Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Orthoténie globale

Lumières dans la nuit n°62 – octobre 1963

par Aimé Michel

 

La découverte que les U.F.O.S., ou tout au moins certains d’entre eux, ont voyagé à travers certains territoires, en lignes droites a soulevé la controverse: c’était inévitable. Dans beaucoup de pays, des chercheurs ont signalé l’existence de ces lignes droites: mystérieux facteur qui va à l’encontre des objections présentées par les sceptiques. Aimé MICHEL, dans la lettre ci-après adressée à l’Éditeur de la «Flying Saucer Review», indique que sa récente découverte donne le change à beaucoup de critiques dirigées contre sa théorie originale. L’orthoténie est maintenant une méthode de recherche et un fait. Elle peut même conduire à prédire des apparitions. Objectivement, tôt ou tard, les scientifiques qui rejettent l’existence des soucoupes volantes devront la prendre en considération. La lettre qui suit doit sûrement se classer comme l’une des plus importantes contributions à l’UFOLOGIE que cette revue ait eu le privilège de publier.

 

La vague de discussion soulevée par votre Revue, suite à la circulation de mon livre en Angleterre, m’a donné une haute idée de la culture et du sens critique de vos lecteurs. Pas plus en France qu’aux États-Unis, les réactions des lecteurs n’ont atteint un tel degré de qualité. Cela prouverait qu’un public large et éclairé s’intéresse au problème des U.F.OS. Je vous en félicite.

1.— D’abord, j’insiste: mon livre a été écrit il y a cinq ans. Depuis sa parution, en France, aux États-Unis, de nombreux investigateurs ont critiqué, perfectionné, fignolé cette théorie: théorie dont je ne suis que le promoteur et qui depuis a été considérablement améliorée. J’en fus le protagoniste et ne suis plus de toute façon le seul chercheur travaillant sur les lignes que j’ai indiquées dans mon livre.

L’ORTHOTÉNIE N’EST PAS MA PROPRIÉTÉ PERSONNELLE

Le premier travail dans ce domaine a été fait en France par Vallée et autres; en Espagne par Buelta; au Brésil par Olavo Fontes; en Argentine par Christian Vogt et ses collaborateurs; par la Civilian Saucer Intelligence à New-York; par Guy Quincy en Algérie et par de nombreuses autres personnes. Dans les sciences, chaque chercheur a son idée personnelle pas nécessairement partagée par les autres: c’est normal. Ceux qui trouvent cela étonnant doivent se rappeler qu’il en est de même dans toutes les études scientifiques. Critique et divergence d’opinion, le progrès est à ce prix. Grâce à cela la vérité finit par se dégager.

2.— Néanmoins, tous les chercheurs qui ont étudié les alignements basés sur les observations actuelles et non simplement d’une façon superficielle et théorique, sont maintenant convaincus que certains de ces alignements correspondent à un agencement bien ordonné et commandé par des intelligences de l’extérieur. Il n’y a pas sur ce point particulier de divergence d’opinion parmi les personnes citées ci-dessus

Je dis CERTAINS alignements. Le premier résultat obtenu par l’investigateur qui dès le début refit mes calculs, Alexander Mebane, de la Civilian Saucer Intelligence de New-York, montre qu’un nombre considérable de lignes droites que j’avais tracées peuvent s’expliquer simplement par les lois du hasard. Alex. Mebane nous a rendu un grand service en élaguant les lignes incertaines ou soi-disant et en faisant ressortir clairement celles: certainement PAS incertaines, c’est-à-dire inexplicables. C’est sur celles-ci que j’ai concentré mes efforts ces cinq dernières années. Cela nécessiterait un nouveau livre pour exposer en détail ce que cette étude m’a apporté. Ainsi, je ne mentionnerai qu’une de ces lignes: à savoir celle de Bayonne-Vichy du 24 septembre 1954 (page 74 de mon livre).

3.— L’alignement Bayonne-Vichy avait déjà attiré l’attention de Alex. Mebane (p. 258-259). Par sa méthode de calcul, il a trouvé une probabilité de 1/500.000 dans le cas le plus défavorable et de 1/40.000.000 dans le cas le plus favorable (voir note 5, p. 79 de mon livre. Édition américaine).

