Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Soucoupes volantes - L’étrange découverte d’Aimé Michel

 Article paru dans Science et Vie N°485 de février 1958

On parle des soucoupes depuis dix ans. Depuis son article de 1951, «Science et Vie» n’a pas publié une ligne sur le sujet. Non pas parce que nous avions pris position «contre»: nous estimions simplement qu’il n’y avait rien de solide, de scientifique, à dire sur le sujet. Publier des récits de témoins? Les journaux y suffisaient. Échafauder des hypothèses? Ce n’est pas notre rôle. Nous étions certains que si vraiment les soucoupes volaient ailleurs que dans l’imagination des gens, une preuve tangible apparaîtrait tôt ou tard. Nous avions déjà lu, en 1954, le livre d’Aimé Michel intitulé «Lueurs sur les soucoupes volantes»[1]. En 1958, ces lueurs se sont transformées en une certitude. Aimé Michel a travaillé trois ans à élucider la vague d’observations de l’automne 1954. Exaspéré et patient, plein de méfiance envers les «récits» et envers lui-même, il a abordé le problème de manière scientifique: qu’est-ce qui était vrai dans tout cela? Uniquement des coupures de journaux, qui s’empilaient sur sa table, jour après jour. Ces récits imprimés étaient des objets tangibles, auxquels il pouvait appliquer une analyse. Pendant des mois, il n’obtint rien. Puis, brusquement, une révélation: il était tombé sur la preuve que derrière les récits il y avait quelque chose de réel. Qu’un phénomène inexplicable mais authentique se produisait. Lequel? Aimé Michel est un scientifique. Il refuse énergiquement d’aller plus loin. Ce que sont les soucoupes volantes, nous n’en savons rien. Mais nous sommes certains maintenant qu’il y a quelque chose. Aimé Michel vous dit pourquoi.

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Aimé Michel nous explique…

Des centaines d’observations ont été faites… on ne sait pas ce qu’elles valent 

L’AUTOMNE de 1954: 3 mois étonnants, étranges.

De la mi-août à la mi-novembre, des centaines de milliers de personnes affirmèrent avoir vu des objets, qui, si l’on choisissait de croire leur témoignage, n’étaient manifestement ni des avions, ni des ballons-sondes, ni des météores, ni des mirages provoqués par des inversions de la température atmosphérique, ni des hélicoptères, ni rien de connu.

Chaque jour, les journaux rapportaient des dizaines de cas, aussi stupéfiants qu’improbables, provenant de «témoins» de toutes sortes. De mon côté, je reçus des monceaux de lettres. Grâce à la diffusion de mon livre, je pus établir dans les principaux pays de l’Europe occidentale un réseau de correspondants qui firent remplir des questionnaires par ceux qu’avait favorisés l’étrange phénomène, et me les envoyèrent.

Vers la fin de la vague (décembre), mon impression était la suivante: dans une proportion très forte, ces témoignages étaient rebelles à toute critique scientifique. Je veux dire par là, qu’ils se présentaient à l’examen sans le moindre commencement de preuve. On pouvait repousser la majorité d’entre eux sans enfreindre aucune règle de la critique historique. En revanche, leur nombre et leur concordance créait à la longue une sensation de malaise. Puis, le 16 décembre, le professeur Heuyer, psychiatre de valeur, présenta à l’Académie de Médecine un essai d’interprétation: toutes ces histoires, expliquait-il en substance, peuvent se ramener à une aberration connue sous le nom de «délire à deux». Une idée aberrante s’installe dans les conversations quotidiennes de deux individus à cerveau débile, prend peu à peu consistance, puis gagne les voisins, envahit jusqu’à des esprits sains, et de là, déferle enfin sur des millions de personnes contaminées de proche en proche: la vague de prétendues observations des dernières semaines ressortissait à la psycho-pathologie collective et à elle seule.

