Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Sur l’hypothèse extra-terrestre

Lumières dans la nuit n°164, avril 1977

par Aimé Michel

 

Les ufologues qui s’en tiennent à l’Hypothèse Extraterrestre (HET) sont souvent qualifiés de retardataires (car, dit-on, il existe maintenant d’autres hypothèses «moins simplistes») et accusés de magie, voire de mysticité (car supposer l’existence dans l’espace lointain ou proche d’êtres supérieurs à l’homme, c’est «réintroduire les anges» voire Dieu).

En réservant, soit provisoirement, soit plutôt, sans doute, définitivement, le fond de ma pensée sur le problème, je voudrais rappeler ici quelques faits qui sont des faits, et sur lesquels ceux qui croient encore devoir discuter perdent leur temps, faute d’information.

1 — L’HET n’appartient pas à l’ufologie ni aux ufologues. Ceux-ci ne sont pour rien dans l’élaboration et le développement de l’hypothèse, qui appartient à la Science, c’est à dire au corps des savants, lesquels, pour l’instant, se moquent de l’ufologie et des ratiocinations des ufologues.

En quoi consiste en effet l’H.E.T.? Pour le comprendre, rappelons-nous deux faits.

— L’automne dernier, la NASA a commencé la mise en place d’un projet appelé Search For Extraterrestrial Intelligence, ou SETI. Ce projet fort onéreux, et qui occupe nombre de savants de diverses disciplines (essentiellement des radio-astronomes et des informaticiens) part de l’hypothèse que les (ou certaines) intelligences extraterrestres plus avancées que nous utilisent peut-être encore pour communiquer entre elles, le rayonnement électromagnétique.

Mais où se situe exactement l’hypothèse que veulent tester les promoteurs du projet SETI? Non pas sur la question de savoir s’il existe des intelligences extraterrestres, idée que les savants actuels tiennent pour une quasi certitude théorique, un peu comme l’existence des antipodes quand on savait déjà indirectement que la Terre est ronde, mais qu’on attendait encore Magellan pour en faire expérimentalement la preuve. Ni sur la question de savoir si certaines de ces intelligences sont plus avancées que nous, ce qui découle d’une application de la statistique à l’idée précédente.

Ce que les radioastronomes de SETI veulent tester, c’est uniquement la question de savoir si ces intelligences ou civilisations plus avancées que la nôtre (dont l’existence théorique est admise) communiquent entre elles par voie électromagnétique. Ils sont donc en train d’installer un dispositif qui passera au crible, à toute allure, des milliers d’étoiles (et un peu plus tard des millions) pour essayer de détecter toute émission intelligemment modulée, éventuellement émise dans la bande comprise entre 1420 mégahertz et 1662 mégahertz. Pourquoi cette bande? Parce que c’est la seule qui dans l’espace ne soit pas encombrée par des émissions radio naturelle. Qu’en déduiront-ils s’ils échouent? Non pas qu’il n’existe dans l’espace aucune intelligence ou civilisation plus avancée que la nôtre, mais qu’elles utilisent des moyens de communication restant à découvrir. Car il n’existe plus personne chez les savants pour contester que le tableau actuel de la science conduit à tenir pour infiniment vraisemblable l’existence d’I.E.T. (Intelligences Extraterrestres) moins, autant, et plus avancées que nous, statistiquement.

Maintenant, pourquoi ces savants sont-ils si assurés que l’espace grouille très probablement d’IET?

Parce que pour donner à l’hypothèse contraire une certaine vraisemblance, il faudrait que la science se trompe sur un au moins des points suivants:

a) — que la formation des planètes autour de chaque étoile de type solaire est un fait normal, régulier, et d’ailleurs directement vérifié pour la majorité des étoiles proches.

b) — que les acides aminés (fondement de la vie) existent partout dans l’espace, ce qui est également montré par l’observation.

c) — que la vie apparaît chaque fois qu’un milieu convenable existe, ce qui n’est pas encore directement prouvé, mais qui est suggéré par cet autre fait, attesté sur terre, qu’effectivement la vie terrestre est apparue aussitôt que les conditions de son apparition ont été réunies.

d) — que la vie aussitôt apparue évolue de plus en plus vite vers l’intelligence, fait également avéré par l’observation terrestre.