Actuellement, dans mon livre cette ligne n’a que 6 points. En 1958, mon ami et antagoniste, François-Jacques Bergier, me présenta une coupure du journal «Le Parisien Libéré» relatant une observation faite ce même 24 septembre; observation que je n’ai pas citée dans mon livre — je n’en eus pas connaissance. Regarde m’a-t-il dit, une de plus de «Soucoupe Virgilienne» et ton alignement s’explique par le hasard. Dès l’abord, je fus très bouleversé par cette objection. L’observation avait eu lieu au Portugal, dans un petit village des Monts de la Sierra de Gardunha, près de la frontière hispano-portugaise. Il me vint alors l’idée de prolonger la ligne Bayonne-Vichy vers le Sud-Ouest au delà de Bayonne pour voir où elle passait. Tant que je vivrai, je n’oublierai jamais la stupéfaction de Bergier — et de moi-même — lorsque nous trouvâmes que la ligne coupait la Sierra de Gardunha à l’endroit de l’observation portugaise et cela à 600 kilomètres de Bayonne ainsi repérée avec précision sur l’alignement établi par moi 2 ans auparavant. De ce fait, que la probabilité de cette coïncidence extraordinaire soit due au hasard, même dans le cas le plus défavorable, il ne restait plus qu’une chance sur plusieurs dizaines de milliers. Cela fut la seconde occasion de ma vie de découvrir le point EXACT de l’observation simplement en prolongeant la ligne. Nous verrons dans un moment, que depuis nous avons fait encore mieux.

4. — Vers la même période, un de mes amis, astronome de profession, me fit un jour cette remarque qui me donna à réfléchir. Il serait remarquable, m’a-t-il dit, de trouver que ces observations formant des alignements soient toutes observations faites le même jour. Mais ne seraient-ils pas des alignements permanents suivant lesquels les observations se répéteraient à différentes dates?

Je me suis rappelé qu’en effet cet alignement du 24 septembre 1954, traversait Dôle dans le Jura, où, à deux occasions, les jours précédents, un objet avait été vu. Approfondissant la chose, je me suis assuré que cette ligne avait été «visitée» une bonne douzaine de fois la semaine avant le 24 septembre et la semaine suivante. Appliquant ma méthode de calcul à l’ensemble de la période, c’est-à-dire en tenant compte de toutes les observations, la probabilité que cette ligne puisse être un caprice du hasard s’avère être de l’ordre de 1 à plusieurs millions. C’était vraiment une ligne permanente.

SUR LA LIGNE!

Sur ces entrefaites, pendant la nuit du 24 octobre deux apparitions presque simultanées eurent lieu en France, à Tulle et à Brive. De nouveau, elles étaient sur la ligne! Mais cette fois c’était 3 ans plus tard. Était-ce une coïncidence? En 1960, j’ai voulu étudier la question et j’ai fait le calcul du prolongement planétaire de cet alignement particulier. J’obtins ainsi sur la mappemonde une ligne qui traverse l’Europe, l’Union Soviétique, la Chine, Formose, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande, l’Amérique du Sud (de Valdivia au Chili à la côte brésilienne entre Saô-Luiz et Fortaleza), l’Atlantique, le Portugal et l’Espagne. À première vue, je fus frappé par quelque chose: il y a eu cinq vagues d’apparitions depuis 1954; à savoir une en Europe occidentale (celle relatée dans mon livre), une aux États-Unis au 1957, une dans une zone limitée du Brésil autour de Fortateza, une autre en Nouvelle-Guinée en 1959 (Rapport Cruttwell) et finalement une en Nouvelle-Zélande en 1960 (voir particulièrement les numéros de la Flying Saucer Review de mars-avril 1960, de septembre-octobre 1960, et aussi de janvier-février 1960, p. 30). De ces 5 vagues, 4 sont littéralement «semées» le long de la ligne Bayonne-Vichy, de sorte que celle ligne dont le rôle principal, mis en lumière pour la première fois suite aux observations en Europe, semble en définitive jouer le rôle principal dans les activités extra-terrestres se manifestant sur la surface de notre planète.