Personnellement, il me parut sage d’admettre en première instance cette explication classique: avant d’en chercher une autre, pensais-je, il faut que l’évidence apparaisse que celle-là est insuffisante. Mais cette attitude impliquait une réserve, à savoir qu’avant d’admettre définitivement la thèse du professeur Heuyer, mon devoir était d’enquêter aussi largement que possible sur les événements de cet automne démentiel.

Des histoires impossibles

Pendant les deux années qui suivirent, tandis que je multipliais les enquêtes, les déplacements, les entretiens avec les témoins, et que j’entassais un des plus monstrueux dossiers d’»histoires impossibles» sans doute rassemblées à ce jour, une idée se fit jour peu à peu dans mon esprit. Certes, pensai-je, il y a bien peu de chances que l’essentiel de tout cela corresponde à une réalité; et pourtant, si c’était vrai, rien au monde peut-être ne serait plus important pour nous que de le savoir. Dès lors, ne serait-il pas intéressant de considérer que le phénomène à étudier est, non pas la prétendue soucoupe volante, mais le récit lui-même? Oublions toutes ces soucoupes, et ne retenons qu’une chose: telle personne, à tel endroit et telle date, raconte ceci ou cela. N’existe-t-il pas, reliant entre eux tous ces récits, des lois qui ne seraient pas les mêmes selon que ces récits sont véridiques ou non?

Poussant plus loin ces réflexions, j’en vins, vers novembre 1956, à des idées un peu plus précises. J’avais alors terminé mon enquête, non que je pusse affirmer avoir contacté tous les «témoins»; mais mes moyens de recherche avaient donné tout ce qu’ils pouvaient donner. Je me rappelai alors un conseil que m’avait donné Jean Cocteau deux ans plus tôt:

— Tu devrais chercher, m’avait-il dit, si toutes ces soucoupes n’obéissent pas à quelque ordre que nos yeux, à première vue, ne pourraient soupçonner.

Autrement dit, il ne me restait plus qu’à étudier le «comment» des choses.

Il m’apparut tout d’abord que, si les soucoupes volantes étaient ce qu’on pensait — c’est-à-dire un mélange de phénomènes classiques non reconnus par les témoins (halos, bolides, météorites, ballons-sondes, avions, hélicoptères, Vénus, Mars, etc.), de mensonges, d’hallucinations et de facéties — la répartition des observations sur une carte devrait être conforme aux strictes lois du hasard: leur nombre et leur fréquence en un lieu seraient proportionnels par exemple au peuplement, à la limpidité du ciel, à l’enthousiasme du journal local, voire à l’éthylisme de la région, mais ces mêmes observations seraient notées n’importe où. Portées sur une carte, elles offriraient aux yeux le spectacle d’un joli désordre, la densité de peuplement du nord de la France étant sans doute compensée dans le sud par la pureté du ciel et l’imagination méditerranéenne.

Je pris donc une carte de France au millionième, et passai de longues semaines à y repérer exactement tous les récits de mes dossiers.

Quand ce travail fut terminé, je piquai en chaque endroit une punaise de couleur, et contemplai le résultat. Je m’attendais à partir de ce moment à un travail long et à des résultats incertains. Comment apprécier l’enthousiasme relatif de la Dépêche de Toulouse et du Berry Républicain? Comment tirer des inévitables statistiques un enseignement décisif, comment en soupçonner les lois?

Le premier coup d’œil confirma mes craintes. Toute la France avait vu des soucoupes volantes. La densité des punaises ne suggérait aucun point, aucune disposition remarquable. C’était bien le chaos irrémédiable prévu par les interprétations les plus sceptiques.

Je ne rapporterai pas ici toutes mes tentatives pour trouver une issue: élimination des cas les plus douteux (mais où commence l’invraisemblable?), classement à part des observations nocturnes et diurnes, etc., tout cela ne donnant rien. Finalement, ayant épuisé en vain les ressources de mon imagination sur la carte au millionième, je décidai de tout reprendre à zéro région par région.

