Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Pourquoi je crois aux soucoupes volantes

Lumières dans la nuit n°77 – septembre-octobre 1965

par Aimé Michel

 

Je sais et tous les journalistes savent ce qui se passe dans les salles de rédaction quand arrive une dépêche sur le sujet: «Une soucoupe? au panier!» Pourquoi un journal se discréditerait-il auprès de ses lecteurs en leur parlant de ce qui ne les intéresse pas, de ce qu’ils tiennent pour une faribole? Et qui s’intéresse encore aux soucoupes volantes? Hors l’Armée de l’air américaine, quelques dizaines de spécialistes et quelques milliers de curieux d’un bout du monde à l’autre, personne. Ces spécialistes se connaissent tous. Ils échangent leurs informations et leurs résultats. Ils se rendent visite par-dessus les mers à l’occasion des congrès scientifiques (des congrès sans rapport avec la soucoupe, bien sûr!). Ils sont très satisfaits de cet état de choses. Ils ont horreur de la publicité, et même tout simplement de la publication, car rien n’est plus agréable que la discussion restreinte aux gens qui savent de quoi ils parlent. Depuis 1958, date de la parution de mon dernier livre, ceci est le deuxième article que je publie en France sur la question, et la rédaction de cette revue peut témoigner que Je ne m’y suis résolu qu’après beaucoup d’hésitations.

Des témoignages troublants

Car loin d’avoir disparu, les soucoupes volantes sont observées de plus en plus fréquemment et de mieux en mieux. Le fameux Rapport 14 de l’U.S. Air Force, publié le 6 octobre 1958, donnait le chiffre de vingt et une observations pleinement circonstanciées et résistant à toute possibilité d’explication entre ler juillet 1957 et le 31 juillet 1958, soit un peu moins de deux par mois. Trois ans plus tard, Hynek me donnait le chiffre d’un peu plus de deux par mois Au dernier communiqué de l’U.S. Air Force, datant de mars dernier, on atteignait presque quatre par mois. Et il s’agit, précisons-le, des observations recueillies par la seule U.S. Air Force, sur le seul territoire des États-Unis. L’Armée de l’air américaine ne fait état dans ses enquêtes et ses communiqués ni des cas survenus sur les bases de la N.A.S.A. (l’administration pour la recherche spatiale), où la sécurité dépend du service de contre-espionnage, le célèbre F.B.I., ni, la plupart du temps, des cas relevant de la Marine, ni bien entendu des cas innombrables survenant sur les autres parties de la planète. Or nous savons par les astronomes français ayant travaillé aux U.S.A. pour la N.A.S.A. que les observations fréquentes sur les bases spatiales américaines, que les techniciens de ces bases y sont habitués et qu’ils partagent sur la questions les mêmes idées que tous ceux qui l’ont étudiée de près et sur documents. Nous savons également, par le réseau de spécialistes qui s’étend maintenant sur toute la Terre, y compris les pays communistes, que les États-Unis n’ont sous ce rapport rien de privilégié, si l’on peut dire, et que les observations sont aussi nombreuses et de même nature sur l’ensemble de la surface du globe, y compris, je le répète, les pays du bloc socialiste.

Cela dit, qu’est-ce qu’une observation inexpliquée? Pour s’en faire une idée, rien ne vaut un exemple. En voici donc un extrait de mon premier livre[1]. Ce cas, qui date de 1952, est encore bien plus étrange étudié en 1965 qu’on ne l’avait cru à l’époque, car il présente deux circonstances qui ne sont devenues familières aux observateurs du ciel qu’après le lancement des premiers satellites artificiels visibles à l’œil nu, c’est-à-dire de nombreuses années plus tard. L’observation fut faite le soir du 29 août 1952 par le personnel de la station météorologique de l’aérodrome militaire de Villacoublay. Le rapport fut établi par les observateurs eux-mêmes, c’est-à-dire l’aspirant D…, les deux caporaux-chefs M… et J…, (les caporaux H… et L… et le soldat D… Le voici textuellement:

«I. Aux environs de 19h30 (temps universel), Michel T… et moi-même (caporal-chef J…) discutions près de la station météorologique de Villacoublay tout en regardant apparaître quelques étoiles dans un ciel sans nuages.

»Notre attention fut soudain attirée par l’apparition, secteur est, d’un point lumineux brillant avec un éclat bleu très prononcé. Ce point se déplaçait en ligne brisée et par saccades. Sa vitesse apparente ne semblait pas très élevée.

»Intrigués, nous installâmes le théodolite[2] de la station météorologique en prévenant nos camarades de travail (aspirant D…, caporal-chef N…, caporal H…, soldat D…). Il était 19h50 T.U..

»Le point lumineux se déplaçait toujours, un peu moins vite cependant, après avoir pris une direction apparente de marche sud-est-nord-ouest. Saisi dans l’oculaire du théodolite, il apparut sous la forme d’un trait lumineux (blanc incandescent bordé de noir et accompagné de deux traînées bleutées perpendiculaires au trait lui-même). Ces traînées étaient peut-être dues aux déformations provoquées par les lentilles du théodolite.

»Observé de façon constante, le point lumineux suivit une direction sud-est-nord-ouest pour aller se fixer vers 20h30 T.U. en un point du ciel sensiblement proche du zénith (inclinaison 77 azimut 109). II y est demeuré jusqu’à minuit TU., heure à laquelle nous abandonnâmes l’observation…

»Parvenu à ce point, le point lumineux nous a semblé s’éloigner en altitude, son image se rapetissant dans l’oculaire du théodolite. En déréglant la lentille de cet appareil, nous obtînmes une image floue composée d’un cercle violet entouré de circonférences d’un vert vif sur lesquelles apparaissent des points verts beaucoup plus clairs. Nous relevâmes également à partir de 20 heures T.U. la présence d’une tache rouge vif tranchant sur le bleu vif du point lumineux.

