Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Nous allons vers la pensée non asservie

Article paru dans Planète N°11 de juillet / août 1963

«La société en enfantement ira de plus en plus
chercher chaque homme au fond de sa solitude
pour le tirer de sa torpeur et fortifier sa liberté.»
(A.M.)

On dit en cybernétique qu’un système est «asservi» à un autre système quand toute variation du second entraîne une variation du premier sans que la réciproque soit vraie. Le cas le plus classique est celui des amplificateurs (radio, par exemple). La modulation reçue par l’antenne est transformée par l’amplificateur de telle façon que chacune de ses micro-variations entraîne une variation élevée du courant envoyé dans le haut-parleur. Mais il est évident que si, par un dispositif spécialement étudié, vous modifiez la modulation du haut-parleur, (et c’est ce qu’on fait dans les mixages), vous ne changerez pas pour autant la modulation de l’antenne: il n’y a pas de réciprocité. On peut généraliser cette idée «d’asservissement» aux domaines les plus divers. C’est ce que fait ici Aimé Michel qui, du même coup, définit nos positions.

 

LA RÉVOLUTION QUI S’AMORCE

Un médecin français, le Dr Faure remarque, un jour, que ses cardiaques ont tendance à avoir des crises quand son téléphone est dérangé. À première vue, voilà un rapprochement absurde. Mais le Dr Faure sait que le cœur et le téléphone sont d’étranges machines.

L’esprit troublé par cette corrélation, il cherche. Il parle à l’un de ses collègues. Celui-ci consulte ses fiches et constate avec stupeur que ses malades aussi ont plus de crises cardiaques quand son téléphone est dérangé! Ont-ils ces crises parce que le téléphone est dérangé, l’idée d’être coupés de l’homme qui les soigne agissant comme une cause? Les courbes de fréquence des crises cardiaques dressées par les deux praticiens semblent coïncider. C’est aux mêmes dates que le Dr Faure et son collègue enregistrent le maximum de crises cardiaques. Mais alors, se disent-ils, puisque le téléphone, lui aussi, suit les mêmes courbes de dérangement, c’est que les deux ordres de faits – les crises cardiaques et les dérangements du téléphone – sont sous l’emprise de causes au moins partiellement identiques. Certaines crises cardiaques sont provoquées par quelque chose qui dérange aussi le téléphone. Qu’est-ce donc qui dérange le téléphone à certaines époques? Les P.T.T., consultés, répondent: les orages magnétiques, c’est-à-dire l’activité solaire.

Et voilà les deux praticiens sur la piste d’une des plus curieuses découvertes de la récente médecine: quand certains phénomènes nucléaires se produisent dans le Soleil, certains hommes meurent sur la Terre, à 150 millions de kilomètres de là. Voilà un bel asservissement: la courbe des morts par crise cardiaque est asservie à la courbe de l’activité solaire. On peut raisonnablement supposer que l’inverse n’est pas vrai et que si quelque garnement jette des pétards par les fenêtres dans la file de cent vieilles dames au cœur fragile, dont la moitié périt de saisissement, le cycle solaire n’en sera pas perturbé pour autant.

Il s’agit d’un asservissement réel, quoique difficile à chiffrer. On ne peut plus nier, après les recherches statistiques faites sur ce sujet, que les orages magnétiques provoquent des crises cardiaques. Mais dans l’état actuel de la science, il ne viendra à l’esprit d’aucun astronome de mesurer l’activité solaire en consultant les courbes de mortalité chez les cardiologues.

Pendant la dernière guerre, les techniciens de l’E.D.F. savaient qu’il existait un moment de pointe dans la consommation quotidienne d’électricité, le soir, à l’heure de la B.B.C. L’amplitude de la pointe était en rapport avec les événements militaires et politiques. L’annonce d’un discours du général de Gaulle au micro de Londres obligeait les services de distribution à des précautions spéciales, de même, par exemple, que le développement d’une offensive de Joukov ou de Montgomery. Il existait une sorte d’asservissement de la consommation électrique à l’appréciation subjective et statistique de l’actualité par les Français. Dans ce cas précis, le système asservi (consommation d’électricité) se prêtait à la mesure. Mais l’état d’esprit des Français, non.

Un autre exemple identique est le poids de papier consommé par les quotidiens, qui est asservi à l’appréciation subjective de l’actualité.