LES GRANDES VAGUES

Néanmoins, je réservais mon jugement et attendais le cours des événements. Voici le fait saillant: chacun sait qu’une nouvelle vague eut lieu en Argentine en 1962 et une fois de plus — pour la cinquième fois en huit ans sur le Grand-Cercle Bayonne-Vichy. Notre ami Cristian Vogt passait à Paris à cette époque pendant que l’organisation C.O.D.O.V.N.I. observait cette vague dans son pays, il vit sur notre carte indiquant le Grand-Cercle et en fut vivement frappé. Pour la première fois dans l’histoire de l’ufologie, l’esquisse d’un système ordonné intéressant toute la planète nous sautait aux yeux… Il faut le dire, nous fûmes tous profondément émus. Évidemment, constamment quelques UFOS avaient été observés à travers le monde. Mais le phénomène des grandes vagues, original et maintenant bien familier aux investigateurs, paraît suivre quelque disposition topographique embrassant la planète tout entière. Parmi les six vagues observées, 5 sont disposées sur le même Grand-Cercle. Quant à la sixième, la vague américaine, qui pouvait manquer de noter la coïncidence avec le lancement du premier Spoutnik? Par ailleurs, la vague américaine fait ressortir quelques différences avec les vagues classiques: par exempte l’absence du grand cigare-nuage

5 — Ici, je dois dire quelque chose du travail de Jacques Vallée concernant la généralisation du concept de Grand Cercle et les résultats troublants auxquels il est arrivé. Cependant, il le ferait mieux que moi s’il le jugeait opportun. Ce travail implique une délicate recherche nécessitant l’analyse trigonométrique et statistique, ce qui pourrait mener très loin.

APPELLATION-CODE BAVIC

Quant à moi, je m’étais limité, avec le concours d’un ami astronome, à l’analyse serrée de l’alignement Bayonne-Vichy auquel Vallée a donné l’appellation-code BAVIC L’idée — confirmée ultérieurement — était que l’étude approfondie de BAVIC, dans une zone limitée (en France par exemple) pouvait ouvrir une piste conduisant à de futures découvertes. Alors nous avons commencé à examiner le terrain, à étudier soigneusement les atterrissages signalés sur la ligne: travail qui nous a permis, en effet, de définir avec une très grande précision la trajectoire de cette ligne. C’est à quoi nous sommes arrivés en août 1962 lorsque se produisit en France la plus sensationnelle observation de l’année.

Le 29 août, au village de Vauriat (Puy- de-Dôme), quelques personnes virent, à 13h45 (en plein jour) un véritable ballet, qui dura plusieurs minutes, exécuté par une escadrille d’engins inconnus. L’un des témoins oculaires, ingénieur, pilote expérimenté, membre de l’Aéro-Club d’Auvergne, envoya un premier rapport au Général Chassin et ensuite un second à mon ami l’astronome. L’escadrille composée de 4 unités a été nettement observée à courte distance et à basse attitude- J’ai été immédiatement frappé par le comportement compliqué de ces engins: même manœuvre en zigzag que j’ai déjà signalée au cours des apparitions de la vague de 1954 — voir mon livre page 182, milieu — marquant un changement de direction à l’intersection de deux lignes.

Nous devions par conséquent, chercher où se trouve le petit village de Vauriat. Le rapport dit, dans le Puy-de-Dôme. Mon ami, l’astronome, prit une carte au 1/200.000° du Puy-de-Dôme — carte Michelin n°73 — qui est du format 40cm x 50cm et porte des milliers de noms. Après une heure de recherches, nous n’avions pas encore trouvé ce petit village. C’est alors que mon ami eut une idée: «BAVIC». s’est-il dit, BAVIC traverse le Puy-de-Dôme. Alors Vauriat doit se trouver sur BAVIC!

Il prit alors une règle et traça BAVIC sur la carte. Il consulta de nouveau le rapport d’observation qui dit: «L’observation a eu lieu juste à côté de la gare de Vauriat». Il y a donc une ligne de chemin de fer traversant le village. Mon ami fit le raisonnement suivant: «Si Vauriat est sur BAVIC, ce que je dois faire est de suivre BAVIC sur l’ensemble de la carte jusqu’à ce que l’alignement coupe une ligne de chemin de fer et là je trouverai Vauriat».

C’ÉTAIT VAURIAT!

Il posa le doigt à l’une des extrémités de BAVIC, suivit la ligne et arriva à une ligne de chemin de fer. À quelques millimètres du point d’intersection BAVIC coupe juste le centre d’un petit village. Mon ami se pencha et lut le nom:

C’était Vauriat!