»II. Durant l’observation de ce point, l’attention du caporal-chef J…, qui venait de rentrer et par conséquent ignorait tout de l’affaire, fut soudain attirée par la chute d’un deuxième point lumineux.

»Il s’agissait d’un point d’un rouge incandescent comparable à la lueur d’un phare d’atterrissage. Sa chute apparente avait cessé. Pris dans l’oculaire du théodolite, ce point lumineux apparut sous la forme d’un cercle parfait jaune blanc accompagné de traînées irrégulières comme jaillissant par saccades du cercle en question. Elles semblaient, à leur apparition et selon la réflexion de l’aspirant D…, se tordre en coup de fouet.

»Apparu à l’est, l’objet resta stationnaire quelques instants avant de s’éloigner rapidement vers l’est en diminuant d’éclat, puis en laissant un halo diffus dû sans doute à la présence de cirrus élevés, invisibles à cette heure de la nuit, à savoir 21h45 T.U.

»Nous observâmes une nette réapparition deux minutes plus tard (azimut 316, inclinaison 6), avec un déplacement très prononcé du point lumineux d’est en sud-est. L’objet parut enfin se fixer sur le fond des étoiles dont il sembla suivre le mouvement apparent»

(Suivent cinq mesures en azimut et inclinaison de 22h10 TU. à 22h31 TU.)

«III. À 22h46 T.U. apparut, secteur nord-ouest, une lueur rouge et bleue que nous prîmes d’abord pour les feux à éclipse d’un appareil de ligne. Mais la lueur, très vive, demeura silencieuse et immobile, puis se déplaça lentement. Observée au théodolite, elle apparut sous la forme d’une tache de couleur rouge vif passant au jaune, puis au vert.

»Ayant abandonné l’observation de ce point pour relever la position du précédent, nous aperçûmes, en revenant à cette observation, que la lueur avait complètement disparu.»

(Suivent les signatures des témoins.)

Ces observations, on le voit, n’ont rien de spectaculaire. Le psychiatre n’y trouve pas sa pâture. Elles ont été faites et rapportées avec soin, elles comportent une somme de détails élevée, et les témoins ne parlent nulle part de soucoupe volante. Comment les expliquer? Des ballons-sondes? De tels objets n’ont pas la forme d’un trait allongé bordé de noir; ils n’émettent aucune traînée; ils ne sauraient rester immobiles au zénith pendant des heures, ni suivre la rotation du ciel. Des bolides? Le bolide immobile n’existe pas, et pour cause: les bolides les plus lents sont encore animés de vitesses de sept ou huit kilomètres/seconde. Des étoiles ou des planètes que les témoins n’auraient pas reconnues? Un astronome, M. Roger Rigollet, a tenté d’expliquer une partie de l’observation de cette façon, en supposant toutefois que les témoins avaient confondu temps local et temps universel ainsi que grades et degrés. Mais, quelles que soient les références de temps et les unités angulaires retenues, il n’existe aucun astre restant immobile avec la même inclinaison et le même azimut, de 20h30 à minuit (paragraphe I du rapport); il n’existe aucun astre non plus qui se déplace vers l’est en émettant des traînées irrégulières jaillissant par saccades et se tordant en coup de fouet (paragraphe II); il n’existe enfin aucun astre capable de clignoter en passant du rouge au bleu vifs comme les feux à éclipse d’un appareil de ligne et de disparaître ensuite sur place dans un ciel clair (paragraphe III).

Au début du rapport, il est signalé que le ciel est sans nuages. il est seulement possible que les témoins, après disparition vers l’est de l’objet du paragraphe II, aient cru le revoir en distinguant en réalité un astre dans la direction approximative où il avait disparu, ce qui expliquerait la fixité sur le fond des étoiles, mais exclut du même coup la possibilité pour l’autre objet de rester immobile trois heures trente près du zénith, car les astres tournent autour de la Terre en vingt-quatre heures: en trois heures trente, tous les astres connus accomplissent presque le tiers de leur course d’un horizon à l’autre, et ce d’est en ouest, et non le contraire.

Mais le plus étonnant n’est pas que ce qui fut vu ce soir-là se refuse encore à toute identification treize ans plus tard. Il réside dans le fait que le peu qui ait été expliqué n’a trouvé son explication que par l’observation visuelle ultérieure d’engins dont le caractère extra-terrestre ne fait aucun doute, puisqu’il s’agit de nos propres satellites artificiels de la série Echo. Reprenons le début du rapport:

«Notre attention, disent les techniciens militaires, fut attirée par l’apparition, secteur est, d’un point lumineux brillant avec un éclat bleu très prononcé. Ce point se déplaçait en ligne brisée et par saccades. Sa vitesse apparente ne semblait pas très élevée

Quand les Américains eurent réussi leur premier lancer de satellite Echo (qui est, on le sait, un énorme ballon réfléchissant la lumière du Soleil), le monde entier put voir un satellite artificiel à l’œil nu. Et le monde entier découvrit du même coup ce qu’est une illusion d’optique. Car ce satellite américain, observé à l’œil nu, semblait se déplacer en ligne brisée et par saccades, alors que le témoignage irrécusable de la photo et du cinéma montrait que sa trajectoire réelle était parfaitement régulière et rectiligne.

