Aimé Michel

Le premier mystère est: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?
Et le deuxième, aussi grand que le premier: pourquoi suis-je là en train de penser?

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Voltaire contemporain de l’ère cosmique

Article paru dans Planète N°3 de février / mars 1962

 

Voltaire à Ferney
Voltaire à Ferney. Gravure du XVIIe siècle. Bibliothèque nationale.

«Il y a l’infini pour les esprits bien faits:
et ils sont aujourd’hui en grand nombre».
(Dictionnaire philosophique.)

DE VOLTAIRE À CHARLES FORT

Après deux siècles, le nom de Voltaire éclate encore, accompagné d’une rumeur de querelles, de ricanements et d’imprécations. Il oblitère toute pensée objective. Nulle œuvre peut-être, dans l’histoire de la pensée occidentale, n’aurait gagné davantage à être perdue, puis partiellement retrouvée (et sans nom d’auteur), que celle de cet homme de bruit et de remue-ménage.

Mais nous n’avons pas le choix. La vie de Voltaire est connue au jour le jour, parfois heure par heure, grâce à ses lettres innombrables et au témoignage des contemporains. Ce qu’il a fait nous cache ce qu’il fut, et nous devons, pour l’atteindre dans sa solitude, lui imposer le traitement que suggérait un sage dont j’ai oublié le nom: «Tu ne connaîtras l’homme qu’en le pelant comme un oignon.»

Dépouillons donc Voltaire de ses travestis. Il y a d’abord en lui la grande cocotte littéraire décrite par Piron, qui ne l’aimait guère: «Je regardais encore hier tout à mon aise Voltaire roulant comme un petit pois vert à travers les flots de jeanfesses qui m’amusaient, quand il m’aperçut – Ah! bonjour, mon cher Piron! que venez-vous faire à la cour? J’y suis depuis trois semaines, on y joua l’autre jour ma Marianne, on y jouera Zaïre, à quand votre Gustave? Comment vous portez-vous? Ah! monsieur le Duc, un mot, je vous cherchais». Et moi, dit Piron, resté planté là pour reverdir».

C’est la première peau de Voltaire. Pelons. Dessous, nous trouverons le fils du notaire Arouet, si habile à placer son argent. Puis le courtisan passablement flagorneur. Puis le savant amateur. Puis le polémiste, prolifique auteur de canulars littéraires, bête noire des Nonotte et des Dom Calmet. Pelons, pelons. En restera-t-il quelque chose? Oui. L’ami fidèle, l’ennemi généreux dans la victoire (il y aurait des anecdotes à raconter, si elles entraient dans mon sujet). Nous arrivons au cœur. Pelons encore. Alors apparaissent dans cette œuvre immense, comme des nébuleuses flottant dans le vide sidéral, d’étranges lumières. Parfois, certaines nuits, Voltaire s’est trouvé seul en face de lui-même, ayant tout oublié de son prodigieux sillage. On imagine le silence de Ferney, le fidèle Wagnière dormant dans une aile éloignée du château, et cette pensée trop agile enfin livrée aux éternels problèmes.

– «Je méditais cette nuit[1]. J’étais absorbé dans la contemplation de la nature. J’admirais l’immensité, le cours, les rapports de ces globes infinis que le vulgaire ne sait pas admirer. J’admirais encore plus l’intelligence qui préside à ces vastes ressorts. Je me disais: il faut être aveugle pour n’être pas ébloui de ce spectacle; il faut être stupide pour n’en pas reconnaître l’auteur; il faut être fou pour ne pas l’adorer. Quel tribut d’adoration dois-je lui rendre? Ce tribut ne doit-il pas être le même dans toute l’étendue de l’espace, puisque c’est le même pouvoir suprême qui règne également dans cette étendue? Un être pensant qui habite dans une étoile de la voie lactée ne lui doit-il pas le même hommage que l’être pensant sur ce petit globe où nous sommes? La lumière est uniforme pour l’astre de Sirius et pour nous; la morale doit être uniforme. Si un animal sentant et pensant dans Sirius est né d’un père et d’une mère tendres qui aient été occupés de son bonheur, il leur doit autant d’amour et de soin que nous en devons ici à nos parents. Si quelqu’un dans la voie lactée voit un indigent estropié, s’il peut le soulager et s’il ne le fait pas, il est coupable envers tous les globes…».

