pensais, en écoutant cet astronome, à la caverne de Platon et aux silhouettes que ses prisonniers voient passer sur le mur. Fugitive, une ombre a traversé notre prison planétaire. Nous nous demandons si nous avons rêvé, et peut-être, en effet, avons-nous rêvé. Mais les pensées que cette ombre ou ce rêve ont fait naître en nous, nous ne pouvons plus les effacer. Plusieurs sont effrayantes, mais mieux vaut les regarder en face. Parce qu’on leur a parlé de Soucoupes Volantes, et bien qu’ils n’y croient pas, les hommes du XXe siècle s’éveillent à des idées nouvelles. Quelque chose en eux a changé, et ce changement est définitif. Il fait partie de l’avenir.■

Notes:

(1) Aimé Michel: Flying Saucers and the Straightline Mystery, Criterion Books, New-York, 1958, p. 257.

(2) Communications personnelles.

(3) Il s’agit d’un astronome professionnel, et non pas amateur. Vis-à-vis de ses collègues, cet astronome (qui n’est pas M. Rigollet, cité plusieurs fois dans cet ouvrage) se garde bien, naturellement, d’afficher le moindre doute quant à la non-existence des Soucoupes Volantes. Qu’il soit remercié ici de l’aide qu’il n’a cessé de m’apporter, ainsi qu’un nombre déjà grand de savants qui ont agi de même. On sera surpris un jour d’apprendre que des maîtres de recherche au C.N.R.S. collaborent à mes recherches (note de 1957. En 1966, ce noyau de chercheurs est devenu un réseau mondial, et je n’en suis plus le centre).

 

N.B. – Ce texte est extrait de l’ouvrage d’Aimé Michel «Mystérieux Objets Célestes» qui vient d’être réédité par les Éditions «Planète», 114, Champs-Élysées, Paris-8e. Cette édition est augmentée.