Le phénomène intrigua les savants, qui finirent par trouver l’explication (double), exposée à plusieurs reprises par des spécialistes et notamment par M. Paul Müller, astronome à l’observatoire de Meudon et chargé, en France, de l’observation des satellites: l’apparente ligne brisée était provoquée par la difficulté de reconnaître le caractère rectiligne de la progression sur un fond jalonné seulement de points discrets (les étoiles), sans milieu intermédiaire; et quant à la progression par saccades, elle était plus subjective et s’expliquait par l’écoulement irrégulier du temps psychologique. Seulement, pour que cette double illusion se produisit, il fallait un objet suffisamment brillant et de progression lente. Echo, volumineux et très éloigné, répondait à ces conditions.

Les plus gros satellites russes, également visibles à l’œil nu, mais plus rapides parce que gravitant plus bas, ne présentaient pas les mêmes phénomènes. Et ces phénomènes que rien ne laissait prévoir en 1952 furent pourtant décrits exactement dans les mêmes termes que neuf ou dix ans plus tard, lorsqu’ils furent officiellement découverts.

Tout se passa donc ce soir du 29 août 1952 comme si un objet de volume apparent d’Echo, et gravitant à la vitesse apparente d’Echo, avait été observé par les techniciens de Villacoublay. Seule différence, mais d’importance: la technologie humaine ne connaît et ne peut imaginer actuellement aucun moyen d’arrêter Echo pour le faire stationner pendant trois heures trente près du zénith (paragraphe I).

L’U.S. Air Force en alerte

On croira peut-être que le cas de Villacoublay est exceptionnel. Non seulement il ne l’est pas, mais il suffit de lire le livre du capitaine Edward Ruppelt[3], qui commandait la commission d’enquête de l’Armée de l’air américaine au moment même où se déroulaient ces événements, pour se rendre compte que les cas retenus comme inexpliqués par cette commission sont presque tous infiniment plus circonstanciés. Un cas tout à fait moyen est le suivant, que j’emprunte à un rapport officiel du ministère de l’Aéronautique civile américaine.[4]

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 1952 (donc quelques semaines avant Villacoublay), à minuit heure locale, un radar de l’aéroport de Washington repère une, puis plusieurs taches non identifiées se déplaçant au-dessus de la capitale américaine. Les opérateurs contrôlent leur appareil, dont le fonctionnement est reconnu correct. Le nombre des taches augmente. À un moment, il y en a dix, qui semblent se déplacer au hasard. Un peu affolés, les techniciens avertissent la direction de l’aéroport, qui avertit l’U.S. Air Force, L’US Air Force, sur qui repose la défense du territoire, fait scruter le ciel par ses propres appareils. Une lueur orange se déplace dans la nuit au-dessus de la ville. À trois heures, une lueur lumineuse est aperçue en train de suivre un avion sur plusieurs kilomètres, jusqu’à une distance de six kilomètres à l’ouest de l’aéroport. À ce moment, l’objet est suivi séparément par des témoins au sol, des témoins en vol et deux radars différents éloignés l’un de l’autre, qui le situent au même endroit du ciel, derrière l’avion. Puis la lumière s’éteint, mais les radars continuent de suivre l’objet obscur, tantôt seul, tantôt avec d’autres. Les objets se déplacent rapidement dans toutes les directions, vers le haut, vers le bas, horizontalement. Parfois aussi ils restent suspendus, rigoureusement immobiles. Et cela dure jusqu’à cinq heures quarante, heure à laquelle tout disparaît.

Le rapport ne dit pas ce que fit l’U.S. Air Force pour mettre fin à ce ballet exécuté pendant près de six heures, quelques kilomètres au-dessus de la tête du président Truman et des sénateurs. Mais le livre de Ruppelt nous apprend qu’à maintes reprises, au cours de tels incidents, la chasse fut envoyée. Les radars, les témoins au sol et les pilotes purent voir alors, régulièrement, les mystérieux objets jouer au chat et à la souris: laissant approcher les chasseurs à réaction, puis les distançant en quelques secondes à des vitesses dépassant parfois vingt mille kilomètres à l’heure, les attendant encore, s’éloignant, jusqu’à ce que les réservoirs des appareils fussent vides et que leur base leur donnât l’ordre de rentrer, ou parfois jusqu’à ce qu’une autre base survolée en cours de poursuite s’en mêle, avec de nouveaux radars, de nouveaux témoins, de nouveaux chasseurs, le tout aussi vainement, et souvent en plein jour, sous les yeux d’une foule de témoins médusés de voir quelque chose à quoi ils n’avaient jamais cru.

Je sais bien l’effet que de tels récits peuvent produire sur le lecteur français moyen, convaincu que soucoupes volantes sont un épisode depuis longtemps clos de l’histoire de la sottise humaine: «Mais, monsieur, vous vous moquez de nous! Si tout ce que vous nous racontez là était vrai, cela se saurait voyons! Il devrait y avoir des titres énormes dans les journaux! On ne parlerait que de ça!»

Mon Dieu! mais justement, cela se sait! Le savent, et au jour le jour, tous ceux qui se donnent la peine de s’informer. Et d’abord, naturellement, tous ceux qui, depuis maintenant dix-huit ans, depuis l’été 1947, étudient le problème. Et parmi ceux-là, en premier lieu, les techniciens de la commission d’enquête de l’Armée de l’air américaine, de cet A.T.I.C. (Air Technical Intelligence Center) d’où tous les chercheurs du monde entier espèrent que viendra un jour la lumière.