AU-DELÀ DE L’ABSURDE

Le pouvoir soporifique des formules est tel qu’il est d’abord difficile de voir là, conformément aux manuels, autre chose qu’une émouvante variation sur la fragilité de l’amour perdu dans l’espace-temps, assortie avec le «vague déisme» du dieu qui fait marcher l’horloge. Et pourtant, déjà, un curieux rapprochement s’impose. «Ce qu’il y a d’incompréhensible dans l’univers, c’est qu’il soit compréhensible.» Qui a dit cela? Voltaire? Non, Einstein. Voltaire dit la même chose, mais autrement:

– «Le mouvement des astres, celui de notre petite terre autour du soleil, tout s’opère en vertu des lois de la mathématique la plus profonde. Comment Platon, qui ne connaissait pas une de ces lois, l’éloquent mais chimérique Platon, qui disait que la Terre était fondée sur un triangle équilatère, et l’eau sur un triangle rectangle; …comment Platon, dis-je, a-t-il eu cependant un génie assez beau, un instinct assez heureux, pour appeler Dieu l’éternel géomètre, pour sentir qu’il existe une intelligence formatrice?… Il est impossible de se débattre contre cette vérité, qui nous environne et qui nous presse de tous côtés[2]

Dans l’esprit de Voltaire, Dieu est donc d’abord la réponse à ce mystère: l’ordre du monde, son intelligibilité. Mais voici par où il commence à dénoncer son siècle: l’intelligibilité peut être folie.

«Quelle est donc notre nature, et qu’est-ce que notre chétif esprit[3]? Quoi! l’on peut tirer les conséquences les plus justes et les plus lumineuses, et n’avoir pas le sens commun? Il n’est que trop vrai (…). Nous avons vu des imbéciles qui ont fait des calculs et des raisonnements bien plus étonnants. Ils n’étaient donc pas imbéciles, me dites-vous. Je vous demande pardon, ils l’étaient (…). Un homme peut marcher très bien et s’égarer, et alors mieux il marche et plus il s’égare.»

Ici, les adversaires de Voltaire avaient beau jeu, au XVIIIe siècle, de lui dire: «Comment! vous croyez en Dieu parce que le monde est intelligible, et vous proclamez l’imbécillité de l’intelligence? Quelle incohérence! ou quelle perfidie!»

C’était «incohérent», donc absurde. Mais Voltaire ne l’entendait point ainsi. Il revendiquait le droit de croire qu’il existe un ordre dans la nature, et que cet ordre peut avoir tous les caractères de la démence au niveau humain. N’est-ce pas là très précisément le réalisme fantastique?

– «Je suis eau, terre, feu, atmosphère, métal, minéral, pierre, végétal, animal, fait-il dire à la nature[4]. Je sens bien qu’il y a en moi une intelligence; tu en as une, et tu ne la vois pas. Je ne vois pas non plus la mienne; je sens cette puissance invisible; je ne puis la connaître: pourquoi voudrais-tu, toi qui n’es qu’une petite partie de moi-même, savoir ce que je ne sais pas?

– Mais, insiste le philosophe ainsi interpellé, dis-moi un peu pourquoi tu existes, pourquoi il y a quelque chose?

– Je te répondrai ce que je réponds depuis tant de siècles à ceux qui m’interrogent: «Je n’en sais rien».

(Dans Candide, la réponse à la même question est la suivante:»Pour nous faire enrager»).