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 Des lignes droites sur la France

Et c’est alors qu’étant arrivé à la région comprenant la Bourgogne, le Lyonnais et la Franche-Comté, j’eus pour la première fois l’impression de distinguer quelque chose de singulier, d’anormal. De Poligny jusqu’à un point situé un peu au sud de Gueugnon, en Saône-et-Loire, cinq punaises présentaient une disposition rigoureusement rectiligne sur une distance de 130 kilomètres. Le long de cette ligne se situaient successivement d’est en ouest les observations du Bois de Poligny, de Saint-Germain-du-Bois, de Saint-Romain-sous-Gourdon, de Ciry-le-Noble (Départementale 60), et enfin du Bois de Chazey (Départementale 25).

Très intéressé, je cherchai dans mes dossiers à quoi correspondaient ces observations. Première surprise: toutes étaient datées du même jour, le 14 octobre, et s’échelonnaient dans le temps entre 18h30-35 (Poligny) et 19h35 (Bois de Chazey).

Deuxième surprise, de taille celle-là: sur ces cinq observations, une à la rigueur pouvait être prise pour un bolide (Poligny) alors que les quatre autres étaient, la première (Saint-Germain-du-Bois) un objet lumineux immobile et posé au sol, la deuxième un objet lumineux immobile, posé au sol, bloquant un moteur et éteignant un phare (Saint-Roman-sous-Gourdon), la troisième un objet lumineux survolant la campagne à vive allure au ras des arbres (Départementale 60), la quatrième enfin un objet semblable bloquant un moteur et éteignant des phares.

J’étudiai alors cette ligne droite de 130 kilomètres: l’alignement, absolument rigoureux pour le Bois de Poligny, Saint-Germain, Saint-Romain et Chazey, présentait un écart de quelques centaines de mètres pour l’observation de la Départementale 60: la ligne passait un peu au sud de l’endroit où se trouvait le témoin. Or, précisément, ce témoin déclare que «l’engin le survola légèrement sur la droite (il roulait d’ouest en est: sa droite est donc le sud) à basse altitude, et poursuivit sa route vers l’ouest (exactement l’orientation de la ligne), où il resta visible plusieurs minutes avant de disparaître dans le lointain».

Pour échapper à une aussi merveilleuse série de coïncidences (car, pour rester fidèle à l’interprétation aléatoire, c’est bien de coïncidence qu’il faut parler), je crus d’abord que cette ligne droite était unique, et qu’on pouvait l’expliquer par le déplacement d’un hélicoptère qui se serait posé à Saint-Germain et à Saint-Romain, les détails trop beaux ayant été ajoutés par des témoins imaginatifs. Au lieu de piquer sur ma carte toutes les observations de la saison, pourquoi ne pas essayer de sérier les jours, de ne piquer que les punaises du 14. Mais le fait que tout cela se fût passé le 14 octobre me suggéra ensuite une autre idée: puis, les ayant ôtées, celles du 15, et ainsi de suite? Le désordre apparent ne résultait-il pas d’un mélange de plusieurs ordres? Quelques heures de travail me suffirent à constater que, le 14 octobre, un autre alignement tout aussi rigoureux que le premier apparaissait sur la carte, de quatre observations celui-là: Poligny (déjà sur le premier alignement), Palleau (Saône-et-Loire), Meursanges (Côte-d’Or), et enfin, à 460 kilomètres de cette dernière localité, Méral, dans le département de la Mayenne. Palleau et Meursanges étaient des observations aériennes, Méral était encore une observation au sol…

Je repris alors par le début l’étude jour après jour de tous les cas rapportés depuis le mois de septembre:

Jeudi 23 septembre. Cinq groupes d’observations: Paris-Malakoff, Le Puy, Porrentruy (Suisse), Lux (Côte-d’Or), route départementale 58 au nord de Bourges (Cher); trois de ces cinq groupes (les trois derniers) étaient disposés en ligne droite.