Qu’est-ce que l’A.T.I.C.? Cet organisme fonctionne sous divers noms sans interruption depuis le 30 octobre 1947, date à laquelle le ministre Forrestal signait le décret portant création d’une commission chargée d’étudier les objets volants non identifiés, en anglais Unidentified Flying Objects ou U.F.O.’s. C’est un organisme essentiellement militaire à la tête duquel se sont succédé cinq ou six officiers techniciens de l’Aéronautique, parmi lesquels le major Ruppelt, auteur du livre cité plus haut. Son chef actuel, le major Quintanilla, est certainement le plus actif et le plus compétent que l’A.T.I.C. ait eu jusqu’ici à sa tête côté militaires. Car si en tant qu’organisme militaire l’A.T.I.C. n’a d’autre rôle que de transmettre périodiquement au Pentagone des rapports pour dire si les ufos présentent un danger quelconque ou n’en présentent pas pour la sécurité de la nation, et rien de plus, il faut dire aussi que, s’étant acquis dès le début la collaboration de savants éminents et ceux-ci y ayant collaboré sans interruption depuis 1947, l’équipe scientifique, celle des civils, n’a pas tardé à acquérir dans cette recherche une autorité et une compétence sans égales.

À la tête de ces civils, il y a le professeur Joseph Allen Hynek, un astrophysicien de la célèbre Northwestern University, directeur de l’observatoire Dearborn. Je connais bien le docteur Hynek, qui est venu me voir à Paris, comme beaucoup d’autres, pour consulter mes dossiers. C’est un homme discret, d’une infinie patience, plein d’humour et de sang-froid, américain jusqu’au bout des ongles. Sur ses épaules repose depuis le début, et sans doute reposera jusqu’à la solution finale, le destin de cette recherche dont il a saisi dès le début l’importance peut-être primordiale et pour laquelle il n’a jamais refusé de prendre les plus pénibles responsabilités.

Depuis toujours, Hynek ne cesse de répéter que s’il suffit à la sécurité aérienne des États-Unis de savoir que tant pour cent des observations sont des ballons-sondes, tant pour cent des avions et des bolides, tant pour cent des météores, etc., et que le reliquat non expliqué ne présente aucun danger, en revanche la science ne saurait se satisfaire de ce simple certificat d’innocuité militaire et politique délivré périodiquement par les communiqués de l’Air Force aux quatre soucoupes inexpliquées observées en moyenne chaque mois sur le territoire américain. La science exige une explication, une étude directe, une réponse à la question, même si la sécurité aérienne des États-Unis n’est pas en cause.

Et c’est ici le lieu d’analyser d’un peu plus près ces fameux communiqués de l’U.S. Air force, source de tant d’équivoques et, en particulier, cause du manque d’intérêt porté à la question par tant de savants persuadés que «l’U.S. Air Force a tout expliqué» et qu’il n’y a donc pas de problème soucoupe.

Le communiqué modèle (parce qu’il est le seul document de cette sorte à avoir indiqué, outre les résultats, les moyens par lesquels on les obtint), c’est le célèbre Rapport 14 en date du 6 octobre 1958. Du 1er juillet 1957 au 31 juillet 1958, nous dit-il, 1270 cas ont été portés à la connaissance de la commission et étudiés. Sur ces 1270 cas, 1249 ont été expliqués ou rejetés. Rejetés pour insufficient data (données insuffisantes), expliqués par des phénomènes ou objets classiques.

Sur la raison du rejet, rien à dire: un témoin aperçoit quelque chose la nuit, il n’en dit pas assez pour déterminer si c’est un bolide ou autre chose, on ne retient pas son observation. Très bien. Mais voyons les explications. Il y a, mettons, huit pour cent des cas expliqués par une identification à la Lune, qu’on nous dit avoir été prise par des témoins pour une soucoupe volante. Qu’est-ce à dire? Que l’on a prouvé qu’il s’agissait de la Lune? Non point. Si l’on examine le détail, il pourra se trouver que les témoins ont vu leur objet, par exemple au nord, où la Lune ne se trouve jamais (aux États-Unis du moins), ou bien qu’ils ont vu un objet circulaire un jour de premier quartier. Mais on nous expliquera que dans le premier cas les témoins se sont peut-être trompés de direction et, dans le deuxième, de date. Si donc tout s’explique suffisamment en supposant que le témoin s’est trompé quelque part, on tient alors cette erreur pour possible et le cas pour expliqué.

Pour rendre ce procédé d’explication plus commode, l’U.S. Air Force utilisait à l’époque du Rapport 14 et a continué d’utiliser jusqu’à une époque récente la méthode exclusive du questionnaire. Les témoins étaient priés de remplir un long questionnaire où les enquêteurs avaient poussé au maximum la division de la difficulté: heure, date, lieu, état du ciel, forme de l’objet, etc., à l’exclusion de tout récit. Après quoi on examinait chaque point séparément, et, si un nombre suffisant de points s’expliquait, on supposait que sur les points inexplicables les témoins s’étaient trompés et l’on classait le cas comme expliqué.

Une pareille méthode semble à première vue inventée par quelque soucoupiste malveillant et prêtée à l’U.S. Air Force pour disqualifier son intégrité et son souci scientifique. Pas du tout, le Rapport 14 en fait foi. Et j’ajouterai qu’il était nécessaire, au début, d’agir ainsi: car, en se donnant au départ des moyens d’explication si libéraux, on était du moins certain que lorsqu’un cas résisterait malgré tout à l’explication c’est qu’il était véritablement inexplicable.