Ces deux derniers cas sont près de la limite. Celle-ci est atteinte quand aucun des systèmes présumés asservis n’est sujet à mesure. Leurs rapports échappent alors à la science, et c’est bien dommage, car ce sont les plus intéressants: il s’agit, en effet, des innombrables asservissements par lesquels la collectivité humaine retentit à chaque instant sur notre vie psychologique. Nous n’en avons généralement pas conscience. Leur examen même est délicat, car la plus funeste tentation de notre esprit est la simplification qui nous souffle des explications incontrôlables. Et précisément, le contrôle est ici impossible. Le fait qu’un ouvrier ne pense pas comme un paysan, ou un Français de 1963 comme un Français de 1660 semble bien prouver que la vie psychologique individuelle est asservie. Mais n’est-elle qu’asservie? Et à quoi?

UNE CONVERSATION CHEZ LE BISTROT

Une dizaine d’ouvriers de l’atelier mécanique voisin de mon domicile discutaient un matin dans le bistrot où je prenais mon petit déjeuner. On était en période d’élections, et j’écoutais. Me croira qui voudra, mais voici ce que j’entendis:

- Depuis que Pinay est au gouvernement, on ne peut pas dire, mais ça va mieux.

- Pinay et Thorez.

- Bien entendu, Thorez et Pinay. En voilà deux qui ont fait quelque chose, au moins. L’embêtant, c’est que, dans mon quartier, ils ont chacun un candidat.

Et, comme tous étaient d’accord pour déplorer cette absurdité, je crus de mon devoir d’éclairer ces honnêtes gens, victimes, apparemment, d’un malentendu. J’entrepris donc de leur exposer ce que tout électeur, à mon avis, devait savoir, et d’abord que ni Thorez ni Pinay n’étaient au gouvernement.

Un énorme éclat de rire interrompit mon petit discours. Mon auditoire se tenait littéralement les côtes. Dans le brouhaha des réponses qui fusaient autour du comptoir, je découvris avec un regain de stupeur qu’ils savaient tout cela, qu’ils étaient aussi informés que moi, sinon plus, qu’ils tenaient la distinction entre gouvernement et députés pour une «salade», ainsi que les polémiques entre députés et journalistes d’appartenance différente, qu’ils lisaient d’ailleurs tous les matins l’Humanité, qu’ils avaient tous leur carte de la C.G.T., qu’ils voteraient pour les candidats de Pinay et de Thorez, et que les gens de mon espèce devaient être classés parmi les incurables cornichons, sinon peut-être (je crus le comprendre) parmi les provocateurs.

Aucune des connaissances que j’avais cru leur révéler ne leur faisait défaut. Seulement, elles étaient organisées différemment, selon un ordre qu’aucun livre, aucun journal, aucun poste de radio, aucun orateur ne leur avait jamais proposé.

UNE CONVERSATION DE GENS DE LETTRES

À quelque temps de là, un biologiste de mes amis dînait en ville en compagnie de quelques gens de lettres. Ces derniers, fortement majoritaires, orientaient la conversation, et le biologiste avait le sentiment d’être devant un système clos, uniquement préoccupé d’idées créées de toutes pièces, régi par des évidences jamais mises en doute et qui lui paraissaient pourtant, à lui homme de science, éminemment arbitraires. L’envie le prenait de porter la discussion là où précisément on ne la portait pas. Quelqu’un lui en fournit l’occasion en parlant des deux infinis de Pascal. Il fit alors remarquer qu’aux yeux de l’homme de science moderne, et bien qu’il crût dans ses «Pensées» abaisser la nature humaine, Pascal devait être plutôt tenu pour un optimiste en proie à toutes sortes d’illusions sur l’universalité de l’homme[1].