Vendredi 24 septembre. Neuf groupes d’observations: Lantefontaine (Meurthe-et-Moselle), Le Puy (pour la deuxième fois en 48 heures), Langeac (Haute-Loire), Tulle (Corrèze), Ussel (Corrèze), Gelles (Puy-de-Dôme), Vichy (Allier), Lencouacq (Landes), Bayonne (Basses-Pyrénées).

Sur la carte au millionième, de projection Bonne (la Michelin des grandes routes), joignons Bayonne à Lencouacq, et suivons la droite ainsi tracée dans son prolongement vers le nord-est: elle nous mène successivement à Tulle, puis à Ussel, puis à Gelle, et enfin à Vichy. Sur les neuf observations de ce jour, six sont donc situées sur une droite unique longue de 480 kilomètres. Parmi ces six observations, on note un «atterrissage» (Lencouacq), et un objet lumineux stoppant plusieurs minutes à quelques mètres du sol (Ussel), d’où il calcine les feuilles d’un arbre.

Samedi 25 septembre. Une seule observation, à Mansle (Charente).

Dimanche 26 septembre. Trois cas très bien rapportés. Croix du Nivolet (sud-est du Bourget-du-Lac), Chabeuil (Drôme), Foussignarques (Gard). Les observations de ce jour sont d’un intérêt capital.

1° L’objet de la Croix du Nivolet a été vu d’assez loin, puisque les témoins se trouvaient au Bourget-du-Lac. Or, les trois observations s’alignent parfaitement, à condition qu’on croie les témoins du Bourget lorsqu’ils disent avoir vu l’objet au-dessus du Nivolet. En effet, la ligne joignant Foussignargues à Chabeuil passe sur cette montagne; l’alignement s’effondre si on essaie, au contraire, de l’appliquer aux lieux où se trouvent les témoins. Autrement dit, la ligne passe exactement là où les témoins localisent l’objet.
2° Foussignargues et Chabeuil sont deux atterrissages, et celui de Chabeuil est un des classiques de l’histoire des soucoupes volantes, à cause de son caractère dramatique (traces au sol, branches brisées, témoin malade de peur pendant plusieurs jours, enquête de gendarmerie concluant à l’absence d’explication).
3° Le témoin de Chabeuil, une femme, précise la direction où elle aurait vu disparaître l’engin: cette direction mène droit au Nivolet.
4° À Foussignargues, les témoins, nombreux, ne se connaissent pas: parmi eux se trouvent des automobilistes circulant sur les routes voisines.

Lundi 27 septembre. L’objet de Foussignargues fut observé dans la nuit de dimanche à lundi. Pendant la journée du lundi, on note les observations suivantes: nord de Paris, la Varenne, Froncles (Hte-Marne), divers villages des environs de Perpignan, Lanta (Hte-Garonne), Lemps (Ardèche), Le Sauzet (nord de Montélimar), Prémanon, dans le Jura, enfin Rixheim (Haut-Rhin).

Près de Perpignan, on relève un «atterrissage» sur la route de Lassus. Ce point étant exactement connu, joignons-le à Foussignargues. La droite ainsi engendrée passe entre Le Sauzet et Lemps, exactement là où les témoins localisent leur «objet», survole Prémanon et atteint Rixheim, ayant traversé sans dévier, avec une totale rigueur, l’étendue de la France des Pyrénées-Orientales au Haut-Rhin, en collectant les récits de dizaines de témoins.

Joignons Rixheim à Froncles: la ligne passe sur le nord de Paris et au-dessus de La Varenne. De toutes les observations de la journée, seule finalement celle de Lanta se révèle résolument erratique. Toutes les autres se situent sur deux droites se coupant à Rixheim.