Voici en effet, d’après les propres termes du texte, quelles étaient les qualités exigées d’un rapport par les méthodes du Rapport 14 pour qu’il fût classé parmi les non-identifiés. Il devait être:

Completely adequote, c’est à dire absolument adéquat, expression assez vague pour permettre de soulever toutes les difficultés;

Not a hoax, pas une mystification: il fallait donc que tous les détails fussent prouvés;

With all necessary data for investigation, comportant toutes les données nécessaires à l’investigation. Si l’on jugeait qu’un détail désirable manquait, il était classé comme expliqué;

Wich the investigators can find no possible way of accounting for, excluant toute possibilité d’interprétation. Les mots no possible way indiquent très clairement qu’on n’exige pas une véritable interprétation, mais simplement la possibilité de cette interprétation. Par exemple, peu importe que l’on ne sache pas si c’est la Lune: il suffit qu’il existe une possibilité que ce soit la Lune.

On voit dès lors ce que signifie l’expression «objet non identifié». Dans l’esprit d’un grand nombre de savants français n’ayant jamais eu en main les textes américains, l’idée s’est peu à peu installée depuis dix-huit ans qu’il s’agit d’objets mal observés et par là même indéfinis, pouvant être n’importe quoi. C’est exactement du contraire qu’il s’agit: c’est par ce que l’on sait sur eux de façon certaine (not a hoax) et absolument adéquate, et non par ce que l’on en ignore, que ces objets sont rebelles à toute identification. Ce n’est pas ce qu’on n’a pas bien vu qui prête à des suppositions. C’est ce que l’on a fort bien vu, et de façon certaine, qui est inexplicable. C’est le Rapport 14, fondement de la méthode américaine d’investigation, qui le dit expressément.

Mais qu’a-t-on vu, et que sait-on de ces objets qui justement exclue toute possibilité d’interprétation pour en moyenne quatre observations par mois sur le seul territoire américain? Le cas de Villacoublay que j’ai cité tout à l’heure ne nous apprend rien de précis, et les enquêteurs de l’A.T.I.C. lui auraient vraisemblablement refusé le label «non-identifié» dont nous allons maintenant examiner de façon très sommaire le contenu. Car, contrairement à ce que croit le public mal informé (y compris la majorité des hommes de science), on sait beaucoup de choses, et très précises.

Elles obéissent aux mêmes lois

Il y eut pendant l’automne 1954 une vague extrêmement dense d’observations sur l’Europe occidentale. Les témoins interrogés par les chercheurs européens dépassent certainement les dix mille. J’ai pu estimer dans mon second livre, paru en 1958[5], le nombre des seuls témoins français à au moins un demi million pour la période de septembre, octobre, novembre 1954. Le nombre des témoins contactés depuis m’incline à penser qu’il y en eut en réalité bien plus. Vers 1957, en étudiant la topographie des points d’observation, je découvris que ces lieux n’étaient pas disposés au hasard sur la carte. Ils avaient tendance à s’aligner sur les grands cercles terrestres. Certains jours, comme le 7 octobre, de véritables réseaux recouvraient la France, avec des points d’intersections multiples où régulièrement était observé un objet très particulier, que j’appelai le grand cigare de nuées.

Mais l’alignement le plus spectaculaire avait eu lieu le 24 septembre: sur dix cas observés ce jour-là, sept se situaient avec une absolue rigueur sur un grand cercle. La découverte de ces faits étranges, les premiers dans l’histoire des soucoupes volantes que l’on pût étudier conformément au calcul et à la méthode expérimentale les plus classiques, provoqua de nombreuses discussions, qui durent encore, et dont voici les principaux résultats:

1) En Espagne, un chercheur privé, Antonio Ribera Jorda, a retrouvé l’alignement du 24 septembre (appelé entre-temps Bavic par les Américains parce qu’il passe par Bayonne et Vichy) dans une série d’observations faites en Espagne avant la guerre et passées à l’époque inaperçues.

Non seulement, donc, les soucoupes volantes étaient observées dès cette époque, encore que l’on n’en parlât point, mais elles obéissaient déjà aux mêmes lois.

2) En France, plusieurs chercheurs remarquèrent que de nombreuses observations antérieures ou postérieures au 24 septembre 1954 étaient également situées sur Bavic, qui semblait ainsi se présenter comme un alignement privilégié. Je remarquai en particulier que toutes les vagues mondiales d’observation (en Europe occidentale, au Brésil, en république Argentine, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Guinée) sauf trois (toutes trois aux États-Unis) se situaient sur (ou dans le voisinage immédiat de) Bavic.

3) Aux États-Unis, un chercheur privé, Alex Mebane, fit dès 1958 les premiers travaux de statistique mathématique sur les alignements et le hasard. Il trouva que ceux de trois ou quatre points peuvent souvent s’expliquer par le hasard, mais que les principaux alignements, ceux de nombreux points, et ceux qui résultent d’atterrissages, indiquent une disposition non aléatoire inexplicable. La plupart des chercheurs admettent maintenant ce point de vue.

Toujours aux États-Unis, un astronome français du nom de Jacques Vallée, chercheur associé à l’observatoire Mac Donald et travaillant pour la N.A.S.A. au projet de la carte de la planète Mars, a repris l’ensemble de la discussion sur tout le problème soucoupe. Il vient de publier les premiers résultats de son travail dans un livre paru en mai dernier[6]. Cet ouvrage, qui fera date dans l’histoire des soucoupes volantes, est essentiellement un classement des objets observés et leur description. Nous y reviendrons tout à l’heure. L’auteur n’y aborde pas la question des alignements, à laquelle cependant il avait apporté dans des travaux antérieurs plusieurs contributions fort importantes, grâce au calcul électronique, notamment en montrant que les observations le long de Bavic semblent obéir à une loi des distances.