- En effet, dit-il, Pascal imaginait l’univers comme une sorte d’emboîtement indéfini, notre niveau ayant ses cirons qu’il suffisait de grossir assez par la pensée pour y retrouver d’autres univers semblables au nôtre, avec leurs cirons, et ainsi de suite. Vers l’infiniment petit comme vers l’infiniment grand (quoique l’apologiste chrétien ait prudemment glissé sur ce dernier aspect), il promettait à la raison humaine la confortable perspective des mêmes phénomènes emboîtés les uns dans les autres, comme la publicité de certaine marque de fromage sur la boîte duquel on voit une bergère tenant une boîte identique à la première, avec sa bergère et sa boîte, indéfiniment. Il s’agit bien là d’un rêve optimiste, car non seulement l’infiniment petit ne reproduit pas notre niveau, mais il obéit à des lois qui bafouent, par une dérision systématique, toutes les prétendues évidences de l’esprit, lequel n’y pénètre en effet qu’au prix de dépouiller toute trace d’humanité, et comme un étranger. Et quant à l’infiniment grand, n’est-il pas aussi inhospitalier avec ses courbures spatio-temporelles, son expansion, et le reste? Bref, la phrase célèbre sur «l’imagination qui se lasserait plutôt de concevoir que la nature de fournir» témoigne surtout de l’illusion humaniste de son auteur, qui avait pensé à tout, sauf à une nature fournissant systématiquement de l’inconcevable, de l’inconcevable aux niveaux de notre imagination, bien entendu.

L’HOMME? QUEL HOMME?

- Tout cela est fort curieux, dit alors un romancier, rédacteur en chef d’une revue intellectuelle, curieux mais totalement dénué d’intérêt. Que me font à moi les petits mystères de la physique et de l’astronomie? Ce qui m’intéresse, c’est l’homme[2].

- Je veux bien. Seulement, dites-moi: de quel homme parlez-vous? L’homme contemporain, celui que vous croyez connaître, n’existera plus dans quelques siècles. Non seulement ce que vous écrivez sur lui sera devenu illisible – cela, je sais que les écrivains en prennent leur parti – mais le successeur, qu’il est en train de se fabriquer dans ces laboratoires que vous méprisez, mettra probablement l’écriture elle-même au niveau où vous mettez les jacassements du primate tertiaire de qui nous descendons, vous et moi.

Et comme cette prophétie suscitait des mouvements divers:

- Attendez! poursuivis-je, en élevant la voix, j’ai quelque chose à ajouter. Comment pouvez-vous dire que «ce qui vous intéresse, c’est l’homme», quand vous refusez de voir l’avenir qu’il porte dès maintenant en lui? Savez-vous quelles sont les pensées de ces hommes qui préparent le futur en déchiffrant l’un après l’autre les secrets des mécanismes héréditaires grâce auxquels leurs descendants pourront un jour franchir en trois générations l’intervalle des trente ou quarante mille générations qui nous séparent de l’animal, je veux dire un intervalle équivalent? Et si vous ignorez leurs pensées, eh bien, je vous repose la question: de quel homme parlez-vous?

- Je vous répondrai dans trente mille générations, dit l’interpellé en souriant.

Tout le monde l’imita, au soulagement de notre hôtesse. Et la discussion en resta là.

Deux systèmes psychologiques s’étaient un instant rencontrés, l’un clos sur une certaine définition de l’homme et strictement asservi à une sorte de consentement collectif, l’autre ouvert sur l’inconnu et assuré de ses seules ignorances.

L’homme de lettres peut dire, contredire et publier n’importe quoi, à la seule condition qu’il soit de son époque. Le roman de Paul Bourget le plus célèbre en son temps ne trouverait aujourd’hui aucun éditeur, et en trouverait-il que personne ne le lirait.

Un sort identique attend l’œuvre de génies trop en avance sur leur temps: Cyrano, Campanella, Poe, Rimbaud, Lovecraft furent des parias rejetés par leurs contemporains. Mais rejetés où? Dans le futur. Dans le futur qu’enfantent à chaque instant ceux dont la pensée refuse tout asservissement.

LES ORIGINAUX ONT-ILS DISPARU?

La grande originalité de notre époque est d’avoir secrété une classe nouvelle d’hommes voués par raison sociale à ce type de pensée, la pensée non asservie, qui est celle des inventeurs. Jadis, elle était le privilège du génie et de ceux qu’on appelait les «originaux»: des hommes à la nuque raide qui refusaient de passer leur vie à faire ce que leurs contemporains et la bienséance attendaient d’eux. Ils crevaient généralement de faim et le produit de leur marotte disparaissait le plus souvent avec eux dans l’indifférence. J’en ai connu quelques-uns dans mon enfance, ou bien j’ai connu des gens qui les avaient connus. L’un d’eux, par exemple, après avoir fait fortune au Mexique au début du siècle dernier, passa le restant de ses jours à tenter de construire une machine volante. Je crois me rappeler qu’il s’appelait Chabrand, qu’il était grand chasseur de chamois, et que sa machine vola assez haut pour qu’il se tue en tombant. Y a-t-il un précurseur plus oublié de l’aviation? Je ne suis même pas sûr de son nom.