Il est curieux de constater que Foussignargues, chronologiquement située entre le 26 et le 27, se trouve à la fois sur les alignements de ces deux jours. C’est un cas exceptionnel.

L’heure critique

On peut ainsi poursuivre jour après jour jusqu’à la deuxième quinzaine d’octobre. Le résultat est toujours le même: la plupart des observations, dans une proportion qui dépasse souvent 90 %, se situent sur des lignes droites valables 24 heures seulement, l’heure critique où les droites d’un jour s’effacent pour faire place à de nouvelles droites se situant vers une heure du matin.

À partir du 2 octobre, le nombre d’observations quotidiennes augmente de façon vertigineuse. Le 3 octobre, on compte des centaines, et probablement des milliers de «témoins». Et les lieux d’observations continuent à s’aligner, formant des réseaux très caractéristiques dont la disposition évoque une toile d’araignée, avec une sorte de centre en étoile d’où rayonnent la plupart des droites. Une forte proportion de cas se situent, en outre, sur plusieurs alignements différents (à leur intersection).

Un exemple de cette disposition aussi complexe que rigoureuse est offert par les observations du 7 octobre (voir carte).

Ce jour-là, sur le territoire de la France, des centaines de «témoignages» permettent de localiser 23 points d’observation, dont un seul erratique dans la région de Toulouse. Les 22 autres s’organisent en 17 alignements:

— Un de sept points: Cherbourg; La Ferté-Macé; Saint-Jean-d’Assé; Nationale 23, à l’est du Mans; Lavenay; Montlevic; et enfin Cassis.

— Trois de quatre points:

a) Marcillac; Puymoyen; Montlevic; Corbigny.
b) Isles-sur-Suippe; Montlevic; Bournel; Montpezat.
c) Saint-Savinien; Saint-Plantaire; Montlevic; Jettingen.

— Enfin, treize alignements de trois points. On peut, à première vue, se demander si des alignements de trois points exigent une explication autre que le hasard. Mais à la réflexion, le hasard se révèle insuffisant. En effet:

1° Sur la carte au millionième utilisée pour cette étude, la précision des alignements est de l’ordre du millimètre, équivalent à un kilomètre, pour des distances dépassant parfois 1’000 kilomètres;
2° Mais surtout, il faut souligner que la plupart des points se trouvent à la fois sur plusieurs alignements (à leurs intersections): quand on jette deux points sur une surface, on obtient une droite; si c’est quatre points que l’on jette, on obtient six droites (les côtés d’un quadrilatère et ses diagonales), déterminant, outre les quatre points primitifs, trois points d’intersection au maximum; dès lors, si l’on jette trois nouveaux points au hasard, combien de chances a-t-on que ces points tombent précisément sur les intersections? Pratiquement aucune. La réalisation par le hasard d’une telle disposition est donc très hautement improbable. Si la coïncidence se reproduit régulièrement chaque jour pendant des semaines, l’explication par le hasard devient pratiquement impossible.
3° Enfin (et c’est peut-être là le côté le plus troublant de l’affaire), comment expliquer par le hasard que cette disposition ne dure que 24 heures?

L’analyse approfondie de tous ces alignements dépasse le cadre d’un article. Un simple coup d’œil sur la carte correspondante est d’ailleurs plus éloquent qu’un long discours. On y découvre cette disposition, que j’ai appelée provisoirement «orthoténie»[2], en attendant que des études ultérieures permettent, s’il y a lieu, de la rattacher à quelque phénomène déjà connu et nanti d’un nom existant dans le dictionnaire.

Provisoirement, donc, l’«orthoténie» est la disposition rectiligne, engendrant des réseaux, de l’immense majorité des observations de soucoupes volantes de l’automne 1954. Cette disposition est si étonnante que l’on doit, a priori, adopter à son égard une méfiance systématique. Avant de la reconnaître pour un fait réel, on doit envisager tous les moyens possibles de la récuser.

