Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Une expérience sur les rêves télépathiques

Revue Question De. N° 7, 2e trimestre 1975

 

Depuis plusieurs années, une étude à long terme est conduite au Maimonides Hospital de New York par les docteurs Stanley Krippner et Montague Ullmann pour déterminer si les gens qui se connaissent - ou tout au moins se fréquentent et se rencontrent - peuvent exercer les uns sur les autres une action mutuelle inconsciente par des voies paranormales. Aimé Michel rapporte ici les conditions des expériences menées dans cet hôpital.

L’expérience imaginée par ces deux chercheurs est assez frappante. En voici le principe.

Un sujet, que nous appellerons le percipient, dort dans une pièce spéciale de l’hôpital où il est tenu sous contrôle constant de l’électro-encéphalographe (E.E.G.): Grâce à l’E.E.G., on peut savoir quand il rêve et quand il cesse de rêver. Chaque fois qu’il vient de rêver, on le réveille, on lui demande de raconter son rêve: son récit est enregistré, et il se rendort.

Pendant ce temps, dans une pièce très éloignée de la première, un autre sujet, l’agent, choisit au hasard entre un grand nombre d’enveloppes identiques contenant chacune douze photos. Ayant ouvert l’une de ces enveloppes, il choisit au hasard une des douze photos. La pièce où il se trouve est close. Il est la seule personne de l’hôpital sachant quelle enveloppe il a choisie, et, dans l’enveloppe, quelle photo. Il s’assied devant cette photo et, toute la nuit, il la regarde avec attention en concentrant son esprit sur elle.

Le matin, les récits des rêves sont tapés, et la frappe ainsi que les douze photos mêlées sont présentées à un «jury» qui lit les récits et examine les photos. Le jury doit trouver quelle photo a été choisie d’après les seules indications éventuellement fournies par le rêveur.

On constate que le jury se trompe rarement, et que le plus souvent ses membres tombent presque tout de suite d’accord sur la photo choisie par l’agent.

Cette expérience, qui dure depuis 1966, a fait l’objet de nombreux perfectionnements[1]. Au début, il ne s’agissait que de voir si la possibilité d’influencer télépathiquement les rêves existait.

Cette possibilité ayant été établie, les auteurs américains ont cherché à approfondir la connaissance du phénomène en faisant varier les données de l’expérience. Ils ont pu ainsi préciser les relations qui doivent exister entre l’agent et le percipient pour que l’action télépathique augmente ou diminue; s’il est plus favorable qu’ils éprouvent un sentiment l’un envers l’autre; ce qui se passe quand ils ne se connaissent pas, quand il s’agit d’un couple, de frères et sœurs, de jumeaux, etc. Commentant les résultats, le psychiatre américain Lawrence Leshan écrit: «Il y a plus dans l’homme et dans ses relations avec l’environnement qu’on n’a été prêt à l’accepter jusqu’ici, et ce «plus» est d’un autre ordre que ce que nous savons déjà[2]

 Un exemple des expériences du Maimonides Hospital

 Voici un exemple des rêves d’un sujet, recueillis pendant une nuit:

1er rêve – «Il y, avait une scène avec un océan. C’était d’une étrange beauté, avec une étrange disposition.»

2e rêve – «Comme des bateaux qui me viennent à l’esprit. Des bateaux de pêche. De petite taille. Il y a une peinture du Sea Fare Restaurant qui me vient à l’esprit, une très grande peinture, énorme. Ça montre, je dirai, à peu près une douzaine d’hommes tirant un bateau de pêche sur le rivage juste après la rentrée au port.»

3e rêve – «Je regardais un catalogue. Un catalogue de Noël. La saison de Noël» (rappelons-nous en passant qu’en anglais Noël se dit Christmas).

4e rêve – «J’ai eu une espèce de rêve court, à propos d’un médecin.»

5e rêve – «Encore affaire à ce médecin. Le tableau que je vois maintenant, c’est celui du médecin assis au chevet d’un malade. C’est un de ces tableaux classiques. Ça s’appelle le Médecin

6e rêve – «J’étais dans un bureau, encore un bureau de médecin. Nous parlions de Preston. C’est un psychiatre. Avant, c’était un pathologiste.»

7e rêve – «Je ne me souviens que d’une chose: je suis dans une cuisine, il y a un restaurant, et j’ai envie d’y aller.»

8e rêve – «J’étais en train de goûter à diverses choses qui ressemblaient à des épices. Des herbes. Une épicerie. Il y a de la place pour manger. Des mets de diverses sortes.»

Commentaire général du sujet sur l’ensemble de ses rêves de cette nuit: «Le rêve avec le pêcheur me fait penser à la Méditerranée, peut-être même un souvenir d’époque biblique. En ce moment même, il me vient des associations d’idées de poisson et de miche de pain, ou même de nourriture pour des multitudes… Et encore une fois Noël. Ça a quelque chose à voir avec l’océan. De l’eau, des pêcheurs, quelque chose de ce genre.»

En réalité, l’agent s’était concentré toute la nuit sur une photo de «la Cène», de Salvador Dali, une peinture représentant le Christ entouré de ses douze disciples. Sur la table, il y a un verre de vin et une miche de pain. Derrière les personnages, on aperçoit un coin de mer avec un bateau de pêche. Le jury, bien entendu, identifia sur-le-champ cette photo.

Outre l’évidence frappante de la télépathie, les rêves du sujet prêtent à réflexion. Il faut les relire un à un en pensant au tableau pour mesurer toute la richesse de la broderie onirique (le médecin, le malade, Noël, le restaurant où le sujet a envie d’aller, la nourriture pour des multitudes, etc.). On est certainement au cœur du mystère: comment se fait le transfert de l’agent au percipient? Pourquoi l’esprit du dormeur tourne-t-il ainsi autour de l’image réellement représentée par le tableau sans jamais la voir directement, mais en voyant à sa place d’autres images symboliquement en rapport avec elle? Certainement l’homme est plus qu’on ne croit!

Aimé Michel

Notes:

(1) Ulmann (M.) et Krippner (s.): Dream Studies and Telepathy, an Experimental Approach (New York, Parapsychology Foundation, 1970).

(2) Leshan (L.): Toward a General Theory of the Paranormal (New York, Virgin Press, 1973).