Un autre, parti lui aussi au Mexique pour y faire fortune, comme c’était la tradition dans la vallée où je suis né, entendit là-bas parler des Mayas à une époque où leur nom n’avait pas encore passé l’Atlantique, abandonna tout pour se transformer en Indien, apprit toutes les langues nécessaires, erra pendant quelques dizaines d’années en guenilles dans les ruines des villes effondrées et des temples perdus, puis rentra finir ses jours en Ubaye, l’âme en paix, ne sachant même pas que ces choses-là devaient être écrites et publiées. Je pourrais en citer d’autres encore, comme cet oncle maternel, ecclésiastique et érudit, auteur de plusieurs ouvrages d’histoire locale, possesseur d’une des plus étranges bibliothèque que j’aie vues jusqu’ici, et qui m’avouait, au soir de sa longue vie, n’avoir jamais lu qu’un roman, Daphnis et Chloé, en grec naturellement.

Je déplorais dans un précédent article la disparition de ces hommes[3]. Ils n’ont pas réellement disparu. Dépouillés de leur pittoresque et déguisant leur refus d’obtempérer sous la trompeuse uniformité d’une blouse blanche, ce sont leurs descendants qui hantent l’ombre des laboratoires. Si le monde évolue de plus en plus vite, si l’histoire ressemble de plus en plus à une avalanche, c’est parce que ces hommes, qui sont le sel de l’humanité, ont enfin échappé à la solitude. Le chasseur de chamois enrichi qui dilapidait sa fortune pour se donner des ailes ignorait tout, et d’abord qu’il était autre chose qu’un fou. Ses successeurs se connaissent tous entre eux. Ils échangent leurs dernières idées. Ils disposent de tous les moyens dont ils ont besoin. Et surtout, comme les bourgeois au Moyen Âge, comme les ouvriers depuis le XIXe siècle, ils émergent socialement en tant que famille humaine.

NON, CE SONT LES CHERCHEURS D’AUJOURD’HUI

Leur accession à l’existence sociale est peut-être l’événement le plus important de l’histoire depuis la sédentarisation des tribus paléolithiques et dépasse de loin en portée l’apparition des classes bourgeoise et ouvrière. Ces dernières, en effet, n’ont jamais ambitionné que la maîtrise du présent. Le bourgeois revendiquait le bien et l’autorité du noble et l’ouvrier la jouissance du produit de son travail. L’inventeur se moque de tout cela. Branly invente le cohéreur et refuse d’avoir la radio chez lui. Les Curie renoncent à tout brevet sur le radium pour que d’autres chercheurs puissent rivaliser librement avec eux. Einstein se désintéresse des applications industrielles de ses découvertes. Et ils sont tous ainsi, dans la mesure du moins où ils demeurent ce qu’ils sont, car il est bien connu que les savants comblés d’honneurs et d’autorité cessent toujours d’être des découvreurs.

Le mobile de la pensée non asservie, ce n’est pas le présent, mais le futur et c’est pourquoi elle n’est pas asservie, puisque le futur en question n’existe pas. Elle ne vise ni à arrêter le temps à son profit – programme du réactionnaire – ni même à rapprocher la réalisation d’un certain futur – ce qui est la révolution – mais bien à échapper sans cesse à sa condition présente.

Les nostalgiques refusent d’aller dans la Lune, les ambitieux veulent y aller et les hommes de science font un bout de chemin avec eux, mais un bout de chemin seulement car la Lune cessera de les intéresser quand ils l’auront atteinte.

Il est bien connu que l’artiste doit connaître l’histoire de son art, alors que le chercheur doit l’oublier.