La question des alignements est aride et abstraite, mais de grande portée. Le fait que certains d’entre eux, comme par exemple Bavic et les principaux alignements du 14 octobre 1954 (ceux-là mêmes qui avaient les premiers attiré mon attention en 1957), résistent à toute tentative d’explication prouve en effet que les observations qui les déterminent relèvent toutes d’une explication unique, d’un phénomène homogène, et que l’on peut par conséquent faire fond sur ces observations pour en tirer une description des mystérieux objets

Anatomie du phénomène soucoupe

Ce point est très important. Avant la découverte de ces étranges dispositions rectilignes, chaque observation devait être étudiée séparément et la question de leur authenticité devait être posée pour chacune d’entre elles. Au lieu que la certitude d’un alignement à la fois irréfutable et inexplicable s’étend du même coup à toutes les observations qui le constituent. Ni les hallucinations collectives (si elles existent), ni les bolides, ni les avions, ni rien de connu ne saurait en effet être observé le long d’arcs de cercle couvrant parfois une notable partie du globe terrestre, et cela avec une précision atteignant les limites de la mesure. Les mots de «soucoupe volante» prennent dès lors un sens précis: la soucoupe volante est ce que l’on observe sur ces arcs de cercle.

Qu’y observe-t-on? Répondre à cette question, c’est faire, comme Vallée, l’anatomie du phénomène. Voici donc les principaux types d’objets observés.

1° Le grand cigare de nuées. Il a été décrit dans les mêmes termes des dizaines de fois dans toutes les parties du monde, de la Tasmanie aux U.S.A., et en France comme ailleurs. Voici les dépositions de témoins ayant observé le grand cigare de nuées le 14 septembre 1954 dans la région de Saint-Prouant, petit village de 300 habitants en Vendée[7]:

a) M. Georges Fortin, trente-quatre ans (en 1954), cultivateur au lieu dit La Gabelière.

«Il était environ 17 heures. Je travaillais dans les champs avec mon ouvrier quand tout à coup, de l’épaisse couche nuageuse où menaçait l’orage, nous vîmes sortir une sorte de nuée lumineuse d’un bleu violet dont les formes régulières évoquaient celles d’un cigare ou d’une carotte. Le phénomène avait littéralement émergé de la couche de nuages en position horizontale, légèrement incliné vers le sol la pointe en avant — comme un sous-marin en train de plonger. Ce «nuage» lumineux en forme de carotte avait un aspect rigide. Chacune de ses manœuvres (qui n’avaient aucun rapport avec le mouvement des -nuages eux-mêmes) s’opérait d’un bloc, comme s’il se fût agi en réalité d’un gigantesque engin entouré de vapeurs. Il descendit assez rapidement sous la voûte des nuages jusqu’à une altitude qui, par comparaison avec eux, nous parut de 400 ou 500 mètres et, nous sembla-t-il, à moins d’un kilomètre de nous. Il stoppa alors, tandis que sa pointe s’élevait rapidement vers le ciel. Ayant atteint la position verticale, il s’immobilisa.

»Tout à coup, de l’extrémité inférieure de la nuée, jaillit une fumée blanche exactement semblable à une traînée de condensation. Elle piqua d’abord vers le sol, comme filée par une invisible navette qui serait tombée en chute libre, puis ralentit progressivement en amorçant un redressement et remonta enfin en décrivant autour de l’objet vertical une spirale ascendante qui l’enserrait dans son évolution. Tandis que l’arrière de la traînée se dissolvait rapidement dans l’air, emporté par le vent, sa pointe s’atténuait et s’affinait de plus en plus, sans que l’objet qui la lâchait dans l’air, et que nous ne distinguions toujours pas, perdit de sa vitesse, au contraire. Il remonta ainsi en tournoyant jusqu’à la pointe supérieure de l’objet vertical, puis commença à redescendre en tournoyant dans l’autre sens. Et c’est alors que, la traînée ayant totalement fondu, nous aperçûmes enfin l’objet qui la «semait»: c’était un petit disque métallique brillant comme un miroir et réfléchissant par éclats dans ses mouvements rapides la lumière du grand objet vertical.

»Débarrassé de sa traînée, le petit disque cessa presque aussitôt de tournoyer autour de la nuée et redescendit vers le sol, mais cette fois en s’éloignant. Pendant de longues minutes, nous le vîmes qui survolait la vallée.

»… Il parcourut en tous sens la région comprise entre Saint-Prouant et Sigournais (villages distants d’environ 7 kilomètres à vol d’oiseau). Enfin, alors qu’il était à plus d’un kilomètre de l’objet vertical, il accéléra une dernière fois dans sa direction, cette fois à une vitesse vertigineuse, et disparut comme une étoile filante dans la partie inférieure d’où il était sorti. Une minute après peut-être, la «carotte» s’inclina en démarrant, accéléra et disparut au loin dans les nuages, ayant repris sa position horizontale primitive, la pointe en avant. Le tout avait duré environ une demi-heure»

b) Aux côtés de M. Fortin se trouvait son ouvrier, M. Louis Grellier, trente-six ans. Interrogé séparément, il fait un récit identique, précisant quelques-détails sur les virevoltes du disque.

c) Mme Veuve Pizou, soixante-sept ans, sa fille et un ouvrier, qui se trouvaient à un demi-kilomètre de là, mais derrière un rideau d’arbres et plus haut en altitude, décrivent toute la manœuvre d’arrivée et de départ, voient les virevoltes de la traînée, mais non les manœuvres de l’objet débarrassé de sa traînée, car à ce moment-là la pointe inférieure de la nuée était cachée par le rideau d’arbres. Toute la partie commune concorde.