Le philosophe alors insiste:

– Le néant ne vaudrait-il pas mieux que cette multitude d’existences faites pour être continuellement dissoutes, cette foule d’animaux nés et reproduits pour en dévorer d’autres et être dévorés, cette foule d’êtres sensibles formés pour tant de sensations douloureuses, cette autre foule d’intelligences qui si rarement entendent raison?» Ailleurs, Voltaire précise ce qu’il entend par ces «foules d’êtres sensibles et d’intelligences»:

D’AUTRES MONDES, D’AUTRES INTELLIGENCES, UN INFINI

«Je croirai, dit-il[5], que la matière a des sensations à proportion de la finesse de ses sens; que ce sont eux qui les proportionnent à la mesure de nos idées (…). Il y a beaucoup d’animaux qui n’ont que deux sens; nous en avons cinq, ce qui est bien peu de chose. Il est à croire qu’il est dans d’autres mondes d’autres animaux qui jouissent de vingt ou trente sens, et que d’autres espèces encore plus parfaites ont des sens à l’infini.» Avec ce mot «infini», nous sommes prêts de peler une dernière fois notre personnage, d’atteindre le cœur inaccessible de son ondoyante pensée. L’infinité de l’univers, d’abord. Ici, il n’a que des questions à poser. Il ne suggère aucune réponse:

– «L’univers est-il borné? son étendue est-elle immense[6]? Les soleils et les planètes sont-ils sans nombre? Quel privilège aurait l’espace qui contient une quantité de soleils et de globes, sur une autre partie de l’espace qui n’en contiendrait pas? Que l’espace soit un être ou qu’il ne soit rien? Quelle dignité a eue l’espace où nous sommes pour être préféré à d’autres? Si notre univers matériel n’est pas infini, il n’est qu’un point dans l’étendue. S’il est infini, qu’est-ce qu’un infini actuel auquel je puis toujours ajouter par la pensée?»

Mais surtout, il y a l’infinité de ce que Voltaire appelle Dieu. Il est singulier que ce père des athées modernes ait plus écrit sur Dieu que Pascal lui-même, et avec quel respect, et quelle adoration! mais plus singulier encore est le destin posthume de ces méditations, également ignorées des esprits religieux (à qui l’idée ne vient pas d’aller s’édifier dans Voltaire) et des matérialistes, qui les considèrent comme une faiblesse de ce grand esprit. De sorte qu’il faut apparemment avoir rompu avec toute orthodoxie pour s’inquiéter de la religion, ou plutôt de la cosmologie, de Voltaire. Certes, il y a dans cette religion bien des souvenirs théologiques, quoi qu’il s’en défende: il discute volontiers de la «nature» de la Divinité, de ses «attributs», et l’on retrouve souvent sous sa plume des raisonnements tirés des Pères de l’Église et de Bossuet. Sa «foi», puisqu’il faut employer ce mot, implique un Être qui, tout compte fait, ressemble assez à celui de Thomas d’Aquin: infini, éternel, tout-puissant, infiniment bon et intelligent. Mais si la foi de Voltaire est somme toute assez fade, il n’en va pas de même de ses doutes, qu’il a maintes fois exposés avec la même merveilleuse clarté: Voltaire a eu maintes fois la tentation de croire en un ordonnateur de la Nature qui n’aurait été ni infini, ni éternel, ni tout-puissant, en un être limité dans le temps et l’espace, et qui en somme n’aurait pas été Dieu:

– «Nous concevons aisément[7] qu’un être puissant arrangea la matière, fit circuler des mondes dans l’espace, forma les animaux, les végétaux, les métaux. Nous sommes menés à cette conclusion par l’impuissance où nous voyons tous ces êtres de s’être arrangés eux-mêmes. (…) Mais nous ne découvrons pas si bien son infini en étendue, en pouvoir, en attributs moraux. (…) Quand nous disons qu’il est infini en puissance, avons-nous d’autre idée sinon que sa puissance est très grande? Mais de ce qu’il y a des pyramides de six cents pieds de haut, s’ensuit-il qu’on ait pu en construire de la hauteur de six cents milliards de pieds?»