Le 7 octobre 1954, la France est sillonnée d’observations… en ligne droite

 

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1. CHERBOURG …On a vu des globes lumineux! (Paris-Presse – 10-10-1954)
2. DUCLAIR …M. X, aveuglé par un faisceau lumineux, rouvrit les yeux, vit une boule qui disparut en quelques minutes. (Parisien Libéré – 9-10-54)
3. ISLES-SUR-SUIPPES …au bord de la route, un objet de plus de 3 m de long comme un gros obus percé de hublots… (Paris-Presse – 10-10-54)
4. PLOZEVET …vive lueur, fumée dense… (France-Soir – 10-10-54)
5. SAINT-BIHY …des globes lumineux… (France-Soir – 9-10-54)
6. LA FERTÉ-MACÉ …un engin mystérieux, qui s’élevait à la verticale, laissant derrière lui une traînée blanche… (Black out sur les soucoupes volantes, Jimmy Guieu, Éditions du Fleuve Noir)
7. HENNEZIES …Un «astronef» et ses occupants aperçus par deux enfants… Objet en forme d’œuf, rouge, le haut pointé vers le ciel… (Black out sur les soucoupes volantes, Jimmy Guieu, Éditions du Fleuve Noir)
8. SAINT-ÉTIENNE …trois engins dégageaient une violente lumière blanche; – un des engins était rond comme une soucoupe, les deux autres allongés comme des cigares. (France-Soir – 9-10-54)
9. SAINT-JEAN-D’ASSÉ …une lueur d’un bleu intense… (Aurore – 9-10-54)
10. BALLON …des étoiles grosses comme la Lune (sic!). (France-Soir – 9-10-54)
11. LAVENAY …un œuf volant… (France-Soir – 9-10-54)
12. DORDIVES …un objet bizarre… (France-Soir – 9-10-54)
13. CHALETTE …un engin ovale lumineux. (France-Soir – 9-10-54)
14. LES AUBIERS …un disque rouge… (France-Soir – 9-10-54)
15. CORBIGNY Appareils de forme cylindrique, émettant des lueurs rouge-orange lorsqu’ils se trouvaient à l’horizontale et d’un blanc éblouissant lorsqu’ils montaient à la verticale. (Aurore -8-10-54)
16. BERUGES …un champignon illuminé… (France-Soir – 10-10-54)
17. SAINT-SAVINIEN …un disque lumineux. (Sud-Ouest – 14-10-54)
18. SAINT-PLANTAIRE
19. MONTLEVIC …soucoupes, cigares, globes lumineux et disques volants… (Paris-Presse – 9-10-54)
20. JETTINGEN …une coupole demi-sphérique. (France-Soir -10-10-54)
21. PUYMOYEN …à l’endroit où avait atterri une soucoupe, douze petits tas de cendre au milieu d’un cercle de 1, 50 m et, parmi les cendres, des bâtonnets… (Paris-Presse – 9-10-54)
22. MARCILLAC …forme d’entonnoir renversé. (Combat – 12-10-54)
23. BOURNEL …forme circulaire… (Combat – 12-10-54)
24. MONTPEZAT …un cercle lumineux, orange… (Combat – 12-10-54)
25. BEAUVOIR …un engin mystérieux évoluant à une assez faible vitesse. (Parisien Libéré – 9-10-54)
26. MONTEUX …un engin phosphorescent et de 2, 50 m de hauteur… (Presse locale – oct. 54)
27. BOMPAS …une formation de soucoupes… (Black out sur les soucoupes volantes,Jimmy Guieu, Éditions du Fleuve Noir)
28. CASSIS …l’objet, qui semblait en aluminium, était très brillant. (Provençal)

 Les alignements existent. Que signifient-ils? Mystère…

Le dossier n’est pas truqué

Première question à se poser: Est-il exact que les points d’observation s’alignent comme il est dit dans cet article?