À moins d’un millimètre, c’est-à-dire 200 mètres, à l’échelle — car n’oublions pas que le Grand Cercle fait le tour de la terre — la ligne découverte en 1957, nous a permis de localiser une apparition en 1962. Une fois de plus la méthode de la ligne droite nous avait donné la très rare émotion d’avoir fait une découverte. Cela nous incita, cette fois, à organiser sans tarder la recherche systématique dans les régions traversées par BAVIC. C’est ce que nous avons entrepris, ici en France, depuis l’automne 1962. Il est encore trop tôt, cependant, d’exposer, ici, les nouveaux faits auxquels le flair nous a conduits, car quelques-uns d’entre eux demeurent incompréhensibles. Mais, dès maintenant, nous avons la certitude comme dit le dicton français qu’«il y a de quoi faire». Les pilotes des U.F.O.S., cela n’est pas douteux, nous dominent à leur gré par leur technique, mais à présent, il est prouvé que les méthodes de la science humaine permettent d’étudier quelques caractères de leur comportement.

Je voudrais, pour finir, insister sur deux faits: D’abord, l’Orthoténie qui n’était qu’une simple théorie est devenue à la fois une méthode de recherche et un fait. Un fait, car il n’est plus douteux que l’observation de notre planète par les extra-terrestre est organisée, tout au moins en partie sur les Grands Cercles de la Terre. Une méthode, car nous commençons à interpréter le sens de cette organisation et à concevoir la possibilité de prévoir des apparitions futures.

Finalement, la preuve du mouvement réside dans la progression. Ce n’est pas en réfutant les objections que nous pourrons faire avancer l’UFOLOGIE. La meilleure réponse — la seule utile — à la critique inévitablement suscitée par toute œuvre positive est d’aller de l’avant et d’avoir constamment quelque chose de nouveau à présenter. C’est ce qui se fait à la Flying Saucer Review, chez Coral Lorenzen aux États-Unis, Major Petersen au Danemark, Olavo Fontes au Brésil, Cristian Vogt en Argentine, Buelta et Ribera en Espagne et beaucoup d’autres que nous connaissons. C’est aussi ce que nous essayons de faire en France. En conclusion, je dois ajouter que ma politique personnelle a toujours été — et restera — d’admettre toutes les discussions sans intervenir et d’écrire que lorsque j’ai quelque chose de nouveau à soumettre.

POST-SCRIPTUM

J’oubliais, dans mon article, de mentionner quelque chose très important pour nos lecteurs, à savoir que parmi les alignements permanents que nous avons découverts jusqu’ici il y en a un qui traverse l’Angleterre d’un bout à l’autre. C’est la ligne du 14 Mai — page 181 de mon livre Flying Saucers and the Straight-Line Mystery.

Cette ligne qui aboutit à Southend, concernant l’Angleterre, a été la scène constante du phénomène qui eut lieu, à plusieurs reprises, sur le continent depuis 1954. Par exemple, quelques observations précises ont été aussi faites sur cette ligne en Italie, l’automne dernier — Lac de Garde.

Bien que je n’aie de l’Angleterre aucune connaissance particulière — n’ayant de ce pays que la documentation publiée par la Flying Saucer Review — je serais bien étonné qu’il n’y ait pas de nombreuses apparitions sur la ligne allant de Southend jusqu’aux environs de Barra Sound — dans la partie méridionale des Hébrides.

On doit s’attendre sur cette ligne à des apparitions d’un des types suivants:

1°) Apparition simultanée de plusieurs objets.

2°) Apparition d’objets s’arrêtant et évoluant en zigzag.

3°) Atterrissage dans la proximité de la ligne — c’est à dire dans les 20 kilomètres de chaque côté.■

 

NOTE DE L’ÉDITEUR

On ne peut sous-estimer l’importance de la découverte de l’orthoténie globale. Michel a démontré par les grands cercles que nos visiteurs suivent un plan et ont un but.

Même ceux qui croient aux Soucoupes Volantes sont disposés, parfois trop même, à reconnaître les critiques des sceptiques en pensant qu’une forte proportion des observations est due à la fausse interprétation et à la mystification; autant que l’on puisse dire, de telles déclarations ne reposent sur aucune preuve solide. Comme conséquence l’orthoténie globale tendrait à prouver que la plupart des témoins sont sincères et ignorent qu’ils vivent sur la ligne d’un grand cercle. Les faux interprètes et mystificateurs représentant un gros pourcentage du total, l’incidence des apparitions virgiliennes eut été assez importante pour infirmer la découverte. Il ne reste alors aux sceptiques, qu’à soutenir que les simples et les naïfs se répartissent sur des lignes orthoténiques faisant le tour de la terre.

(«Flying Saucer Review» Mai-Juin 1963 – 1, Doughty Street – Londres W.C.I.).Traducteur H. Bocquillon.