Nous sommes convaincus que la prise en charge de l’évolution humaine par la pensée non asservie est une fatalité historique. Elle est déjà responsable de l’accélération si caractéristique de notre époque, de cette chute de l’humanité vers le haut, déclenchée par l’arrivée au pouvoir de la part la plus mobile, la plus inquiète, la plus libre de sa substance spirituelle. Ce pouvoir n’est pas politique et cela aussi est une nouveauté. Pour la première fois, notre présent est organisé par une pensée que seul l’avenir intéresse. Certains s’en effraient, qui oublient que ce ne sont pas les savants qui font les bombes, mais bien les hommes politiques. Pour nous, nous tenons au contraire pour évident que seule une claire conscience du futur pourra conduire les hommes à travers les dangers dont on les menace. Nous croyons aussi que la petite flamme d’abord solitaire et damnée de la pensée non asservie n’était que le début d’une évolution psychologique planétaire, le signe avant-coureur d’un dépassement de l’homme, organisé, prévu et réalisé par l’homme lui-même. Quelque chose en nous s’éveillait depuis des millénaires, qui, désormais, prend forme sous nos yeux. Bien loin de niveler et d’asservir, la révolution qui s’amorce multiplie par millions le nombre de ceux à qui l’on demande d’inventer, c’est-à-dire de tenir le présent pour nul et non avenu. La société en enfantement ira de plus en plus chercher chaque homme au fond de sa solitude pour le tirer de sa torpeur et fortifier sa liberté.

Nous entrons donc dans un temps où il ne servira plus à rien de vouloir dresser les hommes, car la société n’aura plus besoin d’automates. Ne nous y trompons pas: la fourmilière hostile de nos cités actuelles ne préfigure nullement l’avenir, contrairement à ce qu’ont pu croire Wells et Kornbluth. Elle traduit seulement la résistance des automates, qui disparaîtront comme ont disparu les esclaves: non par la mort, mais par la libération.

Aimé Michel

Notes:

[1] En une remarquable édition, le Club des Libraires vient de publier pour la première fois le manuscrit fac-similé des Pensées.

[2] On retrouve cette attitude très intelligemment définie dans la description du romancier que fait Jean Dutourd dans son livre: «Les Horreurs de l’Amour», mais ce même romancier est désespéré de vivre dans une civilisation scientifique. Il s’est, dit-il, «trompé d’époque».

[3] Planète n°7: «La Fin de la Civilisation villageoise».

 

Le texte ci-dessous ne figure pas dans l’article de Planète

Émile Chabrand

Industriel et grand voyageur (1843-1893)

© BiblioMonde.com

Né en 1843, Émile Chabrand s’est embarqué à 13 ans comme mousse pour Buenos Aires. Dans les années 1860, il est au Mexique comme beaucoup de «Barcelonnette». De cette petite ville des Alpes-de-Haute-Provence fut entre 1850 et 1950, le creuset d’une forte émigration vers les Amériques et plus particulièrement le Mexique. Venus au Mexique pour y travailler et si possible rentrer au pays une fois fortune faite, la plupart ont fait souche dans leur pays d’adoption et forment aujourd’hui la partie la plus importante des Mexicains d’origine française.

Certains cependant sont retournés chez eux, bien des années après avoir quitté leur pays natal. Ils furent alors les «Mexicains», riches, enviés et écoutés, incitant les jeunes à tenter à leur tour leur chance. Revenu au pays, en 1881, après vingt ans d’absence, Chabrand était, certes, un notable mais aussi un homme cultivé, naturaliste et ethnographe, collectionneur et fondateur du premier musée de Barcelonnette.

C’est en 1882 qu’il entreprend un long voyage de près d’un an autour du monde qui le conduira en mer Rouge, en Inde, en Birmanie, en Chine, au Japon, aux États-Unis puis enfin au Mexique qu’il connaissait si bien.

Saisi par le démon de la politique, il se lance dans les législatives de 1893, briguant un siège de député à la surprise de tous et au grand déplaisir de ses proches et de son clan. Désavoué, subissant de fortes pressions et visiblement écœuré par les manœuvres venues de toutes parts, il y renonce et le lendemain se suicide d’une balle dans la tête… Émile Chabrand avait cinquante ans. (source: Ginkgo éditeur)

Par ses dernières volontés, il fût l’un des généreux donateurs de la Vallée de Barcelonnette. Une salle du musée La Sapinière, dans sa ville natale lui est dédiée. Il expose des objets d’art précolombien et d’art populaire du Mexique, le témoignage du tour du monde d’Émile Chabrand.