Et ailleurs[8]:

– «Tu reconnais une intelligence suprême assez forte pour te former, pour te conserver un temps limité, pour te récompenser, pour te punir. En sais-tu assez pour te démontrer qu’elle peut davantage? Comment peux-tu te prouver par ta raison que cet être peut plus qu’il n’a fait? La vie de tous les animaux est courte. Pourrait-il la faire plus longue? (…) Tu ignores quelle est sa nature. Tu ne peux donc savoir si sa nature ne l’a pas forcé de ne faire que les choses qu’il a faites. (…) Vous êtes forcé d’admettre une intelligence répandue dans l’univers. Mais savez-vous, par exemple, si cette puissance s’étend jusqu’à prévoir l’avenir? (…) Il faut être bien puissant, bien fort, bien industrieux, pour avoir formé des lions qui dévorent des taureaux, et produit des hommes qui inventent des armes pour tuer d’un seul coup, non seulement les taureaux et les lions, mais encore pour se tuer les uns les autres. Il faut être bien puissant pour avoir fait naître des araignées qui tendent des filets pour prendre des mouches; mais ce n’est pas être tout-puissant, infiniment puissant».

LE DIEU INCONNU DE VOLTAIRE

Et voici le fond de sa pensée, tel qu’il l’exprime à l’article Dieu du Dictionnaire Philosophique. Il y développe l’idée de l’horloger, toujours ressassée quand on parle du «déisme» de Voltaire, mais, je crois, fort méconnue.

– Tout ouvrage qui nous montre des moyens et une fin, annonce un ouvrier; donc cet univers, composé de ressorts, de moyens dont chacun a sa fin, découvre un ouvrier très puissant, très intelligent. Voilà une probabilité qui approche de la plus grande certitude. Mais cet artisan suprême est-il infini? Est-il partout? Est-il en un lieu? Comment répondre à cette question avec notre intelligence bornée et nos faibles connaissances? Ma seule raison me prouve un être qui a arrangé la matière de ce monde; mais ma raison est impuissante à me prouver qu’il ait fait cette matière, qu’il l’ait tirée du néant. Tous les sages de l’antiquité, sans aucune exception, ont cru la matière éternelle et subsistante par elle-même. Tout ce que je puis faire sans le secours d’une lumière supérieure, c’est de croire que le dieu de ce monde est aussi éternel et subsistant par lui-même. Dieu et la matière existent par la nature des choses. D’autres dieux ainsi que d’autres mondes ne subsisteraient-ils pas? Des nations entières, des écoles très éclairées ont bien admis deux dieux dans ce monde-ci, l’un la source du bien, l’autre la source du mal. Ils ont admis une guerre interminable entre deux puissances égales. Certes la nature peut plus aisément souffrir dans l’immensité de l’espace plusieurs êtres indépendants, maîtres absolus chacun dans leur étendue, que deux dieux bornés et impuissants dans ce monde, dont l’un ne peut faire le bien, et l’autre ne peut faire le mal. Si Dieu et la matière existent de toute éternité, comme l’antiquité l’a cru, voilà deux êtres nécessaires; or, s’il y a deux êtres nécessaires, il peut y en avoir trente (…). Nous sentons que nous sommes sous la main d’un être invisible; c’est tout, et nous ne pouvons pas faire un pas au-delà. Il y a une témérité insensée à vouloir deviner ce que c’est que cet être, s’il est étendu ou non, comment il existe, comment il opère.»