d) Une dizaine de personnes de Saint-Prouant, plus éloignée encore, font la même description que Mme Pizou: la partie basse de l’objet, au moment de son stationnement vertical, était cachée par les arbres et les bâtiments.

e) En revanche, les paysans des fermes et des hameaux de la vallée, ou dispersés dans les champs entre Saint-Prouant et Sigournais, confirment tous le récit des premiers témoins. Les uns ont vu le cigare arriver et s’incliner vers eux, d’autres à droite, d’autres à gauche, selon les lieux où ils se trouvaient. En tout, il y eut plusieurs centaines de témoins à La Libaudière, à Chassay, au Coudrais, à La Godinière, etc…

Tel est le grand cigare de nuées. Il a, je l’ai dit, été décrit un grand nombre de fois dans des termes identiques et dans tous les pays du monde. En France, il fut aperçu pendant la vague de 1954 très près de Paris: dans la nuit du 22 au 23 août à Vernon, et le soir du 12 septembre, vers 19h30, en plein jour, par une foule de témoins du sud de Paris, à Saint-Chéron, à Arpajon, sur la nationale 7, à Chailly-en-Bière, etc. La description est toujours la même. Hors de France, je pourrais citer une foule de cas. Par exemple, le professeur Hynek a un dossier sur un cas observé le 11 avril 1964 aux États-Unis. Parmi les témoins, un ancien pilote de l’U.S. Air Force qui put observer avec des jumelles tout le manège décrit dix ans plus tôt par les paysans vendéens.

2° La soucoupe-méduse. C’est un très curieux objet de petite dimension, lui aussi décrit de façon identique par des milliers de témoins divers dans le monde entier. Voici une observation française (Mystérieux objets célestes, p. 344);

«Le 14 avril 1957, à 15 heures, Mmes Garcin et Rami, de Vins (département du Var), se promenaient sur la départementale 24, non loin du château de ce village, lorsqu’un assourdissant vacarme métallique les fit se retourner. À quelques dizaines de mètres, elles aperçurent un petit engin métallique en forme de toupie, hémisphérique par-dessus, conique par-dessous, qui survolait lentement, à deux ou trois mètres du sol, le carrefour de la départementale 24 et de la route de Vins. Le cône inférieur était formé d’un faisceau de tigelles lumineuses multicolores et parallèles, agitées d’un mouvement rapide, et le vacarme provenait d’un des deux panneaux indicateurs du carrefour, qui lui aussi vibrait brutalement, comme s’il y avait eu résonance entre le mouvement des tigelles et celui du panneau.

»Les deux femmes crièrent, épouvantées. Sur la colline voisine, à 300 mètres de là, un autre témoin, M Boglio, entendit le vacarme et les cris. Croyant à un accident d’auto, il courut vers le carrefour et aperçut lui aussi l’engin, qu’il décrivit en termes identiques. à ce moment, l’objet, qui était descendu au ras du sol, fit un bond et survola un deuxième panneau indicateur qui lui aussi se mit à vibrer en produisant le même vacarme. Poursuivant son vol, mais en silence, l’engin parcourut 200 mètres environ, se rapprocha une nouvelle fois du sol, peut-être à le toucher, stoppa quelques secondes, puis fit un deuxième bond, accéléra et disparut vers le Sud-Est à une vitesse modérée.»

La «soucoupe-méduse» a été observée de très près des dizaines de fois tout au long de l’année dernière aux États-Unis. Le 14 août par un policier à Missoula dans le Montana; le 14 juillet à Gainesville dans l’Atlanta; le 25 mai, à Morgantown dans la Virginie occidentale; le 20 juillet sur une route de l’Illinois, à 4h45 du matin (observation particulièrement précise, où les «tigelles multicolores» furent vues successivement de côté, de face, puis encore de côté, à la faveur du «bond» également signalé ici); le 29 juin sur la route nationale 59, en Géorgie (observation également circonstanciée), etc…

Le 7 juillet, autre observation remarquable à Tallulah Faals, en Géorgie. à 21 heures, les habitants de trois maisons voisines, qui regardaient la télévision, voient l’émission tellement perturbée (à la fois sur les trois postes) qu’ils renoncent à suivre le programme et vont s’asseoir dehors. C’est alors que simultanément, tous les témoins (neuf en tout) aperçoivent à une centaine de mètres de là un objet «en forme de toupie» se déplaçant «à hauteur d’arbre». L’objet arrive au-dessus du jardin d’une Mme Mickman et stoppe. La partie inférieure est d’un rouge brillant. Sur la partie supérieure on voit une rangée de trois lumières: rouge, blanc, rouge. Les lumières rouges clignotent. Le dessus a la forme d’un bol renversé. Soudain, les trois lumières supérieures s’éteignent tandis qu’une brillante lumière verte s’allume à la base, illuminant le paysage. Une puissante odeur se répand alors dans les environs (phénomène signalé un grand nombre de fois, et notamment en France). Le shérif du comté, A.J. Chapman, arrive un instant plus tard, alors que l’odeur est encore là. Le lendemain, les deux témoins les plus rapprochés, Mme Mickman et sa fille, ont le visage et les bras rouges et brûlants, les paupières enflées (Notons également, en Géorgie, une autre observation une semaine plus tôt, avec également violente odeur et lueurs colorées. Mais ici, détail intéressant, l’objet s’était approché d’une voiture sur laquelle un test de radioactivité se révéla positif)

Arrêtons là les témoignages sur cet objet particulier. Ils sont innombrables et concordants. On pourrait, dès maintenant, consacrer un livre entier à la soucoupe-méduse, et notamment aux effets physiques qu’elle développe dans son environnement.