Évidemment, toute discussion est libre sur ces points comme sur tous et chacun peut croire ce qu’il veut. Mais ce n’est pas une discussion ufologique. Elle appartient aux savants, qui ne nous demandent pas notre avis. Ce qui appartient aux ufologues, c’est de se demander si l’HET formulée, et en cours d’élaboration chez les savants, peut ou non fournir une explication scientifique aux phénomènes que nous, nous étudions. J’y reviendrai plus loin.

Deuxième fait, purement psychologique, montrant à quel point l’HET fait maintenant partie de la réflexion scientifique: le 4 novembre dernier, Sir Martin Ryle, Astronome Royal d’Angleterre, et prix Nobel de Physique, lançait à ses collègues un appel alarmé. «Attention, écrivait-il, abstenez-vous de toute expérience décelable des autres étoiles, car vous risquez de signaler notre existence à des êtres plus avancés que nous dans la technologie du voyage spatial, et qui pourraient se révéler aussi prédateurs et dénués d’altruisme que nous. Évitez d’appeler sur nous l’attention d’espèces qui ne se feraient aucun scrupule de nous détruire pour prendre notre place».

Encore une fois, chacun peut penser ce qu’il veut. Mais c’est là affaire d’astronomie et autres savants. La discussion n’appartient pas aux ufologues, qui peuvent discuter, mais pour dire quoi?

2 — L’existence de l’HET dans la réflexion scientifique contemporaine étant un fait avéré et sans rapport avec les OVNIS, les ufologues peuvent-ils raisonnablement admettre cette HET pour comprendre les OVNIS? Tout est là. Ryle et de nombreux autres pensent déjà que certaines I.E.T. peuvent détenir la possibilité de venir jusqu’à nous. C’est une idée en train de naître tout à fait en dehors de l’ufologie, chez les savants. Bientôt ils se demanderont pourquoi on ne voit pas d’IET. Puis ils se diront: «mais après tout ces OVNIS dont on parle, qu’est ce au juste?»

Il y aura alors, et en fait il y a déjà, d’une part les savants étudiant les OVNIS dans le prolongement direct de la réflexion astronomique et biologique, et certains ufologues cherchant, mais je ne sais où, une explication aux OVNIS n’ayant aucun rapport avec l’HET.

3 — II est évident que si, par hasard, les I.E.T. auxquels pensent les chercheurs du SETI, Martin Ryle et d’autres, étaient déjà dans les parages de la Terre, leurs manifestations nous seraient incompréhensibles. Elles nous paraîtraient magiques, surnaturelles. Pourquoi: parce que nous, nous sommes totalement incapables d’aller visiter les autres étoiles. Donc, par définition, ces I.E.T. supposées présentes dans les parages de la Terre, et venues par des moyens que nous découvrirons peut-être dans 100’000 ans, ne pourraient que décontenancer notre science incapable de leurs performances (c’est elle même qui le dit). Elles nous feraient mille malices du genre de celles que décrivent les témoins d’OVNIS. Cela me rappelle la fameuse controverse sur Shakespeare. Il est impossible qu’un mauvais acteur du nom de Shakespeare ait écrit les chefs d’œuvres que l’on sait. En réalité, leur auteur est un imposteur connu sous le nom de Shakespeare, camouflé sous les apparences d’un mauvais acteur, et né à Stratford-sur-Avon.

4 — En formulant l’HET, la science «réintroduit-elle Dieu et les anges»? On frémit. Peut-être va-t-il falloir brûler les observatoires et fusiller les astronomes pour sauver la seule vraie science: l’ufologie?

Je l’ai dit au début de cet article: ce que je pense de tout cela, il n’en sera pas question ici, ni sans doute ailleurs. Mais sur la science au moins, pas d’équivoque: j’y crois. Si la vérité doit être un jour atteinte, c’est par elle seule. C’est elle qui a élaboré l’HET. C’est elle qui finira par la tester, avec ou sans les ufologues.■

Aimé Michel