Pour le contrôler, il suffit de rechercher les points en question sur une carte choisie de telle manière que les droites de la carte correspondent aussi exactement que possible aux grands cercles terrestres dans le lieu considéré. Pour la France, c’est la carte au millionième, projection Bonne, offerte dans le commerce par Michelin (carte Michelin n° 989). On localise les points en les cherchant dans un dictionnaire des communes, par exemple celui de Berger-Levrault.

Deuxième question: L’auteur n’a-t-il pas inventé tout ou partie de ces observations de façon à trouver des alignements? Pour permettre aux chercheurs de répondre à cette question, je n’ai utilisé dans mes recherches que les observations déjà rendues publiques.

Troisième question: L’auteur n’a-t-il pas choisi les observations qui s’alignent, créant ainsi un phénomène qui n’existerait pas si d’autres observations non rapportées rétablissaient le désordre exigé par le hasard?

Il est bien évident que je ne peux espérer avoir eu connaissance de toutes les observations, car beaucoup de témoins n’en ont rien dit. Mais j’ai utilisé dans mon travail toutes les observations rendues publiques, comme on pourra le contrôler en étudiant mon livre. Pour établir les cartes, je n’ai donc retenu que des cas publiés, et je les ai tous retenus. Il n’y a eu ni invention, ni choix. N’importe qui peut refaire intégralement le travail que j’ai fait: il lui suffira de consulter la collection des journaux de l’époque, en prenant bien garde toutefois aux dates de parution, non des journaux bien sûr, mais des phénomènes rapportés.

Nous en arrivons à l’aspect le plus délicat du problème posé par ces étranges alignements. Que signifient-ils?

J’ai montré en détail le résultat de mes recherches à plusieurs savants éminents, parmi lesquels deux Maîtres de Recherches au C.N.R.S. Il est bien fâcheux que l’orthoténie soit liée au «phénomène soucoupe», si discrédité, car tous ces savants, que je ne puis nommer, sont maintenant convaincus que les alignements trahissent un phénomène réel et original.

Réel, c’est-à-dire se déroulant objectivement dans l’espace, et non dans l’imagination des témoins.

Original, c’est-à-dire ne se rapportant à rien de connu jusqu’ici. Ni les avions, ni les ballons-sondes, ni les parhélies, ni les météores, ni les éclairs en boule, ni bien entendu les hallucinations, les mensonges, les inventions facétieuses, ne sont observées le long de lignes formant des réseaux. Il s’agit de quelque chose d’autre. Quoi?

À mon avis, nous ne sommes pas près de le savoir. Mais peut-être la mise en évidence de la superstructure géométrique révélée par la vague de 1954 incitera-t-elle enfin un plus grand nombre de savants à s’en inquiéter. Qu’il me soit permis d’en formuler ici le vœu. Personnellement, le discrédit qui s’attache à ces recherches commence à me peser. Il est accablant à la longue de porter sa curiosité comme un péché.

Aimé Michel

[1] Marne, éditeur.

[2] D’un mot grec signifiant «tendu en ligne droite».

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M. Aimé Michel publiera prochainement, chez Arthaud, un second ouvrage sur les soucoupes volantes.

 

Aux USA, on a trouvé aussi, après coup, des lignes droites

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Soucoupes volantes?… probablement pas 

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Ces photographies ne sont pas des preuves 

Nous avons choisi ces trois photographies, parce qu’elles sont typiques de tout ce qui a paru dans les journaux depuis dix ans: à première vue, elles sont «sensationnelles», mais elles n’ont aucune valeur, parce qu’il est absolument impossible de dire s’il s’agit d’un phénomène «non identifiable», d’un phénomène courant vu sous un aspect inhabituel (réflexion, halo, ballon-sonde, etc.), ou simplement d’un trucage photographique enfantin à réaliser. Ce qui ne veut pas dire que ce ne sont pas des «soucoupes volantes»…

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