3° Le dôme. Là aussi, les témoignages sont innombrables et concordants, sauf pour les dimensions, qui présentent une grande diversité. Cet objet a été observé une foule de fois au sol, notamment en France. C’est apparemment lui qui a été vu si souvent sortant par la base du cigare de nuées. Le «dôme» a été observé très souvent au-dessus des bases spatiales américaines, et même au sol, tout près de ces bases jalousement surveillées par le F.B.I., notamment sur celles de Holloman et White Sands. À Socorro, un policier tira même sur l’un d’eux le 24 avril 1964, et la balle rebondit sans produire le moindre effet. L’objet avait laissé au sol d’importantes traces, qui furent relevées par le F.B.I. Le policier avait eu le temps de remarquer sur la paroi du dôme une sorte de dessin, dessin qui fut encore signalé par l’équipage d’un B-57, le 30 avril, sur un objet identique aperçu en vol près de la base de Holloman.

Les passagers. Eh oui, les passagers! Eux aussi ont été observés, et parfois de très près, en d’innombrables occasions, à proximité du «dôme», y entrant ou en sortant. Le policier de Socorro, notamment, eut le temps de les voir avant qu’ils regagnent leur engin. La description des passagers et l’analyse des détails indiqués unanimement (par des sauvages de Nouvelle-Guinée, par des officiers américains, par des paysans français, par des chasseurs amazoniens) pourraient aussi remplir un livre entier. Indiquons brièvement que la taille est petite (1,20 mètre et même moins), que le corps est entièrement recouvert, tête comprise (si tête il y a), par une sorte de scaphandre d’un gris argenté, que le casque recouvrant la «tête» est transparent et qu’il laisse apercevoir une face sombre, comme recouverte de poils, large, avec des yeux très vastes et très écartés (si ce sont des yeux), que les «bras» sont très longs, la démarche curieuse et «sautillante».

Arrêtons là notre incursion dans le domaine des «objets non identifiés». On aura compris, j’espère, la quasi insurmontable répugnance que le spécialiste éprouve à parler de ces choses-là: c’est qu’il n’ignore pas ce qu’elles ont de trivial pour l’imagination, d’apparemment absurde, de choquant pour le bon sens. Quoi, des êtres venus d’un autre monde seraient là, quasi constamment, non seulement sur nos têtes, repérés par les radars, mais souvent au sol même, dans les campagnes françaises, américaines, soviétiques (car il y a des observations, et au sol, en U.R.S.S.), et ces êtres observeraient un silence total? Ils ne prendraient pas contact avec les hommes? Ils n’éprouveraient nul besoin de communiquer avec nous? Je sais combien de telles affirmations sont incroyables (car on peut me croire ou non, mais je sais, et tous ceux qui ont étudié la question savent, que c’est là la stricte, l’incompréhensible vérité).

Elles sont incroyables, oui. Mais réfléchissons. Supposons que cela soit vrai. Ces êtres, donc, sont là. Ils ont traversé d’immenses espaces pour venir. Ils sont donc très en avance sur nous et leur comportement est le produit d’une pensée par définition supérieure à la nôtre. Mais une pensée supérieure à la nôtre, qu’est-ce à dire?

Qu’elle échappe à nos catégories, qu’elle a toutes les apparences de l’absurde. Dans quels abîmes de réflexion entrons-nous ici! Aussi absurdes que nous paraissent les soucoupes volantes, leur absurdité même est conforme à la logique: dès l’instant que leur existence est prouvée (et seuls peuvent croire qu’elle ne l’est pas ceux qui n’ont jamais étudié la question), c’est à l’absurde que nous devons nous attendre. Nul plus que moi ne reconnaît, et avec-plus d’amertume, que sur ce point nous sommes servis.

Car nous touchons là le cœur de l’affaire du point de vue humain. Ceux qui connaissent le problème savent qu’il n’en est pas de plus important pour l’avenir de notre planète et de la race humaine. Rien ne nous importerait davantage que de savoir ce qu’ «ils» viennent faire, qui «ils»» sont et d’où «ils» viennent. Or, cela, nous ne le saurons sans doute jamais si nous ne le cherchons pas. On dira que L’U.S. Air Force cherche, que des savants dans le monde entier, plus ou moins clandestinement, cherchent. Oui, certes. Mais ils sont trop peu nombreux et sans organisation: la solution du problème est une affaire à l’échelle humaine planétaire. Voilà pourquoi finalement, et en dépit du discrédit que j’en retirerai, j’ai écrit ces lignes. Il y a une conscience à éveiller. Si vingt des lecteurs de cet article ont un peu éprouvé cet éveil, je ne regrette rien.■

Notes:

(1) Aimé Michel: Lueurs sur les soucoupes volantes, Paris 1954 (épuisé).
(2) Le théodolite est un instrument de visée comportant une lunette d’approche et permettant de relever les angles.
(3) Major E. Ruppelt: Report on U.F.O.s. (c’est-à-dire «Rapport sur les objets volants non identifiés»), Gollancz éditeur, Londres.
(4) A preliminary Study of unidentified targets observed on air traffic control radars, Technical Report n°180. Civil Aeronautics Administration and Evaluation Center, lndianapolis, lndiana, May 1953, page 2.
(5) Aimé Michel: Mystérieux objets célestes, Arthaud (épuisé).
(6) Jacques Vallée: Anatomy of a Phenomenon, Henry Regnery éditeur, Chicago.
(7) Extrait de mon livre Mystérieux objets célestes, p. 29.

 

N.B.- Cet article a été publié dans «Atlas-Histoire» d’août 1965, qui est en vente chez les marchands de journaux.