Notons que la «témérité insensée» dont il est question ici n’est pas également imputée à ceux qui affirment l’infinité de l’ordonnateur suprême et à ceux qui en doutent. Le contexte montre clairement qu’aux yeux de Voltaire, ce qui est insensé, c’est de conclure des pyramides de six cents pieds aux pyramides de six cents milliards de pieds, de la formidable puissance de cet être mystérieux à sa toute-puissance:

– «Lequel, demande-t-il[9], serait le plus injurieux à cet être ineffable de dire: il a fait des malheureux sans pouvoir s’en dispenser, ou: il les a faits pour son plaisir?»

Les ayant fait parce qu’il ne pouvait faire autrement, étant donc limité par nature, comment cet être que Voltaire appelle néanmoins Dieu gouverne-t-il son domaine? Il l’explique avec humour à l’article «Providence», sous la forme d’un dialogue entre un «métaphysicien» et une dévote religieuse qui prie Dieu pour son moineau malade: selon lui, l’action de l’être ordonnateur s’exerce d’une façon «générale»; les événements particuliers lui échappent. Il est limité vers le bas, dans son action sur les faits singuliers, exactement comme le physicien par les équations d’Heisenberg.

– «Je crois la Providence générale, ma chère sœur, mais je ne crois point qu’une Providence particulière change l’économie du monde pour votre moineau ou pour votre chat.»

Aussi la nature peut-elle, considérée de notre niveau à nous, paraître absurde dans son ordre, démentielle, fantastique. C’est le thème de Candide et de toutes les réflexions inspirées par la catastrophe de Lisbonne.

– Plus j’y songe, dit-il en s’adressant à la Nature, et plus je vois que tu n’es que l’art de je ne sais quel grand être bien puissant et bien industrieux, qui se cache et qui te fait paraître. Tous les raisonneurs depuis Thalès, et probablement longtemps avant lui, ont joué à colin-maillard avec toi; ils ont dit: je te tiens, et ils ne tenaient rien. Nous ressemblons tous à Ixion; il croyait embrasser Junon, et il ne jouissait que d’une nuée[10]

DE VOLTAIRE À CHARLES FORT

Il est donc évident, quand on lit d’affilée toutes ses réflexions sur l’être ordonnateur du monde, que, par la part la plus secrète et la plus profonde de son œuvre, Voltaire appartient à l’histoire invisible de la pensée occidentale, et qu’il a très nettement conçu, en plein siècle des lumières, le thème essentiel du fantastique contemporain: celui d’un être de l’espace à la fois puissant et limité tenant de façon occulte le monde visible sous sa coupe. Aucune cosmogonie ne ressemble plus à la sienne que celle de Charles Fort: «je pense que nous sommes un bien immeuble, et que quelque chose possède ce monde[11]».

Derrière le fatras des gloses scolaires, la pensée de Voltaire apparaît au lecteur du XXe siècle comme une première vision des rêves contemporains les plus audacieux. Avant Lovecraft, avant le Space Opéra, avant, sur un autre plan, Teilhard de Chardin, il a eu l’idée d’une pensée cosmique supérieure à l’homme quoique finie et limitée, et menant dans l’abîme spatio-temporel un jeu dont les ressorts et les desseins nous échappent. Deux siècles de billevesées «psychologiques « et d’ombilications romanesques peuvent avoir déposé leur poussière sur cette grande lueur. Le même vent qui nous libère restitue son éclat. Nous savons désormais, grâce aux retrouvailles de la science et de la poésie, que l’homme n’est qu’un commencement dans l’aventure de l’esprit.

Aimé Michel

Notes:

Portrait satirique de Voltaire

[1] Dictionnaire Philosophique. Article Religion, section II.
[2] Athéisme, section II.
[3] Article Conséquence.
[4] Article Nature.
[5] Article Ame, section 8.
[6] De l’Univers Infini.
[7] Infini, section I.
[8] Puissance, Toute-puissance.
[9] Puissance, Toute-puissance.
[10] Article Nature.
[11] Charles Fort: Le Livre des Damnés, chapitre 12.